Vengeance mortelle

Enfin, ils se sont mariés. Khadija et Saïd ont vécu une histoire d’amour que tous les habitants de leur quartier à Kasbat Tadla connaissent. Il a vingt-sept ans et elle en a vingt. Cela fait déjà trois ans qu’ils devaient unir leurs destins. Seulement, la mère de Saïd s’était toujours opposée à cette union. Elle souhaitait que son fils se marie avec sa nièce. Elle avait promis à sa soeur que son fils ne sera que pour sa nièce. Mais rien ne saurait résister à l’amour. Chose que la mère de Saïd n’a jamais su et ne saurait comprendre. Au fil des mois, la résistance de Khadija a incité la mère de Saïd à céder, à accepter le mariage de son fils avec Khadija, d’accepter –à contrecoeur – cette dernière comme belle-fille. La nuit de noces a été célébrée et les deux époux ont passé leur première nuit après le mariage sur le même lit. Un lit qui meuble l’une des deux chambres du domicile de la belle-mère, chez qui le couple demeure. La raison est double. D’une part, Saïd ne dispose pas d’argent nécessaire pour payer un loyer et d’autre part, sa mère ne peut en aucun rester seule puisque Saïd est son unique enfant. Depuis, Khadija devient consciente qu’une nouvelle vie, de nouvelles préoccupations et de nouvelles relations commencent. Effectivement, la belle-mère a sorti ses griffes. Elle n’a cessé un jour de se plaindre auprès de son fils. Elle lui disait que Khadija ne savait rien faire, qu’elle ne lavait pas la vaisselle, ne préparait pas les repas et qu’elle passait son temps à dormir et à converser avec ses amies et avec sa mère au téléphone. Saïd était conscient, il savait que sa mère était prête à inventer n’importe quoi pour qu’il mette son grand amour à la porte. Un rêve loin d’être réalisé. Car l’amour qui unit Khadija et Saïd est plus fort que les mensonges. Khadija n’hésitait pas à demander à son mari de patienter, de laisser la mère inventer ce qu’elle veut. «C’est normal pour une belle-mère», lui disait-elle de temps en temps. Elle faisait semblant d’être compréhensive. En parallèle, elle ne ratait pas la moindre occasion d’embrasser son époux devant les yeux de sa belle-mère. Une guerre entre femmes ? Cette très forte relation entre le couple a incité la belle-mère à chercher à les séparer par n’importe quel moyen. Elle s’est adressée à des charlatans pour préparer des encens nécessaires pour les séparer. Mais en vain. Et encore une fois l’amour a prouvé son efficacité. Une année plus tard, Khadija est enceinte. Cette belle nouvelle pour le couple était une mauvaise nouvelle pour la belle-mère. Elle n’a pu la supporter. Mais elle devait changer son comportement. Elle a feint d’être très contente et impatiente de voir le nouveau-né. Elle a commencé à s’approcher d’elle, à lui acheter des fruits, des vêtements, des produits de maquillage, au point que Khadija s’est convaincue que sa belle-mère a vraiment changé. Deux mois plus tard, la belle-mère lui a donné un verre contenant une mixture. «C’est une mixture qui aide le foetus à grandir…», lui a-t-elle expliqué. Convaincue des bonnes intentions de sa belle-mère, elle l’a bue en quelques gorgées. Au bout de deux heures, elle a mal au ventre au point qu’elle a été évacuée vers l’hôpital pour y subir les soins nécessaires. Là, elle a perdu son foetus. Le médecin lui a expliqué que cette fausse couche était due au fait qu’elle avait bu un produit abortif. Depuis, Khadija a nourri une rancune tenace contre la belle-mère au point qu’elle a commencé à penser à se venger. Comment ? Elle n’en savait rien. Seulement, une fois que l’occasion s’est présentée, elle ne l’a pas ratée. Elle n’a pas su quel diable l’a possédé, quand elle a remarqué que sa belle-mère se penchait, alors qu’elle préparait le déjeuner dans la cuisine. Elle saisit d’une barre en fer qu’elle avait déjà préparée et s’est avancée à pas lents vers sa belle-mère. Une fois derrière elle, elle lui a asséné des coups violents au niveau de la tête au point que la belle-mère s’est effondrée, morte sur le coup. Arrêtée, Khadija a été traduite devant la Chambre criminelle près la Cour d’appel de Beni Mellal. Quant à son mari, il est resté seul, sans mère, ni épouse.

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