Yves Pouliquen : «L’OPC veut faire durer ce cours»

Aujourd’hui le Maroc : Quelles sont vos impressions quant au déroulement de ce second cours francophone d’ophtalmologie ?
Pr. Yves Pouliquen : J’en suis satisfait. Par rapport au premier cours, qui avait eu lieu il y a deux ans, je pense que celui-là a été encore meilleur. Je parle plus précisément de la sélection de plus en plus rigoureuse des candidats, selon le rôle qu’ils ont à jouer dans leur pays. Et ce, grâce aux 18 pays francophones ayant participé à cette édition. Mais aussi à la trentaine de candidats qui a accepté de recevoir cette formation éducative en matière d’ophtalmologie. Notre objectif premier a été de transmettre aux bénéficiaires les compétences nécessaires afin qu’ils puissent, à la fois, évaluer et analyser les conditions dans lesquelles ils pratiquent les soins oculaires. En fait, les candidats sont formés sur la manière d’aborder l’ophtalmologie et de l’adapter à la communauté.

ALM : Il s’agit, à présent, pour vous, de faire durer ce cours. Allez-vous y intégrer les universités à l’avenir ?
Oui, la rentabilité est l’une de nos priorités, justement. L’OPC est, comme vous le savez, une ONG et cela veut dire que, pour faire durer ses projets, il lui faudra des moyens. La Fondation Lions Clubs nous a beaucoup aidé sur le plan financier dans ces cours d’ophtalmologie. L’initiative de l’OPC reste, toutefois, lourde face à notre ambition de la faire durer. Nous pensons, ainsi, nous mettre à tutelliser le cours par les universités de France et du Maroc, de manière à l’officialiser. A ce stade de l’avancement de ce projet, passer à l’échelon de l’union avec les universités nous paraît indispensable pour sa rentabilité.

Cela pourrait-il vous amener à transférer ce cours francophone d’ophtalmologie vers la France, et plus précisément à la faculté de Bordeaux qui s’est montrée intéressée par votre expérience ?
Pas du tout. Notre choix pour le Maroc n’en subira aucune conséquence. Je pense, étant moi-même très attaché au Maroc et aux Marocains depuis de longues années, que ce pays reste un excellent choix pour les candidats africains. Ils y suivent leur formation dans une ambiance chaleureuse et dans les meilleures conditions qui soient. Nous n’allons donc pas transférer ce cours ni dans sa partie théorique ni dans sa partie pratique. Et la volonté de l’OPC de le tutelliser ne va rien changer ni dans l’organisation, ni dans la pédagogie. Les partenaires restent toujours les parrains de ce cours francophone d’ophtalmologie qui devra, grâce à sa mise sous tutelle, bénéficier, également, de la logistique des universités. La France veut, dans le cadre de ce cours, contribuer au transfert des compétences Nord-Sud. Le Maroc, lui, reste le trait d’union.

Comment se présente le prochain cours universitaire francophone d’ophtalmologie ?
C’est sur quoi travaille l’OPC, en ce moment. Ce cours, qu’on pourrait appeler «diplôme universitaire de santé publique en ophtalmologie», devra réunir, comme d’habitude, des candidats de plusieurs pays francophones. L’idéal, c’est qu’il n’y ait que 25 candidats pour cette formation, dont nous aurions espéré que la régularité soit annuelle. Cela permettra à plus de candidats d’en bénéficier et de généraliser le cours à l’ensemble des pays francophones qui en ont besoin. En temps actuel, c’est de nos mécènes que dépendent nos projets.

A l’occasion de la journée mondiale de la santé, célébrée le 7 avril, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a mis l’accent sur la santé publique. C’est ce à quoi vous avez toujours milité dans le cadre de l’OPC, notamment par le biais de ce cours d’ophtalmologie de santé publique. Pourquoi cet intérêt, à votre avis ?
C’est, en effet, une prise de conscience mondiale. La santé publique permet de faire avancer les soins et c’est ce que l’OPC veut transmettre aux ophtalmologues. Nous leur demandons d’aller au-delà de l’individu, d’élargir leur vision pour y englober toute la communauté à laquelle sont destinés les soins oculaires. Dans cette stratégie, la santé n’est pas individuelle, elle est collective et c’est pour cela qu’il est nécessaire d’y intégrer les aspects socioculturels de la communauté. Pour prévenir la cécité, il faut savoir maîtriser l’organisation et la gestion des soins oculaires au niveau communautaire.

Quelles sont les priorités de l’OPC dans le monde ?
Notre priorité principale, c’est la lutte contre l’onchocercose ou la cécité des rivières qui frappe l’Afrique. Nous essayons, à travers nos réseaux constitués de 13.000 bénévoles en Afrique, d’identifier les troubles visuels et d’agir à temps. Et cela s’avère très efficace notamment au Sénégal, Guinée, République du Congo, Mali, mais un peu moins au Tchad. Notre association tente d’aider les populations menacées à préserver leur vue. Par ailleurs, l’OPC organise des cycles annuels de formation destinés aux infirmiers africains dans l’objectif de leur apprendre à dépister et d’opérer d’autres causes de cécité (cataracte et trachome).

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *