Youssef Mohi : «Un adulte sur trois souffre d’insomnie»

Youssef Mohi : «Un adulte sur trois souffre d’insomnie»

ALM : Existe-t-il des statistiques sur les insomniaques au Maroc ?
Youssef Mohi : Il n’existe pas, à ma connaissance, des statistiques précises sur l’insomnie au Maroc. Mais, l’insomnie est un symptôme fréquent dans les troubles mentaux. Selon l’enquête nationale sur la prévalence des troubles mentaux réalisée au Maroc en 2005, un taux de 26,5% de dépression est enregistré chez la femme et 20,4% chez l’homme. La plupart des statistiques s’accordent à dire que plus d’un adulte sur trois souffre d’une insomnie, 27% de la population générale sont concernés par une insomnie occasionnelle, 20% de la population font des insomnies chroniques et les femmes seront plus touchées que les hommes.

Quels sont les facteurs responsables de l’insomnie ?
Plusieurs facteurs sont à l’origine de l’insomnie. Il s’agit de la consommation à une heure tardive d’excitants (thé, café, cola, chocolat, etc.) et tabagisme; le stress, l’anxiété, un état dépressif, un traumatisme ou des troubles psychiatriques; des perturbations du cycle du sommeil (décalage horaire, horaires de travail irréguliers, travail posté, etc.); des changements dans la routine (chambre d’hôtel, maison d’un ami, etc.); un environnement inconfortable qui n’est pas propice au sommeil: température inadéquate, éclairage et bruit trop importants, nuit de sommeil en haute altitude ou avec un ronfleur, etc. ; des troubles digestifs; une mauvaise hygiène du sommeil (siestes trop longues, manque d’activité diurne, soirées trop actives, heures de siestes irrégulières, etc.); le syndrome des jambes sans repos; un sevrage (tabac, somnifère et tranquillisant); la prise de certains médicaments, comme les décongestionnants et bronchodilatateurs (l’effet sédatif du médicament est mentionné sur l’emballage); un travail excessif à l’ordinateur; des changements hormonaux (grossesse, hyperthyroïdie, ménopause, etc.); des acouphènes ; une maladie, comme le reflux gastrique, la fibromyalgie ou une maladie chronique : maladies du rein, insuffisance cardiaque, asthme, etc., de l’apnée du sommeil, de l’hyperactivité, de la nycturie ou une maladie entraînant de grandes souffrances (cancer, arthrite, etc.). Le mois sacré du Ramadan constitue aussi un facteur de risque si on ne fait pas attention à notre hygiène de vie notamment chez les fumeurs et grands buveurs de café.

Quels sont les différents types d’insomnie ? Et quel est le traitement adéquat pour chaque cas ?
L’insomnie est une plainte de personnes indiquant qu’elles n’ont pas assez dormi. Cependant, mal ou peu dormir ne signifie pas toujours faire des insomnies : il existe de petits dormeurs et des gens qui ont un sommeil plus court la nuit. Dans ce cas, s’il n’y a pas de plainte, ils ne sont pas insomniaques, on ne peut donc pas parler d’insomnie. L’insomnie est ressentie par la différence entre le déroulement du sommeil (rapidité pour s’endormir, sommeil continu et de durée suffisante) et les attentes du dormeur comme la sensation de repos, la forme et la vigilance dans la journée. L’insomnie est aussi la maladie de ceux qui souffrent de rester éveillés alors qu’ils souhaiteraient dormir. L’insomnie présente également des symptômes comme la difficulté à s’endormir ; le réveil prématuré ; les réveils intermittents durant la nuit . Il faut aussi relever l’ impression de fatigue au réveil malgré un sommeil normal; la fatigue, l’irritabilité et troubles de concentration durant le jour ; l’anticipation anxieuse de l’arrivée de la nuit. Toutefois, l’insomnie reste un symptôme, comme la fièvre, dont il faut trouver la ou les causes avant de se lancer dans le traitement. Les causes pouvant être organiques ou psychiques.

