Hommage à Florence Sechaud

Hommage à Florence Sechaud

Dans les camps de Tindouf, l’une des institutions internationales qui nous a le plus aidés est sans nul doute le Comité International de la Croix-Rouge (CICR). Aujourd’hui, je souhaite rendre un hommage particulier à une des responsables de cette institution, Mme Florence Sechaud. De nationalité suisse, elle était présidente de la délégation du CICR en Afrique du Nord. Elle nous rendait régulièrement visite, et nous lui expliquions toujours ce qui se passait dans les camps. Elle est donc au courant de toutes les souffrances que nous avons endurées. Florence Sechaud est, par conséquent, intervenue à plusieurs reprises en notre faveur en faisant pression sur les criminels du polisario. C’est la raison pour laquelle elle est très détestée par ces mercenaires. Les responsables du CICR, ainsi que toutes les délégations étrangères d’ONG, de journalistes et de responsables politiques étrangers, sont systématiquement logés dans un lieu appelé l’Accueil. Les prisonniers marocains ont totalement construit cet endroit, au même titre que tous les logements, les administrations et les hôpitaux dont se targue le polisario et pour lesquels il a obtenu des subventions d’un nombre impressionnant de pays. Dans l’Accueil, les détenus sont également assignés à des travaux de nettoyage et d’entretien. Sechaud passait toute la journée avec nous dans le camp, puis repartait le soir vers l’Accueil à bord des Land Rover des responsables de sécurité du polisario. C’est Sechaud qui a fait pression pour que, par exemple, nous ayons droit d’écouter la radio ou de regarder la télévision. Un jour, le CICR avait envoyé, depuis son siège à Tunis, un colis contenant des médicaments destinés exclusivement aux prisonniers marocains. Ce sont nos codétenus, les trois médecins marocains dont je vous ai déjà parlé (Asefsa Mohamed, Khmamouch Mohamed et Azzedine Benmansour) qui devaient les recevoir. Six mois après, Florence Sechaud est venue au camp et a été consternée de découvrir que les médicaments en question ne nous avaient pas été livrés par les polisariens. Dieu seul sait comment ces médecins avaient besoin de ces médicaments pour soulager les douleurs des détenus et soigner les multiples infections dont ils souffraient. Mais un criminel ne voit jamais les choses de cet oeil-là. Florence Sechaud a fait un scandale. Elle a remué ciel et terre pour que nos médicaments nous soient restitués. Sa réaction a été tellement violente que les voleurs du polisario ont restitué dare-dare les médicaments subtilisés. L’extorsion est un sport national chez le polisario. Tout le monde vol tout le monde et tout peut vous être dérobé en une fraction de seconde. Tous les étrangers qui viennent aux camps sont des cibles des voleurs du polisario. Maintenant, vous comprenez pourquoi les polisariens détestent Florence Sechaud? D’ailleurs, elle-même a été victime d’un vol. Un jour, elle a laissé ses chaussures dans sa chambre dans le fameux Accueil. Après son retour, les chaussures avaient disparues. D’autres responsables d’ONG ont perdu leurs effets personnels comme des sacs à main. En parlant de vol, je tiens à préciser que les colis que nos familles nous envoyaient du Maroc passaient par un circuit particulier. Tout commençait à Tunis, au siège régional du CICR. Ce dernier est responsable de réceptionner les colis des familles des détenus puis les envoyer à ces derniers dans les camps de Tindouf. Souvent, en ouvrant nos paquets nous découvrons des habits usés. Comment nos proches peuvent nous envoyer des vêtements aussi délabrés? En fait, nous avons rapidement compris que nos colis étaient ouverts et les vêtements échangés. Nous ne savions pas à quel niveau du circuit, les vols avaient en lieu. Nous soupçonnions les Algériens et les mercenaires du polisario qui souvent volaient nos effets en provenance du Maroc. Mais un jour, nous avons découvert que même au niveau du CICR, nos vêtements étaient régulièrement volés. En effet, dans une des poches d’un pantalon envoyé, en principe, du Maroc nous avons découvert des dinars tunisiens. Cet argent a été