«Le Souss est riche de son potentiel»

ALM : Pour la première fois, Agadir se dote d’un vrai festival au nom de «Timitar» qui aura lieu du 7 au 11 juillet. Qu’est-ce que vous attendez en terme de retombées de cette manifestation?
Aziz Akhannouch : Il s’agit de retombées en termes de promotion de l’image de la Région du Souss-Massa-Drâa, dans le sens où c’est une véritable publicité pour l’art amazigh et une démonstration du dynamisme culturel de la Région.
Par ailleurs, ce festival affirme le caractère ouvert de la ville d’Agadir sur le pays et le monde puisque le concept du festival est : « Les musiques amazighes invitent les musiques du monde ». Notre cible est à la fois la population d’Agadir mais également le tourisme national et international.
Enfin, à l’instar des autres festivals marocains, nous allons constituer assez rapidement une association qui se chargera exclusivement du Festival Timitar, ce qui permettra de le pérenniser et de travailler à son amélioration d’année en année.
En tant que président du Conseil régional du Souss-Massa-Drâa, comment voyez-vous le développement de cette région ?
Le Souss-Massa-Drâa est une région économiquement dynamique et riche de ses hommes, qui en sont le principal atout. Les initiatives entreprenariales ont jusqu’à présent garanti à la Région Souss-Massa-Drâa une prospérité économique indéniable.
Cependant, il subsiste un certain nombre de déficiences socio-économiques qui handicapent la marche vers l’avant du Souss-Massa-Drâa et je citerai là sans être exhaustif : la rareté de l’eau, l’enclavement routier et aérien, le bas niveau de certains indicateurs sociaux et autres.
De ce fait, la mise en place d’une stratégie de développement socio-économique était une impérieuse nécessité à laquelle nous nous sommes attelés depuis le début de notre mandat, en étroite collaboration avec Monsieur le wali Ali Ghannam, et aidés par McKinsey, cabinet de conseil en stratégie de renommée internationale.
Cette stratégie fédère, bien entendu, l’ensemble des acteurs et forces vives de la région, ce qui permettra de mobiliser de façon ciblée les ressources sur des objectifs liés à des chantiers prioritaires et structurants.
Quels sont les axes de la stratégie de la région pour s’ouvrir sur son environnement extérieur (partenariats avec les régions de France par exemple) ?
Il convient de rappeler tout d’abord que la Région du Souss-Massa-Drâa a été à travers l’Histoire un creuset où s’entremêlaient plusieurs cultures, races et religions et qui ont toujours cohabité en pleine harmonie.
En ces temps de globalisation, l’ouverture sur le monde qui nous entoure est plus que jamais nécessaire. C’est dans cet esprit que s’inscrivent, sans être exhaustif, les initiatives suivantes :
D’une part, la Région du Souss-Massa-Drâa et la Communauté Autonome des Canaries de par la convergence de leurs intérêts économiques et politiques respectifs sont en cours d’élaboration de partenariats fructueux.
D’autre part, la Région a entamé un partenariat avec l’Aquitaine. Nous pensons que l’expérience acquise par nos amis français peut être, à maints égards, très instructive.
Plus largement, l’ouverture de la Région du Souss-Massa-Drâa devra se traduire par une forte implication des opérateurs privés, pouvoirs publics et surtout les élus dans les différents projets qu’elle sera appelée à piloter sur l’ensemble de ses domaines d’intervention, que ce soit le désenclavement aérien et terrestre, le développement du tourisme, la création d’un cluster «Agrotechnologie» avec des partenaires étrangers, etc.
Quels sont à votre avis les atouts et les faiblesses de la ville d’Agadir et de sa région?
La Région du Souss-Massa-Drâa jouit de nombreux atouts et je ne mentionnerai que les plus importants : le dynamisme de ses entrepreneurs, le coût compétitif de sa main-d’oeuvre, un climat chaleureux et donc propice aux activités touristiques et agricoles, et une qualité de vie incomparable.
Malheureusement, un certain nombre d’handicaps sont à mettre à son passif : l’enclavement en matière d’infrastructures de transport, la rareté de l’eau et d’autres problèmes communs à toutes les régions du Maroc.
