Driss El Yazami : «Le CCME doit fonctionner comme un réseau de réseaux»

Driss El Yazami : «Le CCME  doit fonctionner comme un réseau de réseaux»

ALM : Qu’est-ce qui distingue cette édition par rapport à la précédente?
Driss El Yazami : Au niveau des modalités de préparation, nous avons essayé à l’avance de mieux comprendre les participantes en mettant un questionnaire sur notre site Internet. Ces femmes ont été invitées sur la base de leurs réponses portant notamment sur les activités de leurs associations, leurs projets. Il est vrai que dans le cadre de cette deuxième édition, le nombre des participants est comparable à celui de la précédente édition. Il en va de même pour les pays. Cette année, une association d’Al Qods est présente à cette deuxième édition des «Marocaines d’ici et d’ailleurs». Pour des raisons indépendantes de leur volonté, deux associations du Japon et de Malaisie n’ont pas pu assister à cette manifestation. Ce qui montre cette mondialisation de l’émigration marocaine. A mon avis, l’un des éléments essentiels c’est la qualité du colloque scientifique. C’est la première fois qu’un tel colloque se tient ici, à Marrakech. Jusqu’à présent nous n’avions pas une connaissance intime de cette émigration féminine. Ce colloque a permis d’examiner les points à travers lesquels il faut développer les recherches. A travers cette rencontre, de nouvelles initiatives vont être prises par les participantes. Notre rôle est de fournir une plate-forme pour que les participantes élaborent entre elles des modalités de partenariat qui doivent se traduire par des actions concrètes. Ensuite, ces femmes doivent trouver les moyens de travailler ensemble et ce au-delà de Marrakech. Des parlementaires et des élues marocaines d’ici et d’ailleurs veulent continuer à travailler au-delà de cette rencontre et nous allons essayer d’encourager leur mise en réseau.

Les objectifs de cette manifestation ont-ils été atteints?
Dès la première réunion du CCME, lors de la plénière où a été adopté le plan d’action 2008-2009, nous avons noté et mis en exergue que la féminisation de l’émigration marocaine connaît des mutations radicales. Cela s’est traduit par la mise en place d’un groupe «approche genre et nouvelles générations» qui est chargé de mener des activités et des réflexions et de veiller à ce que cette approche genre soit introduite dans les différentes activités du Conseil. Les membres et les chargés de mission du groupe collaborent et participent systématiquement à toutes les réunions et activités menées par les autres groupes de travail. De là a été lancée l’initiative des «Marocaines d’ici et d’ailleurs». Il s’agit de tirer toutes les conclusions des conséquences de cette migration.
Le deuxième élément essentiel est la nécessité de contribuer à changer les perceptions et la vision que les Marocains résidant à l’étranger ont du Maroc et réciproquement. C’est un processus que nous n’avons pas atteint totalement et on ne va pas l’atteindre avec deux autres générations. Si on veut renouveler la politique à l’égard de l’immigration marocaine et si on veut impliquer davantage l’immigration marocaine dans les grands chantiers du pays, il faut que nous continuons ce travail. Il faut changer ces visions, ces perceptions. Le Maroc bouge. Nous n’avons pas encore assez conscience des bouleversements de l’immigration dont l’enracinement inéluctable des Marocains et Marocaines dans leurs pays de résidence et en même temps le maintien des liens, d’un attachement très fort avec le Maroc.

Après deux jours de travaux et de réflexions, quel bilan faites-vous de cette seconde édition ?
Il y a des partenariats qui se nouent entre les participants. C’est maintenant à leur tour de les développer. Le CCME a aussi pour mission d’accompagner et de faciliter ces partenariats. Le conseil doit fonctionner comme «un réseau de réseaux». Vu le nombre extraordinaire des compétences au sein des communautés marocaines à travers le monde, le CCME doit veiller en permanence à travailler avec les compétences marocaines à l’étranger et tisser avec eux des réseaux. A titre d’exemple, lorsque nous avons organisé il y a quatre mois un colloque sur la question des retraités, nous avions pour partenaire douze associations de retraités.
L’une des conclusions c’est que nous facilitions la rencontre entre les associations marocaines féminines et celles des pays de résidence. Il y a une question essentielle à savoir le travail d’information sur les réformes au Maroc en l’occurrence la Moudawana.

Cette rencontre a permis de dresser un état des lieux sur l’émigration féminine. Quels sont les obstacles majeurs à défier ?
Il y a lieu de relever en premier lieu la diversité des communautés. Nous avons affaire à des réalités diverses. Pour revenir à la migration féminine marocaine, celle-ci est en progression permanente. Elle se poursuit dans le temps. Ce n’est pas un phénomène du passé. Elle touche toutes les couches sociales, de la femme la plus modeste à celle de plus haut niveau. Elles ont de plus en plus un calcul rationnel du projet migratoire, ce qui est un signe de modernisation de la société marocaine. Les plus diplômées sont déjà dans la compétition internationale pour la captation des élites hautement qualifiées. L’un des défis est comment accompagner et encourager l’enracinement tout en amplifiant les possibilités de relations avec le pays. C’est un processus qui peut paraître contradictoire mais qui est réel. En même temps, nous accompagnons l’enracinement et en même temps on maintient et on renouvelle le lien avec le pays. Il y a aussi un grand défi qui est celui des nouvelles générations. Aujourd’hui, on relève l’émergence de nouvelles générations nées et socialisées dans les pays de résidence. Il y a des potentialités chez ces générations qui peuvent être bénéfiques pour le pays. Il faut que l’on contribue à l’élaboration de politiques permettant d’encourager leur implication.

Deux années après la création du CCME, quelle évaluation faites-vous des actions réalisées ?
Le CCME doit accomplir la mission pour lequel il a été constitué. Nous sommes une institution consultative et de prospective. Ce qui est attendu du conseil, c’est qu’il émette des avis consultatifs. Nous sommes actuellement en train de préparer notre plénière qui se tiendra dans les prochaines semaines. Notre mission de prospective se traduit par la production d’un rapport stratégique tous les deux ans. Ce premier rapport sera prêt durant le premier semestre 2010. C’est à travers ce rapport qu’il faudra évaluer notre travail. Il y a aujourd’hui un dynamisme réel. Nous sommes le conseil le plus actif au niveau international. Nous essayons d’avancer sur toutes les problématiques (la féminisation, les nouvelles générations, la culture). Nous avons un véritable réseau de contact à travers le monde qui souhaite aujourd’hui travailler avec nous. Nous essayons de garder cette approche participative.

Avez-vous rencontré des difficultés pour rendre visibles vos actions ?
Cette émigration a connu des mutations radicales en moins de quinze ans. Par conséquent, il est normal que la société marocaine et les acteurs marocains n’aient pas conscience de tous ces changements. D’autant plus qu’elles ont eu lieu à un rythme accéléré. Il faut du temps pour être en mesure d’apprécier ces mutations. C’est un travail de longue haleine. La deuxième grande difficulté est de pouvoir répondre aux nombreuses attentes qui sont d’une grande diversité. Cela va de l’opération d’accueil aux postes frontières en passant par les consulats, l’enseignement de l’arabe, le domaine religieux…Et donc il y a de très grandes attentes de la part de la communauté marocaine résidant à l’étranger. Pour que les politiques publiques donnent des résultats, il faut du temps.

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