Zemzmi : «Le PJD ne doit pas entrer au gouvernement»

Zemzmi : «Le PJD ne doit pas entrer au gouvernement»

ALM : Quelle lecture faites-vous de l’attentat du 11 mars dernier dans un cybercafé de Casablanca ?
Abdelbari Zemzmi : Ma conviction est que cette dernière opération, comme d’ailleurs les actes du 16 mai 2003, reste entourée de beaucoup de mystères. Nous savons que le terrorisme est un phénomène international. Chioukh et théoriciens d’Al-Qaïda considèrent ces actes comme étant du Jihad et appellent à attaquer les intérêts de leurs ennemis désignés à travers le monde. Toutefois, les actes du 16 mai 2003 et du 11 mars 2007 sont loin de rejoindre ce même contexte et cette même logique si l’on ose dire. Ils avaient eu lieu dans un pays arabo-musulman avec des victimes marocaines et musulmanes et des cibles qui sont loin d’avoir un caractère politique ou d’être liées, de près ou de loin, aux ennemis d’Al-Qaïda. C’est l’exemple du restaurant à clientèle majoritairement marocaine qui ne devait pas être visée même si elle consommait de l’alcool. La religion musulmane interdit que l’on tue ceux qui boivent de l’alcool ou s’adonnent à l’adultère. S’attaquer donc à des restaurants et des hôtels ne revêt aucun caractère politique. Il y a des actes qui sont illicites qui s’y passent, mais cela ne légitime en rien le meurtre. Dans l’Islam, d’autres péchés sont plus graves et, même avec cela, ils ne doivent pas être punis par la mise à mort des contrevenants. C’est le cas de l’usure par exemple ou encore de la désobéissance aux parents. C’était quoi l’objectif alors ? On avait avancé l’hypothèse de l’intervention de milieux marocains avec des objectifs politiques, mais cette analyse n’était pas pertinente. Si vous voulez mon avis, ces actes criminels n’ont ni base religieuse ni fondement légal. Ce sont des actes absurdes visant à créer la Fitna (anarchie). A quoi est-ce que cela rime de s’attaquer à un cybercafé ? L’Islam a prévu de sévères sanctions à l’encontre des auteurs de tels actes. Le Saint Coran dit : «La récompense de ceux qui font la guerre contre Allah et Son Messager, et qui s’efforcent de semer la corruption sur la terre, c’est qu’ils soient tués, ou crucifiés, ou que soient coupées leur main et leur jambe opposées, ou qu’ils soient expulsés du pays. Ce sera pour eux l’ignominie ici-bas; et dans l’Au-delà, il y aura pour eux un énorme châtiment» (Al-Maïdah). Le texte sacré a retenu quatre sanctions et avait laissé à qui de droit le soin d’en choisir et appliquer celle qui paraît comme étant la plus adéquate.

Que dire alors d’une éventuelle implication d’Al-Qaïda et notamment après le virage entrepris par le Groupe salafiste pour le combat et la prédication ?
Ce sont des hypothèses dont il est question ces derniers temps, mais on ne dispose d’aucune preuve. Ce qu’on appelle «Al-Qaïda dans les pays du Maghreb islamique» vise d’abord le gouvernement, l’armée et les services de sécurité algériens. En plus, les attentats perpétrés au Maroc ne portent pas la signature d’Al-Qaïda qui n’a, je le répète, aucun intérêt à agir de la sorte.

Sinon, que pensez-vous de l’appel lancé par Abou Hafs aux jeunes pour affirmer que les attentats ne servent en rien, ni l’Islam, ni le pays ?
Ce sont des propos qui ne sauraient émaner que d’un être sensé et soucieux de l’avenir du pays et de ses congénères. Le terrorisme est inacceptable quels qu’en soient les instigateurs ou les auteurs. C’est un fléau dont toute personne peut être victime.

