Chèque en blanc de Bush à Sharon

Chèque en blanc de Bush à Sharon

Le chèque en blanc de George Bush au plan unilatéral d’Ariel Sharon enterre la feuille de route. Le locataire de la Maison-Blanche, qui a donné son feu vert et sa bénédiction à une initiative émanant d’une seule partie, a porté un coup de semonce à ses propres déclarations du 24 juin 2002 où il s’était montré favorable à l’existence de deux Etats vivant en paix et en sécurité, comme solution de la feuille de route. George Bush que les critiques de l’OCI, émises depuis jeudi en Malaisie, n’ont pas entamé, ni l’étonnement de l’Union européenne et de la Russie, reproche à l’autorité palestinienne d’avoir manqué à ses engagements.
Comme le laisse entrevoir la correspondance étalée ci-contre où les deux alliés se félicitent mutuellement de leurs engagements, Israël ne prévoit pas le démantèlement des colonies juives en Cisjordanie. Un entêtement qui va à l’encontre du plan élaboré par le Quartette (ONU, Etats-Unis, Union européenne, Russie) et qui devait mener à la création, d’ici 2005, de deux Etats vivant en paix côte à côte. La plupart des spécialistes de ce conflit pensent que Ariel Sharon s’agite pour barrer la route à cette alternative.
L’intéressé ne s’en cache pas, présentant le soutien de Bush comme une victoire. Dans sa lettre à Bush, Sharon se montre persuadé qu’ « il n’existe pas de partenaire palestinien avec lequel il est possible d’avancer vers un accord ». Le responsable des massacres de Chabra et Chatila en 1982, également instigateur de la seconde Intifada en septembre 2000, après une provocation savamment orchestrée à l’esplanade des mosquées, est opposé à tout droit de retour des réfugiés palestiniens dans leurs terres.
L’objectif pour lui, c’est «d’accélérer la construction de la barrière de sécurité ». Ce mur en béton armé, qui coûte au contribuable israélien des millions de dollars, est présenté comme provisoire. «C’est un obstacle sécuritaire et non politique». Que cette barrière empiète largement sur les frontières d’avant 1967, qu’il confine des milliers de Palestiniens presque en prison, n’a guère gêné George Bush dans son soutien. Le président américain, tout acquis à la cause de son allié, se dit persuadé de suivre « la feuille de route ». Reste à savoir de quelle feuille il s’agit.
Les conditions avancées par la Maison-Blanche pour soutenir le plan du Premier ministre israélien vont étrangement dans le sens de l’extrême-droite israélienne, à savoir le retrait de «certaines installations militaires, de toutes les colonies de la Bande de Gaza, ainsi que certaines colonies de la rive occidentale ». Aucune mention des différentes résolutions de l’ONU qu’Israel viole sans conséquences, ni du statut d’Al Qods Est. George Bush, qui fait fi des résolutions 242 et 338, donne caution à la politique d’implantation des colonies juives en territoire palestinien dans le but d’inverser la donné démographique. «Il n’est pas réaliste, susurre-t-il, à ce que les négociations sur le statut final aboutissent au retour aux lignes de cessez-le-feu d’avant 1949 ». Alors que depuis 2000, plus de 2 662 Palestiniens ont été tués par les incursions de l’armée israélienne, l’Amérique continue à militer pour la seule sécurité de son allié, tout en critiquant l’autorité palestinienne dont le chef, Yasser Arafat, élu démocratiquement, est confiné à Ramallah depuis décembre 2001.
Dans ces conditions dramatiques et alors que des menaces de mort sont proférées par des officiels à l’adresse d’Arafat et de la plupart des leaders palestiniens, le président des USA veut que la seule partie palestinienne s’en tienne à la feuille de route et mette fin immédiatement à tous les actes de violence contre les israéliens, dans tous les lieux. «La direction palestinienne est tenue de prendre, insiste Bush, des mesures énergiques et efficaces contre le terrorisme, pour y mettre fin, et démanteler ses infrastructures». Bush réduit tout acte de résistance palestinien au seul prisme du terrorisme et, d’un autre côté, reconnaît à Israël, «le droit de se défendre contre le terrorisme, y compris le droit d’agir contre ses organisations ».

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