La sacralité du mois de Ramadan (2)

La sacralité du mois de Ramadan (2)

Les nutritionnistes nous diront qu’un refus de nourriture prolongé peut avoir comme conséquence une perte de 30% du poids du corps. Si cet état de “non-nutrition” persiste dans le temps et que le corps perd 40% de son poids, alors on meurt de faim, au sens premier de l’expression ! Et avant que la mort n’intervienne, les cellules du corps se révoltent et s’entrent-dêvorent, entraînant des troubles psychologiques extrêmes. Pourquoi donc, Dieu, ordonne-t-Il aux croyants de jeûner chaque jour pendant 30 jours? Contradiction ?
Contradiction de la part de Dieu?
Contradiction il y aurait si l’on ne prenait en considération qu’une dimension de l’être humain, son corps, seule. Conformément à la conception matérialiste du monde. Mais, comme chacun le sait, nous sommes plus qu’un simple corps. Car si l’être humain se réduisait à un “simple” corps, et l’âme à une émanation du corps, alors il conviendrait de pouvoir expliquer la douleur que tous éprouvent à la mort d’un proche, quand bien même son cadavre est encore présent, et que son âme, seule, l’a quitté? Dans les faits, les contradictions s’éludent à l’étude des vertus évidentes et cachées du jeûne.
Les vertus de Ramadan
• En préliminaire, il faut rappeler que le prophète Mohammad (Paix et bénédictions soient sur Lui) a interdit de poursuivre le jeûne sans interruption. Il faut jeûner aux heures et de la façon prescrites par notre Créateur et son Messager; ainsi, le croyant percevra ses vertus.
• D’abord, Dieu rappelle ainsi au croyant sa totale dépendance envers Ses bienfaits, à lui accordés. Cela contribue à forger une certaine humilité mêlée de reconnaissance.
• Ensuite rien ne peut forcer mieux à la compassion envers les pauvres et les affamés du monde que le partage de leur expérience de faim et de soif. C’est en éprouvant ce que l’affamé éprouve dans sa quête de nourriture, ce que le pauvre éprouve en travaillant, sans la quantité requise de nourriture, que le musulman peut comprendre ces notions, et répondra volontiers à l’appel du prochain affamé et du pauvre.
• Par ailleurs, le corps humain accumule des toxines durant l’année, par son alimentation. Ces accumulations sont néfastes à la santé de l’individu. Ramadan permet de nettoyer le corps de ces éléments-là et d’accorder un repos à nos organes digestifs.
• Il y a aussi un aspect unificateur propre à Ramadan. En effet, riches ou pauvres, blancs ou noirs, tous les musulmans des 5 continents, soit environ 1,3 milliard de croyants jeûnent, au même moment de l’année, de la même façon. Aucune dérogation n’est possible (sauf maladies ou raisons graves), cela leur donne une certaine sensation d’unité dans la même ferveur et soumission au Créateur Suprême. Avant d’aborder le bénéfice suivant, qui sera développé en détail, il faudrait ajouter un aspect méconnu de Ramadan.
• Après un long mois de jeûne et de privations diverses (nourriture, sommeil, relations intimes entre époux), beaucoup de gestes quotidiens que chacun faisait mécaniquement, ou des bienfaits que l’on prenait pour acquis, comme un dû, prennent alors une consistance nouvelle. Perceptions nouvelles, parce que, sensations nouvelles. Par exemple, un verre d’eau rafraîchissant dans un moment de grande chaleur et les sensations agréables qu’il génère sont perçus plus finement par un corps qui en avait perdu l’habitude, forgeant ainsi une appréciation régénérée de ces bienfaits élémentaires de Dieu. Le même processus d’appréciation se répète pour un simple petit-déjeuner, ou les repas quotidiens, forçant ainsi à la pensée de Celui qui a pourvu l’Homme de ces infinies bontés, à chaque première bouchée de nourriture. Et ce sentiment de gratitude effleure même la pensée du plus ingrat des croyants. C’est une sagesse formidable de la part de notre Créateur. Le croyant qui fait une pause pour réfléchir trouvera, là, forcément une cause pour remercier.
Leçon d’humilité élaborée par notre Créateur !
• Sans prétendre passer en revue toutes les vertus de Ramadan de façon exhaustive, finalement, Dieu, dans Sa Sagesse, veut que chacun éprouve toute la palette d’humeurs et sensations qui interviennent durant un jeûne, de sorte à aider l’être humain à mieux les contrôler. Et cela est d’une importance extrême, car, et nous allons le voir, cela influence profondément nos relations avec notre monde extérieur, notre prochain et nous-mêmes.
