Valorisation des déchets : Ce que propose la société civile

Valorisation des déchets : Ce que propose  la société civile

L’économie circulaire est une des alternatives à l’incinération totale et à la mise en décharge. Cette économie circulaire sera capable de reconsidérer les déchets comme matière première à valoriser dans le cadre de nouvelles filières industrielles.

La société civile lance son plaidoyer sur la décharge de Médiouna et appelle à un diagnostic participatif des solutions. En effet, l’Alliance marocaine pour le climat et le développement durable (AMCDD), la Coalition pour la valorisation des déchets (Covad), l’Association des enseignants des sciences de la vie et de la terre du Maroc (AESVT-Maroc) et l’Observatoire pour la protection de l’environnement et des monuments historiques de Tanger (OPEMHT) ont organisé une conférence de presse le 18 septembre 2018, à Casablanca sous le thème «Quel choix de valorisation des déchets de la plus grande décharge du Maroc». A cette occasion les experts présents ont proposé leurs solutions pour la gestion des déchets à Casablanca.

Non à l’incinération des déchets !

Constatant que le choix de la ville s’oriente de plus en plus vers l’installation d’incinérateur pour le traitement des déchets à Casablanca, la société civile hausse le ton. Ainsi, Abderrahim Ksiri, en sa qualité de coordinateur national de l’AMCDD, explique que les incinérateurs constituent une fausse solution. Car au-delà de leur coût élevé (investissement et fonctionnement compris) et de la complexité de gestion de la qualité des flux entrants et sortants, les incinérateurs sont une source de gaz toxiques et d’émissions d’autres polluants dangereux, dit-il. Dans le détail, l’installation d’incinérateurs nécessite 4 ans en moyenne et la construction d’un incinérateur de déchets coûte 7 à 8 fois plus cher qu’une centrale électrique, par exemple, souligne l’alliance.

«Pour un incinérateur de déchets, il faut compter au minimum 7 millions de dollars par MW produit, soit 700 millions de dollars pour un gros incinérateur pouvant produire 100 MW», affirme Abderrahim Ksiri. Du point de vue technique, l’incinérateur n’est pas adapté à une ville comme Casablanca dans la mesure où elle produit 60% de déchets organiques et caractérisée par une forte humidité. «Les déchets organiques, très riches en eau, font baisser la température du four. Donc pour maintenir la température, l’incinérateur aurait besoin de déchets à forte valeur calorifique, comme le plastique», indique l’Alliance. En termes de fonctionnement, l’exploitation de l’incinérateur exige de pouvoir assurer dans la durée un fonctionnement stable et des coûts opérationnels élevés. Avant d’adopter cette technique, un cadre réglementaire adéquat et un système de contrôle contraignant des émissions à l’air, au sol et à l’eau doit être mis en place, selon le président de l’Alliance.

Quelle solution adopter ?

Extraire, produire, consommer, jeter, collecter-enfouir… Depuis plus de 30 ans d’enfouissement des déchets à Mediouna, Casablanca doit développer une approche de gestion globale. C’est en tout cas le postulat de la société civile présenté lors de cette conférence de presse. En guise de solution, l’économie circulaire est une des alternatives à l’incinération totale et à la mise en décharge. En plus clair, cette économie circulaire sera capable de reconsidérer les déchets comme matière première à valoriser dans le cadre de nouvelles filières industrielles. Celles-ci seront capables de générer de nouvelles richesses et emplois décents et stables au niveau local. Pour y arriver, les experts proposent l’adoption d’une stratégie basée sur la prévention pour la réduction à la source des déchets, le développement d’une économie «déchets», une économie circulaire fondée sur le recyclage, le tri à la source et la valorisation. Ils appellent donc à économiser entre autres les ressources, et alimenter l’industrie marocaine en matières premières et en énergies. Sur le plan financier, la maîtrise des coûts est nécessaire selon la société civile environnementale.

Et pour cause, le coût de l’unité de valorisation future sera de 3 à 5 milliards de dirhams, explique l’Alliance. «Mais sans compter le budget de fonctionnement au tonnage, qui dépassera les 700 DH/tonne, en plus du coût actuel du nettoiement/collecte et transport, qui dépasse annuellement 750 millions DH, avec un coût d’enfouissement à la tonne d’environ 75 DH uniquement. Et puisque le secrétariat d’Etat chargé du développement durable a promis une contribution uniquement de l’ordre de 220 millions de dirhams, la mairie devra trouver le reste, en concertation avec le ministère de l’intérieur, avec un recours par la mairie à des prêts auprès de banques européennes, qui est aussi déterminante dans le type de choix de la mairie», affirment les experts. A ce coût de gestion il faut ajouter les coûts de la pollution et du coût d’une marginalisation sociale. Autre solution, ils appellent au développement des combustibles alternatifs.

Ainsi, l’exploitation par les unités industrielles existantes énergivores (sidérurgie, cimenterie…) de la valeur énergétique des déchets non recyclés (à travers le développement des combustibles alternatifs (RDF : Residual Derived Fuel) via le traitement mécano-biologique des déchets (MBT en anglais), la méthanisation). Actuellement, la production du RDF à partir d’ordures ménagères séchées et compactées sous forme de cubes ou briques qui seront vendues aux unités industrielles énergivores est possible avec le progrès technique. A titre d’exemple, les RDF peuvent être utilisés comme substituts aux combustibles fossiles dans des installations de co-incinération (centrales thermiques à charbon et lignite, cimenteries, fours à chaux), dans des unités d’incinération des ordures ménagères (UIOM) ou dans des unités dédiées à la valorisation énergétique des CSR pour répondre à un besoin en chaleur.

Une mine d’or

A ce jour, 104 entreprises ayant soumissionné pour la collecte et nettoiement et plus de 70 pour la gestion de la décharge de Médiouna ont répondu à l’appel à manifestation d’intérêt lancé par la ville. Il s’agit entre autres de Sangalli Giancarlo, Yavuz, Lotus, ou encore Greenly. Arrivant à sa saturation, la décharge reçoit 1.362.882 tonnes de déchets par an. Elle est exploitée par plus de 850 chiffonniers gagnant 200 à 1.000 DH par jour. De plus, 1.000 tonnes sont quotidiennement réinjectées dans le circuit informel et formel du recyclage.

Ces tas sont constitués de 136.288 tonnes de plastiques (14% du total). Les plastiques PET (bouteilles d’eau minérale par exemple) sont exportés quasiment à 100% et les autres types de plastique (bouteilles et bidons en PEHD blanc, les radios médicales, les films plastiques, (cellophane, etc.) sont parfois recyclés au Maroc même pour produire des articles de grande consommation (saut en plastique…), indique l’AMCDD. Les déchets de la décharge sont également composés de métaux (54.515 t/an (4%)), des cannettes et autres déchets en aluminium, des boîtes de conserves et autres déchets de ferraille.

Les autres métaux (cuivre essentiellement) sont vendus. Le carton constitue 14% du total des déchets (190.804 tonnes/an). Il est aussi en partie exporté et en partie vendu à des entreprises nationales de papier carton. Le verre constitue 4% des déchets.

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