Abdellatif Maâzouz : «En Espagne, le nombre des Marocains sans emploi est de l ordre de 155.000 sur une population de 835.000»

Abdellatif Maâzouz : «En Espagne, le nombre  des Marocains sans emploi est de l ordre de 155.000 sur une population de 835.000»

ALM : À combien évaluez-vous le nombre des MRE touchés par la crise européenne ?
Abdellatif Maâzouz : L’Europe est une des régions les plus affectées par la crise économique. En effet, le nombre des sans-emploi qui avoisinait les 34 millions en l’automne 2008 dépasse aujourd’hui les 45 millions dans l’ensemble des 34 pays de l’OCDE, et 23 millions dans les pays de l’Union européenne. Comme il existe une forte concentration des MRE dans cinq grands pays de l’Union européenne : la France (1,15 million), l’Espagne (836 000), l’Italie (487.000), la Belgique (298.000) et les Pays-Bas (265.000) qui regroupent, à eux seuls, près de 80%, le taux de chômage est deux fois plus élevé chez nos concitoyens qu’au sein de la population autochtone, surtout dans les secteurs d’activité les plus touchés comme le bâtiment. En Espagne, le nombre de Marocains sans emploi est de l’ordre de 155.000 sur une population marocaine de 835.000.

Que fait-on pour atténuer les difficultés socio-économiques des MRE dans ce contexte de crise ?
Afin d’atténuer l’impact de cette crise, un plan d’action a été mis en place pour assurer une meilleure assistance des MRE. Ce plan est composé de trois volets. D’abord, une mesure préventive pour préserver leurs droits dans les pays de résidence. Ensuite, l’accompagnement en partenariat avec la Fondation de la Banque Populaire en encourageant l’entrepreneuriat migrant et en tenant compte des spécificités de financement, de la formation et du renforcement des capacités managériales des porteurs de projets. On s’intéresse aussi aux domaines de la préservation des droits sociaux et de la protection sociale régis par des conventions bilatérales, l’aide à l’accès au logement, la scolarisation des enfants, etc. Et enfin, mettre à la disposition de nos concitoyens émigrés les informations relatives aux démarches qui peuvent faciliter leur mobilité entre différents pays d’accueil ou entre ces derniers et leur pays d’origine.

C’est en Espagne où les MRE souffrent le plus des répercussions de la crise …
À titre d’exemple, ma visite en Espagne, fin mai dernier, avait ciblé l’Andalousie. Son objectif était double. D’un côté, renouer le contact avec nos concitoyens résidant dans un pays voisin et ami et prendre connaissance de leurs principales préoccupations et problèmes en ces temps de crise économique. D’un autre côté, voir avec les autorités espagnoles, aux niveaux local et régional, comment préserver les droits et acquis de cette communauté et dans quelle mesure fructifier ce patrimoine que nous avons en commun. A ce propos, j’ai attiré l’attention des autorités que j’ai rencontrées sur la nécessité de prendre en considération le fait que la communauté marocaine en Espagne est un atout dans la perception des relations de bon voisinage, des intérêts économiques et des enjeux géostratégiques qui lient les destins de nos deux pays : l’Espagne étant notre partenaire européen le plus proche et le Maroc la porte d’entrée vers les marchés arabe et africain d’une économie espagnole en besoin d’ouverture pour se relancer.

