Violée à neuf ans

Janvier 2002. Douar Bouâboude Boujrah, à Tétouan. Mohamed et Kawtar se voient souvent ensemble. S’il s’était marié, il aurait sans doute eu une fille de pratiquement l’âge de Kawtar. Elle a actuellement neuf ans et elle considère Mohamed comme un grand frère.
Mais les comportements de ce dernier ne sont appréciés par personne au douar, où on ne lui accorde ni estime ni respect. Il a mauvaise réputation. Depuis qu’il a été chassé de l’école, Mohamed a plongé dans la boisson, la drogue et l’inhalation de la colle à dissolution, dite «silicioune».
Pour cela, il a fait de la prison : quatre mois fermes. Une fois relâché, il a décidé de ne plus s’enivrer et de ne plus consommer de drogue.
Ses parents sont fous de joie lorsqu’ils le voient accomplir ses cinq prières quotidiennes et également les «nawafil». Mais un jour, sa mère entre à l’improviste dans sa chambre : «Qu’est ce que tu fais? Tu inhales encore la colle? Tu n’as pas honte ?… Faire ta prière et te droguer ?».
Honteux, Mohamed baisse les yeux. Ses larmes cèdent la place aux paroles.
«Pourquoi pleures-tu ?…Mon fils, tu te détruis et tu te suicides sans t’en rendre compte…Cesse de consommer cette drogue, c’est la meilleure des choses que tu puisses faire…».
Il tente à maintes reprises de renoncer à cette mauvaise habitude. En vain. Et pourtant il continue à accomplir ses prières, à fréquenter la mosquée.
Kawtar n’éprouve aucune crainte envers lui bien qu’elle soit au courant de sa consommation de «silicioune».
Il ne lui a jamais rien fait, ni du mal ni du bien. Il se contente, lorsqu’il la rencontre, de lui sourire. S’agit-il d’un sourire innocent ? Nul ne peut juger les intentions des êtres humains.
Lundi 7 janvier. Dix heures du matin. Kawtar vient de sortir de l’école Khalid Ben Walid qui n’est pas loin de chez elle.
Elle arrive chez elle, embrasse sa mère, dépose son cartable. «Maman, je vais aller chez mon amie Sanaa pour récupérer mon cahier d’exercices…», dit-elle à sa mère. Kawtar sort. À peine a-t-elle fait quelques mètres que Mohamed l’appelle. Il se tient sur le seuil de sa demeure. Kawtar se dirige vers lui. Elle croit qu’il veut lui demander de faire une course pour lui. Elle est là, debout devant lui.
Il scrute du regard les alentours pour s’assurer que personne ne le remarque, et il la saisit par l’épaule, la tire vers l’intérieur de sa maison. Il n’y a personne. Elle tente de crier. Il lui bâillonne la bouche avec sa main, l’introduit de force dans une chambre. Il lui demande de se déshabiller. Elle refuse. Il la gifle. Elle fond en larmes. Il prend un couteau, la menace : « Si tu cries encore une fois, je te tue ! ». Kawtar retient ses larmes, essaie de réprimer ses sanglots. Elle se déshabille comme il le lui a demandé. Il la viole sans pitié à trois reprises, et deux fois par des actes contre nature…
Il se reboutonne, lui ordonne de s’habiller et de s’en aller chez elle. «Surtout ne dis rien à personne !». Kawtar sort, se dirige vers sa demeure à pas lents. Elle ne peut pas marcher, elle a trop mal. Sitôt chez elle, elle se jette dans les bras de sa mère. Ses larmes coulent à torrents. Mohamed sort également, pour se rendre à la gare routière. Il monte dans un car en partance pour Chefchaouen, puis Tlate Tanakoube. Onze jours plus tard, il retourne chez lui. La police judiciaire de Tétouan est là pour le cueillir. Il est remis à la Chambre Criminelle auprès la Cour d’Appel de Tétouan.
Il ne nie pas son crime. «J’étais sous l’effet de la colle, Monsieur le président…J’ai accompli la prière d’As-Sobh, puis j’ai pris mon petit-déjeuner et j’ai commencé à inhaler comme à l’accoutumée ma dose de colle…Je me suis tenu près de la porte de ma demeure…Et Kawtar m’est apparue…Et j’ai… ».
La Chambre ne lui accorde aucune circonstance atténuante et le condamne à 20 ans de réclusion criminelle. La pauvre petite Kawtar n’oubliera jamais ce qu’elle a subi…

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