Abbes Tanji : «Il n’y a pas de développement agricole sans recherche agronomique nationale»

Abbes Tanji : «Il n’y a pas de développement agricole sans recherche agronomique nationale»

ALM : Quelle présentation faites-vous du secteur agricole au Maroc cette année?
Abbes Tanji : Au Maroc, nous avons un secteur agricole à deux vitesses : cultures irriguées et cultures pluviales.  Les cultures irriguées d’exportation (agrumes et maraîchage) bénéficient de l’eau d’irrigation, de bonnes terres, de subventions de l’Etat, du crédit agricole, d’encadrement de la part de l’Etat et surtout du privé comme les sociétés de semences, d’engrais, de pesticides et de machines agricoles. Les agriculteurs ont indiscutablement un savoir-faire similaire ou dépassant parfois celui de leurs homologues dans les pays développés. Et c’est grâce à cette agriculture très performante que le Maroc produit des fruits et des légumes pour l’exportation en premier lieu et pour le marché national en second lieu. Par contre, les cultures pluviales concernent 87% de la surface agricole utile. C’est une agriculture de subsistance. Les agriculteurs sont pauvres, ignorants et imperformants. Ils ont un faible niveau de technicité et cherchent par tous les moyens à investir le minimum dans les semences certifiées, les engrais et les machines. 

La 7ème édition du Salon international d’agriculture au Maroc s’impose d’année en année, comment trouvez-vous ce Salon?

Le thème du SIAM de cette année est axé sur la recherche agronomique et l’innovation. En tant qu’ancien chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), je félicite les organisateurs pour ce choix. En fait, il n’y a pas de développement agricole sans recherche agronomique nationale. L’INRA compte actuellement 300 chercheurs. Mais il est temps de donner plus de moyens financiers et recruter plus de ressources humaines à la recherche agronomique.

Comment trouvez-vous le déroulement de la campagne agricole?
En milieu pluvial, les précipitations ont été trop faibles depuis décembre. Donc, la campagne agricole sera faible, et le Maroc sera contraint d’importer énormément de céréales, de légumineuses et d’oléagineuses. Presque toutes les cultures conduites en bour ont souffert de la sécheresse qui a marqué cette campagne agricole. Même avec les pluies de ces derniers jours, les rendements de céréales seront en général inférieurs à 10 qx/ha. Cependant, des rendements allant de 20 à 50 qx/ha seront probablement enregistrés dans certaines parcelles ayant un sol fertile, semis de novembre, semences certifiées, engrais suffisants et blé semé après jachère travaillée.

Et côté élevage, comment se porte le secteur?
Le Maroc a un cheptel estimé à plus de 20 millions de têtes. Mais les parcours n’ont pas produit suffisamment de végétation à cause de la sécheresse et du froid qui ont caractérisé cette campagne agricole. Il y a quelques semaines, les prix des animaux ont excessivement baissé, et les aliments de bétail ont atteint des montants exorbitants suite à la spéculation : botte de paille à 35 DH, orge à 6 DH le kg, son à 3 DH le kg, etc. Heureusement, ces dernières précipitations ont nourri un peu d’espoir dans les rangs des éleveurs. En attendant le développement de la végétation dans les parcours, les prix des animaux ont déjà augmenté et les prix des aliments de bétail sont redevenus accessibles.

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