En 2011, les recettes des MRE se sont améliorées de 7,8%. Quelles sont les mesures de soutien à l’investissement pour les MRE ?
Permettez-moi de préciser que les transferts de nos MRE progressent sensiblement. Les derniers chiffres de l’Office des changes indiquent que ces transferts ont enregistré, à fin mai 2012, une augmentation de 2,1%, soit un montant de 22,43 milliards DH, contre 21,97 milliards DH une année auparavant. Par rapport à la moyenne des cinq premiers mois des années 2007 à 2011, soit 20,39 milliards DH, ces entrées se sont appréciées de 10% ou + 2,04 milliards DH. À cette cadence, nous espérons voir les transferts des MRE dépasser en 2012 le montant record de 58,63 milliards DH enregistré en 2011. Je ne manquerais pas de citer notre programme de mobilisation des compétences marocaines à l’étranger qui a pour objectifs de les informer sur les opportunités qu’offrent les différents plans et programmes de développement sectoriels au Maroc et de les y impliquer à travers des partenariats avec les acteurs privés et publics en inscrivant ces partenariats, autant que possible, dans le cadre de la coopération bilatérale entre le Maroc et les pays de résidence. Des initiatives dans ce sens sont en cours d’expérimentation avec les réseaux de compétences marocaines en Allemagne, en Belgique, au Canada et aux Etats-Unis. Nous avons également réussi à mettre en place des cadres de coopération bilatérale ou multilatérale favorisant l’investissement des MRE au Maroc. Je citerais, notamment, l’octroi par la coopération française d’une subvention d’un montant de 1.000.000 d’euros consacrés à la création d’entreprises au Maroc par les Marocains résidant en France et un fonds similaire de 1.200.000 euros est en cours de mise en œuvre avec la Belgique, sans oublier l’appui apporté par le PNUD aux projets de développement des régions oasiennes et présahariennes de notre pays.

Votre département a élaboré un plan 2012-2016 avec des programmes dans les domaines juridique et des droits humains. Quels en sont les axes primordiaux ?
Notre action dans ce domaine s’articule autour de quatre axes principaux. Il y a l’appui juridique et judiciaire visant la préservation des droits et acquis de nos MRE, généralisé à l’ensemble des représentations diplomatiques du Maroc à l’étranger, s’appuyant sur une enveloppe budgétaire de 10.000.000 DH par an. Il y a également l’orientation et la sensibilisation à travers des outils de communication grand public et des rencontres ciblées avec notre communauté marocaine dans les pays de résidence et lors de leur séjour estival au Maroc. Le troisième axe est la veille juridique afin d’anticiper les éventuelles atteintes aux droits et intérêts collectifs des MRE dans les pays de résidence. Et enfin, il y a la coordination étroite entre les différents départements concernés par la question migratoire en vue de mutualiser les efforts et les moyens permettant d’optimiser la réponse aux attentes de nos concitoyens établis à l’étranger.

Quel est votre plan d’action pour les cinq années à venir?
Tels que nous les avons inscrits dans le plan d’action de l’actuel gouvernement investi en janvier 2012, les principaux axes de notre politique au service de nos concitoyens de l’étranger se déclinent selon cinq axes prioritaires. Le gouvernement se penche sur l’amélioration et le développement des services administratifs à l’attention des Marocains résidant à l’étranger dans le but de défendre leurs droits et préserver leurs intérêts à travers la généralisation de l’appui juridique, judiciaire et administratif. La mise en place de programmes de communication, de conseil et d’orientation, le renforcement et l’amélioration des performances du réseau consulaire pour rehausser les services administratifs rendus à nos concitoyens vivant à l’étranger. Sur le plan culturel et éducatif, en réponse aux sollicitations croissantes des Marocains résidant à l’étranger, le gouvernement œuvre, dans le cadre d’une approche concertée et intégrée, à développer, diversifier et élargir des programmes d’éducation, d’encadrement religieux, d’enseignement des langues et cultures du Maroc ainsi que l’appui aux activités d’ordre culturel.

Qu’en est-il du volet social et économique ?
Au niveau social,  le gouvernement s’active à renforcer le dialogue, à diversifier les voies de coopération et à intensifier la communication avec les gouvernements des pays de résidence afin d’optimiser la défense des droits et acquis légitimes des Marocains résidant à l’étranger, ainsi que pour étendre et actualiser les conventions bilatérales de protection sociale établies avec ces pays. Dans le domaine économique, le gouvernement œuvre pour la mise en place d’un programme d’action intégré assurant les moyens et les mécanismes à une nouvelle génération d’investissements des Marocains de l’étranger dont, à titre d’exemple, la création de services d’orientation et d’accompagnements de projets d’investissements, la mise en place de mécanismes d’incitation, et de financement plus performants, etc. Enfin, sur le plan de la participation à la vie publique, et répondant aux attentes légitimes des Marocains résidant à l’étranger relatives à une participation active dans les différents segments de la vie publique, le gouvernement poursuit la mise en œuvre appropriée des nouvelles dispositions de la Constitution du 1er juillet 2011 concernant les Marocains résidant à l’étranger, notamment dans les articles 16, 17, 18, 30 et 160.

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