remis à Florence Sechaud et nous lui avons demandé de mener son enquête. Plus tard, elle nous a expliqué que de temps en temps, le CICR faisait appel à des étudiants tunisiens pour mener à bien les travaux de tris et d’empaquetage. Quand ces étudiants trouvent un vêtement à leur goût et à leur taille, ils décident tout bonnement de le prendre. En raison des mesures de sécurité assez strictes à la sortie du centre de tri, les étudiants-voleurs enfilent le pantalon neuf et mettent à la place le leur en oubliant de vider les poches. Les colis qui parviennent du Maroc sont donc fouillés à Tunis par le CICR, à Alger par les services de sécurité algériens et enfin à Tindouf par les mercenaires du polisario. Dans toutes ces étapes, une partie des effets envoyés par nos proches disparaissent comme par enchantement. Je vous avais promis de vous parler des Marocains détenus à Tindouf et qui se sont convertis en véritables taupes du polisario. Ils étaient plusieurs à moucharder leurs propres concitoyens au profit des ennemis. Ils rédigeaient, tous les mois, un rapport destiné au directeur de la sécurité militaire, sur l’activité dans les camps. Je vais vous expliquer comment j’ai pu découvrir cela. Un soir, j’ai vu par hasard un des prisonniers mouchards jeter un bout de papier dans un tonneau qui nous sert d’urinoir. Le papier était déchiré en plusieurs petits morceaux. Tard dans la nuit, quand tout le monde s’était endormi, je me suis dirigé vers le fameux tonneau pour récupérer le papier déchiré. J’ai enfoncé mes deux bras, jusqu’aux aisselles et j’ai ramasser toutes les miettes que j’ai pu. Le lendemain, je les ai séchées dans un lieu loin des regards indiscrets. La reconstitution de ce puzzle d’un genre spécial m’a demandé plusieurs mois. Je procédais à la recomposition du papier quand je m’isolais pour faire mes besoins loin du camp. J’ai découvert qu’il s’agissait d’un véritable rapport sur tout ce qui se passait à l’intérieur du camp. Le mouchard marocain n’a rien oublié. Il informait nos bourreaux sur notre opinion sur la pseudo-rasd, sur la situation en Algérie, sur la guerre Irak-Iran… il donnait même ls noms des prisonniers qui montraient les traces de tortures aux délégués du CICR. Je me rappelle également d’un de ces délateurs, qui s’appelle El Malki Abdelkader. Il était cuisinier et c’est lui qui se chargeait de nous distribuer les dotations mensuelles de produits alimentaires. Mais ce détenu marocain nous subtilisait toujours une bonne partie des vivres pour les distribuer par la suite aux gardes et aux responsables sécuritaires du polisario, pour gagner leurs faveurs. EL Malki Abdelkader est né en 1949 et servait dans les rangs des parachutistes des FAR. Il a été fait prisonnier en 1977 au nord-est mauritanien. Il était craint de tout le monde, y compris les gardes et les responsables du polisario. Il a su tisser un réseau de délateurs, les uns plus cruels que les autres. Il était capable de faire muter n’importe quel responsable de sécurité du polisario. Rapidement, il est devenu le deuxième homme le plus puissant après le directeur de la sécurité militaire. Le mercenaire en chef, Mohamed Abdelaziz, l’invitait régulièrement dans son bureau à tel point qu’ils sont devenus de grands amis. Aujourd’hui, El Malki Abdelkader est rentré au Maroc. Il habite à Salé. Un autre mouchard du polisario vient également de regagner la mère-partie. Il s’agit de Kerroumi Ali, originaire de Beni Tejjit près de Figuig. Il a été récemment libéré avec les 300 autres détenus marocains. Ils sont d’ailleurs toujours à Agadir. Ce délateur était un despote dans les camps de Tindouf. Aujourd’hui, personne ne lui parle à Agadir. Tous les prisonniers l’évitent comme la peste et ils ont même informé les Marocains de son passé pro-polisario. Un responsable de sécurité, Omar Oueld Sidi Bouya (un grand criminel qui a eu des remords par la suite), m’a dit un jour que ces traîtres ont juré sur le Coran de dénoncer tous ceux qui complotent contre le polisario et de raconter tout ce qui se passe et se dit entre les prisonniers.

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