Que pensez-vous du PJD que des sondages donnent comme principal favori lors des élections de septembre prochain ?
Certaines analyses autour du PJD vont au-delà de la puissance et la force réelles de ce parti. De telles projections ne sont pas logiques pour la simple raison que rien n’a changé dans ce parti que ce soit pour sa méthodologie, sa politique de mobilisation ou sa popularité et son enracinement. Je peux dire que c’est tout le contraire qui est en train de se produire. Ce parti a connu une scission menée par les responsables du Parti Annahda Wal Fadila (Renaissance et Vertu) qui affirment déjà leur volonté de couvrir 70 % des circonscriptions électorales. Cela veut dire que ce dernier parti estime qu’il dispose d’une base assez solide pour assurer une telle couverture et chasser notamment sur les terres du PJD. 

Sinon, que dites-vous d’une éventuelle participation du PJD au prochain gouvernement ?
J’ai toujours déclaré qu’il n’était pas sage d’entreprendre une telle aventure, ni maintenant ni dans l’avenir. Le PJD, s’il respecte réellement ses engagements et ses promesses au peuple, ne doit pas franchir ce pas. Dans le cas d’une participation au gouvernement, il sera dans l’incapacité d’apporter des solutions aux graves problèmes dont souffre le pays et qui sont le résultat d’une longue accumulation. Le PJD, s’il décide d’assumer des responsabilités gouvernementales, en sortira vaincu et blâmé à l’image de ce qui est arrivé avec l’ancienne opposition. Il se mettra à dos ses militants et ses sympathisants et ce sera la fin pour lui.
La posture la plus sage voudrait qu’il s’en abstienne, mais qu’il continue à travailler au niveau des communes et du Parlement. Dans ce cas de figure, il peut revendiquer des réformes, proposer des solutions mais sans assumer la responsabilité de quelque échec que ce soit. Il doit préserver son capital de popularité et éviter le piège dans lequel avait sombré l’ex-opposition une fois arrivée au pouvoir : des problèmes plus complexes et une hémorragie dans les rangs de ces partis. C’est le même destin qui attend le PJD s’il décide de faire partie d’un gouvernement.

Mais si les cadres montraient une certaine impatience d’exercer ce pouvoir ?
Dans ce cas, c’est comme si l’on vous proposait deux uniques issues: la mort ou le suicide ! Toutefois, le PJD peut faire partie d’un gouvernement, mais à condition qu’il y ait un consensus préalable, qu’il s’entoure de formations qui montrent de la sympathie pour sa méthodologie comme c’est le cas des Forces citoyennes. A moins également d’un rapprochement avec le Mouvement populaire dans le cadre d’une coalition.

Les détracteurs de ce parti lui reprochent le recours au référentiel islamique alors que ses responsables, Lahcen Daoudi, entre autres, tempèrent et affirment que leur formation n’a rien d’un parti religieux. Qu’en pensez-vous ?
C’est une déclaration indigne et inacceptable de leur part. Avec ce genre de positions remettant en cause le référentiel islamique, le PJD risque de devenir comme tous les autres partis en terme de présence effective au sein de la société. La réalité est que la société, mais aussi le régime marocain se revendiquent de ces référentiels comme le stipule la Constitution. L’existence d’une Commanderie des Croyants et d’un ministère des Affaires islamiques l’attestent également. Chaque Marocain, dans sa vie de tous les jours, se réfère aussi à ce référentiel et, dès lors, pourquoi le PJD s’en écarterait-il dans l’exercice de ses activités partisanes?

Considérez-vous toujours les partis de l’ex-opposition, de gauche notamment, comme une «catastrophe» pour le pays ?
Ces partis politiques ont défendu des positions qui m’ont poussé à réagir de la sorte. Quand ils étaient dans l’opposition, ils pleurnichaient sur les conditions générales du pays. Au moment où ils sont arrivés au pouvoir, les choses, grâce à eux, n’ont fait qu’empirer. C’est la preuve qu’ils n’étaient pas sincères avec tous les slogans qu’ils brandissaient à l’époque. Dieu n’aime pas les hypocrites.

Depuis près d’un an, l’Etat et Al Adl Wal Ihssane s’étaient engagés dans un bras de fer sans précédent. Comment jugez-vous cette situation ?
Cela démontre l’absurde et l’imprudence du groupe auquel vous faites référence. Pourquoi Al Adl Wal Ihssane nourrit-elle autant de haine et d’inimitié au régime marocain ? A ma connaissance, elle ne constitue pas un front d’opposition au sens politique du terme, mais elle fait du régime son pire ennemi. Elle pousse les choses jusqu’à ne pas reconnaître la Commanderie des Croyants et refuse d’intégrer le champ politique en privilégiant une posture de victime éternelle. Cela relève de l’absurde et ne servira le pays en rien tout comme le peuple d’ailleurs.

