Vingt ans pour l’honneur de sa soeur

Vingt ans pour l’honneur de sa soeur

Il ne reste que quelques semaines avant Aïd Al Adha. Ahmed qui se trouve depuis sept mois dans une cellule du pénitencier Oukacha, à Casablanca est convaincu qu’il y croupira durant encore d’autres années. Seulement, il ignore combien. Cinq, dix, vingt, trente ans, à perpétuité ? C’est ce qui le préoccupe maintenant. «Je l’ai tué… Mais ce n’était pas mon intention». C’est la phrase qu’il répète chaque fois qu’il est interrogé. Il l’a répétée devant les enquêteurs de la Police judiciaire, devant le Parquet et devant le juge d’instruction. Il a fait de même devant ses parents quand ils sont venus lui rendre visite. Il est convaincu de n’avoir jamais eu l’intention de tuer quelqu’un, pas même une mouche. Il était, depuis son enfance, sans le moindre problème. Certes, il n’a pas achevé ses études jusqu’au bout. Il a été livré à lui-même après trois échecs successifs au niveau de la sixième année de l’enseignement fondamental. Depuis, il a été inscrit pas ses parents dans une école privée. Ils avaient l’intention de l’aider pour arriver à décrocher au moins son baccalauréat. Seulement, il a cessé de poursuivre ses études à mi-chemin, au niveau de la huitième année de l’enseignement fondamental. Pour la simple raison que ses parents n’ont pas pu lui financer ses études. Ils arrivent à peine à subvenir à ses besoins et à ceux de ses deux frères et de sa soeur. Ahmed, bien éduqué, a tourné le dos à la rue, passant la majorité du temps chez lui. Il était un enfant jouissant d’une bonne réputation dans son quartier casablancais. Preuve en est le nombre des voisins venus assister à son procès, en ce jour du mois de janvier, quelques jours avant l’Aïd Al Adha. Ils sont venus pour le soutenir moralement avant l’énoncé du verdict.
Quand il a été introduit par des policiers dans la salle d’audience, avec d’autres mis en cause, il a tourné la tête pour regarder l’assistance. Il a aperçu ses parents, ses voisins et ses amis. Il a levé la main droite pour les saluer. Ses parents, ses deux frères et sa soeur ont fondu en larmes. Un brouhaha régnait dans la salle au point que l’on ne s’entendait que difficilement. Un remue-ménage qui a cessé dès l’apparition des magistrats, suivis du représentant du ministère public et du greffier. D’un mis en cause poursuivi pour vol qualifié, un deuxième accusé de viol, un troisième poursuivi également pour vol qualifié, le président de la cour a appelé Ahmed à la barre. Le jeune homme s’est levé du banc des accusés pour avancer de quelques pas vers le box. Le juge a appelé également sa soeur, Touria. Une charmante fille de dix-sept ans s’est levée des sièges de l’assistance pour aller devant les magistrats. Les yeux de l’assistance la suivaient d’un pas à l’autre, la dévisageaient minutieusement comme s’ils cherchaient quelque chose d’étrange dans ses yeux. Le président de la cour lui a demandé aussitôt de quitter la salle d’audience et de rester en dehors en attendant qu’il l’appelle.
“Tu es accusé d’homicide volontaire avec préméditation et guet-apens“, lui rappelle le président de la cour qui feuilletait le dossier.
Ahmed garde pendant quelques secondes un mutisme étrange avant d’affirmer :“je lui ai asséné un coup de couteau sans avoir l’intention de le tuer…C’est lui qui m’a provoqué“. Le président de la cour lui a demandé de lui relater toute l’histoire.
Le début de l’histoire remonte à une année environ, quand sa soeur Touria entretenait une liaison avec Samir, un jeune de son quartier, âgé de dix-neuf ans, élève en terminale. Tous les voisins du quartier étaient au courant de leur relation au point qu’Ahmed a commencé à violenter sa soeur pour qu’elle abandonne Samir. “Mais, ce n’est qu’un ami qui suit ses études dans le même lycée que moi… je me contente d’échanger des livres avec lui“, lui répond-elle à chaque fois qu’il lui demande de ne plus lui adresser la parole.
Ahmed est allé plus loin en s’adressant à Samir, lui demandant de laisser sa soeur tranquille. Sans résultat. Touria et Samir ont continué à se rencontrer notamment hors de leur quartier. Des insultes, Ahmed en est venu à la violence physique. Il a commencé à chaque fois à maltraiter sa soeur, qui ne veut pas rompre avec Samir.
La dernière fois, Ahmed s’est tellement emporté qu’il a menacé de maltraiter cette fois-ci le petit ami de Touria. Muni d’un couteau, Ahmed est sorti à destination du lieu où Samir passe son troisième temps libre, à savoir le coin de rue habituel des jeunes du quartier. Il s’est adressé directement à lui, lui demandant de laisser tranquille sa soeur. “Demande-lui d’abord de me laisser tranquille avant de me le demander“, lui répond Samir. Une phrase qui bouleverse Ahmed, lequel sort son couteau et s’avance vers Samir qui tente de reculer afin d’éviter un coup fatal. Ahmed qui continue d’avancer, parvient à lui asséner un coup au niveau de la poitrine, tout près du coeur. Samir s’écroule pour rendre l’âme quelques secondes plus tard. “Mais je n’avais pas l’intention de le tuer“, continue Ahmed à expliquer aux juges.
Appelé à la barre comme témoin, Touria qui a prêté serment, a expliqué à la cour qu’elle entretenait avec Samir une relation amicale et non pas amoureuse.
Après délibérations, la cour a requalifié la poursuite aux coups et blessures ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner et a condamné Ahmed à 20 ans de réclusion criminelle.

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