Bouteflika : Une imposture algérienne (8)

Bouteflika : Une imposture algérienne (8)

De quelles circonstances parlait-il puisque, dans la même interview, il proclame solennellement le retour de la paix: « Aujourd’hui, aucune menace ne pèse sur l’Etat républicain et les institutions. Le terrorisme est quasiment vaincu. La concorde civile a tenu ses promesses. » En vérité, le faux civil Bouteflika, conscient de son impopularité, avait besoin des conditions permanentes de la répression pour installer progressivement son pouvoir personnel.
L’état d’urgence permettait de museler la société, d’empêcher qu’elle ne manifeste ses colères dans la rue ou qu’elle en fasse étalage ailleurs que chez soi. Douze ans auparavant, l’état d’urgence était l’ultime décision pour préserver la République. En 2003, il devenait la première mesure pour sauver la monarchie.
L’état d’urgence sera d’un précieux secours pour Bouteflika lors des tragiques évènements de Kabylie d’avril 2001. Il en usa d’abord pour déployer une impressionnante artillerie répressive contre les manifestants qui investirent Alger le 14 juin 2001, mais en profita dans la foulée pour durcir davantage les lois restreignant les libertés de manifester.
Pourquoi Bouteflika a-t-il donc laissé ouverte la plaie kabyle au point d’en faire celle qui aura marqué de rouge sang son règne de président ? La réponse est à chercher autant dans le mépris qu’il voue à son peuple que dans son passé de putschiste où l’on déniche une ancienne rancune envers les Kabyles qui date au moins de 1962. Tout autre président à sa place aurait éteint l’incendie avant qu’il ne se propage, c’est-à-dire au lendemain de l’assassinat du jeune Massinissa Guermah, le 19 avril 2001, dans les locaux de la gendarmerie. Tout autre président à la place de Bouteflika aurait saisi la gravité de la colère populaire qui a suivi l’assassinat du lycéen, pris des mesures d’apaisement, présenté ses condoléances à la famille, sanctionné sur-le-champ l’auteur du meurtre, engagé de vraies discussions avec la population et envisagé d’authentiques réponses à de vieilles revendications démocratiques et identitaires.
Bouteflika, lui, préféra toiser la crise. Il se contentera de survoler la Kabylie en hélicoptère pour y constater l’ampleur des manifestations, trouvant même l’humeur à téléphoner à une de ses amies bougiotes pour lui annoncer qu’il était en train de survoler sa ville. La dame sera épatée au point de lancer et de diriger le comité local de soutien à la candidature de Bouteflika pour 2004 !
Dans ce choix du pire sur le dossier kabyle, il y avait, en effet, comme une résurrection d’une vieille arrogance de l’homme de l’état-major défié dans sa puissance par le « groupe de Tizi Ouzou », qui prétendait lui disputer le pouvoir en 1962 ; ce groupe avec lequel il n’avait toujours pas vidé ses querelles et qui revenait, quarante ans plus tard, le narguer par sa descendance ! Une divergence de fond sur la nature du pouvoir a, en effet, toujours opposé le pouvoir militaire à une rébellion kabyle qui n’en a jamais accepté l’hégémonie. Cela a commencé l’été 1962 quand le Bureau politique de Tlemcen, pressé de s’installer au pouvoir à Alger, rencontra devant lui le fameux Comité de défense et de liaison de la République (CDLR), créé à Tizi Ouzou par Krim Belkacem et Mohamed Boudiaf, auxquels la Wilaya III et Mohand Ou El Hadj prêtèrent leur appui armé. Cela se poursuivra par les maquis du FFS d’Aït Ahmed en 1964. Cela continuait par le Printemps berbère de 1980 et, en 2001, par ce mouvement citoyen et ses aârouch! Bouteflika n’a pas failli à la tradition du mépris et de la force face au mécontentement kabyle : il a frappé. La répression du Printemps 2001 fera près de 150 morts auxquels s’ajouteront les victimes du 14 juin quand le président fit accueillir par les forces de police les manifestants qui venaient lui présenter la plate-forme d’El Kseur, manifeste articulé autour de 14 revendications « non négociables ». D’autres morts tacheront de sang les mains de Bouteflika et de son ministre de l’Intérieur, Nourredine Zerhouni. Ce dernier minimisera le meurtre du jeune Massinissa par le fait qu’il ne serait pas lycéen, comme annoncé par ses parents, mais simple oisif ! La bourde vaudra à Zerhouni le sobriquet de « Nounou la Gaffe » qui ne le quittera plus ! Les dirigeants du mouvement citoyen, à leur tête Belaïd Abrika, seront pourchassés, emprisonnés durant de longs mois, sans que la dissidence de la Kabylie prenne fin. Des centaines de citoyens kabyles, surtout des jeunes, sont torturés sur instruction de Yazid Zerhouni. Zerhouni est un habitué de la gégène depuis le temps où il dirigeait la Sécurité militaire. Plusieurs militants de gauche, notamment ceux qui se sont opposés au putsch de 1965, ont subi des sévices de la part de ses hommes jusqu’au milieu des années 70. Il ira, selon des accusations clairement formulées, jusqu’à abuser de la torture pour son intérêt personnel.
En 1971, pour contraindre un citoyen à céder sa pharmacie à Mme Zerhouni, alias Fatiha Boualga, le ministre de l’Intérieur de Bouteflika n’aurait pas hésité à le faire torturer, dans la sinistre caserne de Bouzaréah, par son cousin Ferhat Zerhouni. « Ils m’ont infligé la baignoire durant deux mois, fait boire de l’urine, ils ont même uriné dans ma bouche avant les séances d’électrocution… », raconte Mohamed Saâdaoui, la victime spoliée de son local et blessée à vie. Pour l’avoir fait parler, le quotidien «Le Matin» subira la colère de Yazid Zerhouni qui, publiquement, proféra des menaces à l’encontre du directeur du quotidien. « Il me le paiera ! » hurlera-t-il devant les journalistes à Djelfa. Un mois après, Zerhouni monte une cabale : le directeur du journal «Le Matin» est arrêté à l’aéroport pour « détention de bons d’épargne». Les Douanes s’élèvent contre l’abus de pouvoir et innocentent le journaliste, mais Zerhouni fait pression.
La justice est «instruite», Mohamed Benchicou frôle de peu la prison mais le juge d’instruction d’El Harrach, Djamel Aïdouni, le place sous contrôle judiciaire et lui interdit de quitter le territoire national. Un ministre de Bouteflika, Tayeb Louh, ancien leader du Syndicat national des magistrats (SNM) et inféodé au clan présidentiel, dirige personnellement le dossier.

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