Que faire alors face à une telle situation ?
Cela relève des compétences des autorités et de l’Etat qui sont tenus de faire respecter la loi chaque fois que cette dernière est transgressée.

Et que pensez-vous de l’appel de Abdelouahed Moutawakil à un «pacte de fraternité» entre toutes les «honnêtes volontés» du Maroc ?
Cet appel n’a pas eu de répercussions et ne risque pas de susciter d’adhésion. La raison en est simple puisque l’objectif de cette mouvance est d’amener tout le monde à adhérer à ses visions et à se ranger sous sa bannière au moment où elle mènera le jeu. C’est une chose que n’acceptera aucun acteur politique. Je me rappelle avoir entendu Mohamed El Bachiri, qui a quitté Al Adl Wal Ihssane, raconter comment on lui avait opposé une fin de non-recevoir au moment où, au sein du Conseil d’orientation, il avait proposé que soient organisées des élections pour dégager la direction de la Jamaâ comme cela était le cas pour les mouvances islamistes dont les Frères musulmans en Egypte. Abdeslam Yassine avait même refusé d’aborder un tel sujet. Dès lors, comment imaginer Al Adl Wal Ihssane accepter un leadership dont elle ne tiendrait pas les rênes. Ils veulent tout ou rien et il est impossible de composer avec eux. Je pense que l’appel de Abdelouahed Moutawakil relève d’une sorte de marketing politique, pas plus.
C’est aussi là la preuve des contradictions de cette mouvance qui, dans son action, mêle politique et superstition. Elle est engloutie par les visions, les affabulations et le culte des idoles humaines. En même temps, elle ne trouve aucune gêne à appeler à une action politique qu’elle s’est taillée sur mesure. C’est ce qui fait que les membres de cette mouvance soient perturbés et présentent des troubles de comportement et de personnalité.

Que pensez-vous à propos de la polémique suscitée par la fatwa de Youssouf Qardawi au sujet des crédits immobiliers ?
La responsabilité des ouléma a été définie par le Prophète qui dit que quiconque d’entre eux ne répond pas à une question, en connaissance de cause, devra rendre des comptes le jour du jugement dernier. La fatwa dépasse les considérations politiques. Elle n’a pas de patrie, ni de nation. Tout Alem, où qu’il est, a l’obligation de répondre aux questions des gens. C’est ce qu’avait fait Qaradawi en répondant à une question sur les colonnes de «Attajdid».

Quitte à susciter l’anarchie ?
Il y a effectivement une anarchie dans le domaine, mais c’est de la faute des gens qui posent les questions et qui se trouvent obligés de recourir à n’importe qui. Où est l’alternative ? Où sont les ouléma du Maroc? Les programmes d’orientation sont presque inexistants sur les chaînes de télévision nationales.
Si l’on arrivait à faire un sondage, on s’apercevrait que les Marocains connaissent tous les Oulémas du Machreq et savent même à quelle heure tel ou tel autre va s’exprimer sur telle ou telle autre chaîne satellitaire. Ce qui n’est nullement le cas pour les ouléma du Maroc. Il faut œuvrer à déboucher sur des alternatives avant de stigmatiser qui que ce soit.

Pour finir, pourquoi n’adhérez-vous pas à un parti politique ?
Je refuse une telle option que ce soit au PJD ou au Mouvement populaire, deux partis dont je me sens proche pourtant comme je sympathise avec tous ceux qui défendent l’Islam. Je suis donc proche du PJD, mais je n’adhère ni à ses programmes ni à sa méthodologie. Ses principes et ses positions ne peuvent pas m’engager parce que j’ai les miens propres. Si j’étaits membre du PJD, j’aurais été, par exemple, obligé de cautionner une éventuelle participation au gouvernement. Un prédicateur comme moi ne devrait pas s’enfermer dans un cadre partisan sinon ses propos et fatwas deviendraient objets de suspicion.

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