La clé est la maîtrise de nos émotions
Si on analyse la structure de notre personnalité, on y décerne principalement quatre dimensions, l’esprit, le corps, les émotions et l’âme. Notre vie spirituelle, elle, résulte d’une intense interaction entre ces différents éléments de la personnalité. Elle est donc à la fois leur lien unificateur et leur résultante. Pendant le mois de Ramadan, Dieu requiert à chacun un ensemble de sacrifices. Cet ensemble est constitué de contraintes physiques, certes, mais aussi de contraintes sur le plan émotionnel, mental et spirituel. Ces quatre éléments sont indissociables et confèrent son caractère unique à Ramadan. Nous connaissons tous la chair et son pouvoir sur l’esprit à travers les émotions. Une émotion peut nous faire frissonner, une émotion peut nous faire rire, ou pleurer, et partant affecter notre humeur. Il est donc indéniable que chaque jour, nos émotions influencent notre esprit, et, de là, notre vie. Et vice-versa: notre mode de vie et ses péripéties ainsi que le monde extérieur, influencent grandement nos diverses émotions. Il y a donc une interaction complexe et rapide (en millième de seconde) entre notre corps, nos émotions et notre intellect. Les émotions sont cependant la plus dangereuse partie de notre personnalité, car la plus vulnérable et la plus volatile. À l’inverse de l’esprit, qui raisonne sur des faits, les émotions sont constituées d’impressions abstraites : amour, haine, joie, peur, envie. Ces différentes notions ont été acquises au cours de notre vie ; nous avons appris l’envie ou la jalousie, nous ne sommes pas nés avec. Nos émotions sont conditionnées par le plaisir et la douleur: elles veulent éviter le désagréable, l’effort, et recherchent l’agréable, le confort. Et cela leur confère un redoutable pouvoir sur tout être humain… à son insu. Nous sommes rarement conscients de leur force, et combien elles affectent nos vies. Il existe des gens qui ne réagissent que par et pour les émotions : elles régissent leur vie. Ainsi, le superficiel s’érige en dogme, et nous perdons l’essence de la foi.
La solution islamique
Aucune religion ne traite spécifiquement cette particularité et cette faiblesse de la nature humaine, à part l’Islam. Aucune. L’Islam est la seule religion qui, non seulement propose, mais impose comme un des piliers fondamentaux de la foi, un processus de réajustement, de rééquilibrage du corps et de ses composants. C’est une opportunité de réglage annuel! À travers le mois sacré de Ramadan.Ramadan est pour le croyant, il n’a pas été institué en l’honneur de Dieu. C’est, pour l’Homme, une chance inouïe de rééquilibrer sa personnalité… Malgré l’opposition du corps.
Refus physique et biologique
Quand le corps reconnaît notre violation de son habitude alimentaire, il commence une révolte bien orchestrée. Pour avoir une idée combien le corps et les émotions sont prêts à “se battre” contre le vécu du Ramadan, il suffit de se rappeler d’une expérience que beaucoup d’entre nous ont déjà enregistrée dans leur vie. Il nous est souvent arrivé d’être en retard en se réveillant le matin, et de se dépêcher pour ensuite arriver à l’heure, en oubliant même de manger quoique ce soit avant de partir. Notre intention n’était pas de jeûner pour Dieu, mais simplement d’être à l’heure. Alors pris par nos différentes responsabilités, nous oublions souvent de manger jusqu’à un moment avancé de la journée. Sans même que le corps nous rappelle à l’ordre. Vrai ? Ainsi, donc, Dieu a élaboré le Ramadan dans Sa grande Sagesse afin de nous pourvoir, d’une période suffisamment longue pour un rééquilibrage des dimensions biologiques, mentales, émotionnelles et spirituelles de sa personnalité. Alors dans ce processus long de 30 jours, la volonté et l’esprit se renforcent. Nous restons mobilisé en permanence. Nous arrivons à contrôler nos émotions et à les confiner à leur rôle. Nous reprenons les rênes de notre vie progressivement, les émotions ne sont plus les vecteurs directeurs de nos actions et de notre personnalité. Et après 30 jours de cette autodiscipline systématique de renforcement de notre esprit sur le corps, le croyant est prêt pour une nouvelle année.
À suivre…

Mohammad Amine Alibhaye, Islam Fraternet

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