Kadhafi n’est pas un libérateur (11)

Avant de vous parler de certaines émissions radios du polisario auxquelles nous participions, je tiens à donner mon avis au sujet de la libération dont ont bénéficié 300 de nos concitoyens séquestrés depuis des années dans les camps de Tindouf. En fait, ce n’est pas seulement mon opinion personnelle mais également celle des personnes libérés elles-mêmes. Ils sont toujours à Agadir et je viens de parler au téléphone à certains d’entre eux, en début de semaine. En fait, les médias algériens et polisariens disent que cette libération est le fruit d’une demande du colonel Kadhafi. Je vous le dis tout de suite: aucun des prisonniers marocains n’éprouve aujourd’hui et n’éprouvera jamais de gratitude envers Kadhafi. La Libye a participé aux tortures que nous avons subies. Elle a également une grande responsabilité dans notre séquestration. Le colonel Kadhafi envoyait des tonnes d’armes très sophistiqués et de la nourriture aux mercenaires du polisario. Kadhafi a du sang marocain sur les mains. Il est coupable d’avoir encouragé les crimes contre les détenus marocains commis par le polisario. Kadhafi a des comptes à rendre à des centaines de veuves et d’orphelins. Ce n’est ni l’Algérie, ni la Libye qui ont obtenu la libération des prisonniers marocains. En fait, le mérite revient incontestablement aux ONG occidentales. J’insiste sur le terme « occidentales » car les Arabes n’ont jamais rien fait pour nous. C’est surtout à la Fondation France-Libertés qu’il faut aujourd’hui rendre hommage. Lors de la sortie du rapport de cette Fondation, j’étais toujours prisonnier, une panique générale s’est instaurée sur les camps du polisario. Les mercenaires ne savaient plus à quel saint se vouer. En 23 ans de détention, c’était la première fois que je les voyais dans cet état. Et pour cause, le rapport de la commission d’enquête de France-Libertés a eu l’effet d’un tremblement de terre dont les conséquences ne sont pas prêtes de finir. C’est Pauline Dubuisson et Afifa Karmous qui sont à l’origine de notre libération. Depuis la publication de leur rapport, en juillet dernier, 543 Marocains ont été libérés. Du jamais vu. Tous ces prisonniers libérés en l’espace de deux mois à peine. Une première dans les annales du polisario. C’est à Dubuisson et Karmous qu’il faut rendre hommage et non à Kadhafi. Pourquoi ce dernier n’est-il pas intervenu avant novembre 2003? Où était-il avant que les prisonniers marocains ne soient tous âgés de plus de 50 ans? Que faisait Kadhafi quand des centaines de Marocains mouraient quotidiennement de la torture, des maladies les plus chroniques et du désespoir? Tous les détenus marocains ont aujourd’hui des troubles psychiques. Tous sont démoralisés et physiquement abattus. Kadhafi était au courant de tout cela et ce depuis des années, depuis la première seconde que le conflit artificiel a été créé par ses soins et celui des Algériens. Des délégations libyennes nous rendaient visite régulièrement dans les camps lors des années 80 essentiellement. A chaque reprise, c’est un proche collaborateur de Kadhafi qui présidait la délégation. Nous étions un spectacle pour eux. Les Libyens s’approchaient de nous avec des drapeaux du polisario sur les épaules. Une sorte de provocation. Nous étions pieds nus, et nos vêtements étaient tous déchirés. Et malgré cette misère, les Libyens trouvaient toujours une occasion de rire de nous ou de nous insulter. Je détesterai toute ma vie les Libyens et je ne supporte même pas lire le mot « Libye ». Je vous assure que si j’étais toujours séquestré, je préférerais mille fois rester dans les geôles du polisario que d’être libéré grâce à une intervention de Kadhafi. Qu’on ne me dise pas que c’est la guerre froide qui a voulu cela. Cette guerre froide est finie depuis plusieurs années. Kadhafi est bien intervenu pour la libération des touristes occidentaux capturés par le groupe d’Abou Sayyaf aux Philippines. Il a fait cela alors que ces mêmes Occidentaux lui ont imposé un embargo et l’ont même bombardé. Pourquoi a-t-il laissé les Marocains