Quels sont les effets de l’insomnie sur la santé ?
Les conséquences de l’insomnie incluent : la fatigue ; la somnolence ; l’irritabilité ; des pertes de mémoire ; des difficultés de concentration. Il va de soi que ces conséquences vont aggraver les symptômes déjà existants (migraine, problèmes digestifs, douleurs musculaires…) entraînant, donc, des insomnies réalisant un cercle vicieux.

Est-ce que le GMT+1 peut constituer un facteur responsable de l’insomnie ?
Le décalage d’une heure GMT+1 peut perturber certaines personnes prédisposées juste aux premiers jours.

Comment retrouver un bon rythme de sommeil ?
En cas d’insomnie, on pourra par exemple proposer de réviser ses attitudes et croyances concernant le sommeil, de modifier ses (mauvaises) habitudes afin d’avoir une bonne hygiène de sommeil, d’identifier les pensées défaitistes qui provoquent l’anxiété et aggravent par le fait même l’insomnie, de réduire le temps passé au lit sans dormir, d’apprendre à composer avec le stress quotidien, à gérer le temps, etc.

Et si l’insomnie devenait chronique. Quel traitement préconisez–vous?
Le traitement de l’insomnie est surtout sa prévention. Donc avant de traiter il faut éviter les facteurs pouvant entraîner ou entretenir une insomnie. Le traitement concerne surtout l’insomnie chronique qui est le trouble du sommeil le plus fréquent. Des traitements existent, qu’ils soient médicamenteux et/ou liés à des changements comportementaux. Plusieurs traitements sont proposés : homéopathiques et somnifères. Le malaise de société, le laxisme du corps médical, ainsi que l’exigence et l’immaturité des patients font qu’il y ait une surconsommation des hypnotiques (somnifères) et des benzodiazépines. Il faut savoir que l’usage de somnifères ne doit pas dépasser 4 semaines et l’ordonnance ne doit pas être renouvelée sans avis médical.  On oublie souvent que l’insomnie est un symptôme comme la fièvre dont il faut chercher la cause qui est fréquemment psychique mais peut aussi être organique. L’insomnie avec rumination anxieuse et humeur triste avec perte de plaisir se traite avec un antidépresseur et non seulement avec un somnifère.

Est-ce que la sieste est conseillée pour un insomniaque ?
La sieste de courte durée est importante mais chez des personnes souffrant d’insomnie, elle risque d’aggraver le trouble du sommeil réalisant une insomnie nocturne et une somnolence diurne.


Quelques conseils pour retrouver un bon sommeil

•Adopter un rythme de sommeil régulier en se couchant chaque jour à la même heure même en week-end.
• Partir au lit dès que l’on commence à bâiller et avoir les yeux et les paupières lourdes. Ces sensations sont provoquées par une hormone sécrétée par le cerveau. C’est pourquoi il faut se coucher dans l’immédiat sinon l’envie de dormir ne revient que 90 minutes plus tard.
• Manger au moins deux heures avant de se coucher en privilégiant des repas légers étant donné que la digestion augmente la température corporelle. Alors que pour pouvoir s’endormir la température doit être basse. C’est pourquoi, il est conseillé de prendre des aliments à base de glucides lents (pommes de terre, riz, pain ou pâtes) du moment qu’ils régulent de bons apports pendant la nuit.
• Éviter les excitants comme le café, l’alcool ou la cigarette ou encore la vitamine C lors du dîner parce qu’ils retardent l’endormissement et provoquent des réveils nocturnes.
• Exercer une activité physique, de préférence le matin, parce qu’elle favorise le sommeil.
• Préparer une chambre à coucher agréable en l’équipant d’un lit et d’oreillers confortables et en y maintenant une température modérée. L’obscurité est également propice au sommeil.
• Eviter de travailler devant l’écran de l’ordinateur pour une longue durée avant de se coucher.
• Oublier le stress de la journée avant de se coucher sans penser à celle du lendemain.
• Prendre un bain relaxant avant de s’endormir.
• Lire un livre ou écouter de la musique douce.
• Regarder un film avant de partir au lit peut aussi aider à retrouver le sommeil.

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