Yasmina Baddou, l’optimiste

«Elle est souriante, sincère, sérieuse, courageuse et optimiste» affirment ses «frères et soeurs» à la section du parti de l’Istiqlal, Casablanca-Anfa.
« Elle écoute, communique et dialogue » attestent les femmes qui attendent, ce lundi 11 novembre, au siège de la section de Sidi Belyout, à la rue Sour El Jdid, ancienne médina, préfecture de Casablanca-Anfa. Elle s’assoit sur une chaise, depuis 20h 30mn, s’accoude sur un vieux bureau et écoute attentivement les habitants de l’ancienne médina. Il est déjà 23h et elle semble n’avoir pas l’intention de partir sans écouter plus de cent femmes qui viennent pour lui étaler leurs problèmes.
Elle s’appelle Yasmina Baddou. Elle est avocate, parlementaire et ministre.
Elle est née le 23 octobre 1962. Elle a fêté avec ses trois filles, Safia, Z’hour et Oumhani, âgées respectivement de 18, 16 et 10 ans, ses quarante printemps, vingt-six jours après sa réussite aux élections parlementaires et quinze jours avant sa nomination au sein du nouveau gouvernement, chargée du secrétariat d’Etat auprès du ministre de l’Emploi, des Affaires sociales et de la Solidarité, chargée de la Formation professionnelle.
Personne ne conteste qu’elle est istiqlalienne jusqu’au sang ; elle a tété les ABC de « L’autocritique » de sa mère, Aïcha Bennani, fille d’un Istiqlalien, Hadj Ahmed Bennani, et elle les a hérités de son père, Abderrahmane Baddou.
« J’ai grandi dans une famille militante et istiqlalienne…Mon père est l’un des piliers des événements d’Oujda lors du protectorat…Il était membre de Comité Exécutif du Parti de l’Istiqlal, président du premier groupe parlementaire istiqlalien…Il était chargé des missions diplomatiques au Liban, en Autriche et il était secrétaire d’Etat auprès des Affaires Etrangères… » atteste-t-elle.
Le courant de militantisme et de l’abnégation pour le bien-être du pays lui passe par les veines.
Les voyages de son père pour les missions diplomatiques l’obligent à passer son enfance ailleurs. Elle retourne chez elle pour poursuivre ses études secondaires au lycée Descartes de Rabat. Seulement sa prochaine destination était Marseille, en France. La raison était double : faire sa terminale et rejoindre son futur cavalier ;Ali Fassi Fihri, l’actuel directeur de l’Office National de l’Eau Potable (l’ONEP). Baccalauréat décroché, Yasmina Baddou, s’inscrit à l’université d’Aix-en-Provence pour passer une année en étude de droit. Puis elle revient à la mère patrie pour poursuivre ses études juridiques à l’Université Mohammed V de Rabat. Elle décroche, en 1986, une licence en droit privé, puis un certificat des études supérieures, en droit des affaires, en 1988. Une année plus tôt, elle adhère au Parti de l’Istiqlal pour entamer, opérationnellement, son parcours militant.
Entre temps, elle s’apprête à présenter sa thèse de doctorat avec l’ex-ministre de la Justice, Omar Azziman. « Des circonstances objectives m’ont empêchée de poursuivre…Mais je n’ai pas abandonné le monde de la justice… » précise-t-elle. Par contre elle s’y plonge à fond en exerçant la profession d’avocat, au barreau de Rabat. Elle ouvre avec son père, en 1989, un cabinet d’avocat dans la capitale. Elle y passe six ans, marqués par un passage de deux ans à la banque commerciale marocaine (BCM) en tant que directeur adjoint chargé des affaires juridiques. La routine bancaire et la mutation de son mari à Casablanca l’obligent à abandonner son poste à la banque et regagner la capitale économique, en 1995. Là, elle s’inscrit au barreau et ouvre, au boulevard Zerktouni, son cabinet. Sa vocation juridique lui permet de devenir conseillère juridique du wali du Grand Casablanca et de la Communauté Urbaine de Casablanca.
En parallèle, elle bâtissait son parcours politique. En six ans à Casablanca, elle arrive à sympathiser avec «ses frères et soeurs» du parti, à la section Casablanca-d’Anfa, et gagner leur confiance pour l’élire, en novembre 2001, secrétaire de cette section.
Une responsabilité locale qui lui permet de devenir membre du Conseil provincial de Casablanca et l’encourage à rêver les yeux ouverts.
Au fil des mois, l’heure des élections législatives sonne. Yasmina Baddou, qui ne reste jamais les bras croisés, s’engage corps et âme, dans cette bataille pour « le bien-être et le développement du pays ». Une bataille rude et sévère « entre frères et soeurs » au sein de la section du Parti de l’Istiqlal à Casablanca-Anfa, car elle n’a pas choisi la liste nationale. Elle la prend enfin en main en occupant la tête de la liste locale et pour entamer la vraie et grande bataille de la campagne électorale devant des noms de grand calibre ; Khalid Alioua de l’USFP, Saâd Saâdi du PPS, Rachid Lamdaouar du PJD, Lahjouji,… «La campagne électorale m’a bien servie, j’ai écouté les habitants de la circonscription de Casablanca-Anfa où la disparité sociale est flagrante et j’ai communiqué avec eux…J’étais sincère avec les électeurs et ils ont senti ce sentiment…» déclare-t-elle. Les événements se suivent en un clin d’oeil. Yasmina Baddou gagne le pari. Elle remporte la quatrième place de sa circonscription électorale et fait, désormais, partie des 5 femmes élues dans les listes locales. Dès le vendredi 27 septembre, elle fait partie des 35 femmes marocaines parlementaires. Les ambitions de Yasmina Baddou, l’avocate et la parlementaire, n’ont pas de limite et elles se sont concrétisées par sa nomination, jeudi 7 novembre, à la tête du secrétariat d’Etat auprès du ministre de l’Emploi, des Affaires sociales et de la Solidarité, chargée de la Formation professionnelle. Certes elle s’abstient à divulguer son programme d’action. «Il faut attendre la déclaration gouvernementale» justifie-t-elle. Mais, elle ne renonce pas à affirmer qu’elle est « très optimiste » et qu’elle optera «pour une politique de proximité pour redonner confiance aux citoyens et ressusciter leurs espoirs».
Ses rencontres avec les citoyens de sa circonscription électorale lui ont permis d’être proche de leurs vrais problèmes.
«Ils veulent travailler, avoir des médicaments, des logements…Ce sont des nécessiteux… On doit les aider…». Elle leur promet de rester quotidiennement en contact avec eux. «Et je vais commencer un tour autour du Maroc en rendant visite notamment au monde rural pour savoir plus profondément les vrais problèmes de notre pays et les besoins des citoyens…» conclut-elle.

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