croupir dans le désert algérien? Ceci est mon avis et celui de tous les prisonniers marocains. Ceux qui penseront le contraire ne peuvent être que des hypocrites. Passons à notre sujet. Comme je vous le dis depuis plusieurs jours, la propagande des mercenaires du polisario s’appuie énormément sur les médias. Ils ont utilisé des images truquées des prisonniers marocains ainsi que des déclarations forcées de ces derniers pour tromper les gouvernements et les organisations internationales qui ont été assez naïfs pour les croire. C’est ainsi que le polisario possède deux stations de radio. La première s’appelle Radio Sahara Libre. Officiellement, les polisariens prétendent émettre du plein coeur de ce qu’ils appellent « les territoires libérés », c’est-à-dire d’une zone entre le Maroc et l’Algérie. En fait, cette radio n’est autre que la radio régionale d’Oran à des dizaines de kilomètres de Tindouf et des pseudos territoires libérés. Ce sont des membres du polisario, des anciens étudiants à Oran qui m’ont révélé la supercherie. Ils m’ont expliqué que la radio régionale d’Oran interrompait normalement ses émissions vers 22 heures ou 23 heures pour laisser la place à la Radio Sahara Libre. Régulièrement, ces étudiants étaient sollicités à jouer le rôle de journalistes. Je vous rappelle que paradoxalement nous nous sommes liés d’une très grande amitié avec certains membres du polisario, spécialement ceux originaires des provinces sahraouies marocaines. Je qualifierais même cette relation comme une réelle fraternité, beaucoup plus intense qu’une simple amitié. La deuxième station de radio des polisariens se trouve au sud de Tindouf. Si vous avez l’occasion de vous rendre dans cette région, il est très simple de voir cette station. Sur l’unique route goudronnée qui mène de la ville de Tindouf vers les camps du polisario, vous trouverez la station à 10 km sur le côté de la route. Je ne me suis jamais rendu dans cette station. En fait, les enregistrements avec les prisonniers Marocains s’effectuaient pratiquement toujours sur place, à savoir dans les camps de concentration. Nous participions souvent à deux émissions radio. La première s’appelle « Dafaôue Ila Al Maout Faâch », c’est-à-dire « Ils l’ont poussé à la mort, mais il a survécu ». Il s’agit bien entendu du prisonnier Marocain. Cette émission consistait à passer régulièrement le témoignage d’un des séquestrés. Nous passions un par un. Avant l’enregistrement, les polisariens nous terrorisaient pour que nous soyons coopératifs, c’est-à-dire les plus naturels possibles. On nous donnait un texte à lire. Celui-ci disait évidemment que nous étions très bien traités et que le Maroc était un agresseur. On nous faisait également lire des appels aux membres de l’armée marocaine pour qu’ils désertent leurs rangs et dirigent leurs armes contre leur propre pays. On disait aussi que dans les camps de détention nous n’avons vu ni Cubain, ni Algérien, ni Libyen. La deuxième émission radio s’appelle « Table Ronde ». Elle consiste à regrouper plusieurs prisonniers à la fois. Entre cinq et dix détenus. Mais comme dans la première émission, les prisonniers avaient un texte à lire et étaient tous terrorisés avant de passer à l’enregistrement. Inutile de vous rappeler que ces deux émissions n’étaient jamais diffusées en direct. L’émission «table ronde» était donc consacrée à des thèmes précis. Je me rappelle qu’un épisode a été consacré au mariage d’une des princesses. Mais toutes les occasions étaient bonnes pour fustiger la monarchie. Les officiers supérieurs de l’armée étaient accusés de piller les richesses du Maroc. L’émission avait ainsi pour but d’inciter les soldats à l’émeute. Au moment où l’URSS était toujours à son apogée, nous attaquions également les Etats-Unis. Nous disions que le Maroc était à la solde de l’impérialisme américain et que les Américains n’avaient qu’un seul but, exploiter les richesses du Maroc. Et dire qu’aujourd’hui, l’Algérie, le Polisario et la Libye font les yeux doux aux Etats-Unis.

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