De notre part, nous nous attellerons dans le cadre de notre action au sein du Conseil régional à résorber les carences décrites et à renforcer les atouts concurrentiels évoqués.
Je reviendrai sur quelques problématiques importantes et notamment :
– la gestion de l’eau qui me paraît fondamentale puisqu’un scénario de crise hydrique signifierait une remise en cause des équilibres actuels au niveau aussi bien de l’agriculture vivrière qu’intensive. Une crise hydrique impliquerait des retombées négatives sur les populations rurales, sur l’agriculture dont le PIB se réduirait en une peau de chagrin, et à terme sur l’ensemble du tissu productif régional, y compris le tourisme. Ces projections montrent clairement la gravité de la situation et la nécessité d’entreprendre des mesures visant à rationaliser la demande et faire croître l’offre en eau.
– Le désenclavement aérien et terrestre tant il est vrai que la difficulté d’accès à certaines zones (Tiznit, Ouarzazate, Zagora…) sont autant de freins au développement économique et touristique.
– Le plan Azur, dont il faudrait accélérer la mise en oeuvre au niveau de la Région Souss-Massa-Drâa notamment à travers le chantier de Taghazout.
La croissance future de la Région dépendra, sans nul doute, du degré de succès atteint dans la réalisation de ces trois chantiers structurants. Ainsi, la réalisation des objectifs liés à la vision 2010 (concernant aussi bien l’aménagement de zones touristiques que la connectivité globale de la région) et une bonne gestion de la ressource hydrique permettrait, couplées avec l’intégration des filière agricole et de la pêche, de réaliser des taux de croissance annuels moyens avoisinant les 6% c’est-à-dire que le PIB régional passerait de 34 milliards en 2003 à 77,4 milliards en 2015. Les créations d’emplois progresseraient en moyenne de 4,8%, moins que le PIB en raison des gains de productivité à réaliser. Par contre, si les chantiers prioritaires cités précédemment restaient largement inachevés, il en découlerait une véritable récession économique qui se traduirait par des destructions nettes d’emplois (le bassin d’emploi passerait de 900.000 à 750.000) et une stagnation du PIB sur les 10-15 prochaines années.
La région perçoit-elle un volume d’investissements digne de ses potentialités ?
Malheureusement, nous pensons que les investissements ne sont pas encore à la hauteur des potentialités économiques de la Région du Souss-Massa-Drâa. Cependant, l’annonce de la réalisation de l’autoroute Marrakech Agadir par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, pour un investissement global de 6,3 milliards de dirhams, est un signal fort que les investisseurs marocains et étrangers ne manqueront pas de traduire en investissements au sein de la Région.
Quels sont à votre avis les secteurs d’activité qui méritent d’être développés davantage pour en faire un fer de lance de l’économie régionale ?
La stratégie de développement économique de la Région met en avant trois secteurs d’activité que je citerai par ordre d’importance : le Tourisme, l’Agriculture et la Pêche. Ces secteurs sont les moteurs de l’économie régionale et sa prospérité économique en dépend largement. Nous pensons qu’il convient de focaliser nos efforts de promotion économique sur ces trois fers de lance.
Outre ces trois moteurs, l’économie de la Région devrait se doter de quelques activités nouvelles fortement créatrices de valeur ajoutée, ce qui permettra de créer des relais de croissance garants de sa prospérité économique future. Un certain nombre de pistes sont en train d’être explorées et je citerai un exemple : la création d’un Cluster d’Agrotechnologies.
Deuxième pôle économique du pays, Agadir sera suite aux Hautes directives royales reliée à Casablanca par un réseau autoroutier. Comment jugez-vous ce projet et quel sera son apport pour l’économie locale ?
Nous ne pouvons que nous féliciter de l’initiative royale qui affirme une fois de plus l’attachement de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, à la Région Souss-Massa-Drâa.
Cette initiative royale est une véritable aubaine pour la région puisqu’elle permettra de dynamiser le secteur touristique grâce une liaison routière rapide avec le premier pôle économique du Royaume (quatre heures au lieu de sept actuellement), aussi elle donnera aux entreprises exportatrices du Souss-Massa-Drâa, notamment dans l’agriculture et la pêche, un meilleur accès aux marchés et améliorera la chaîne logistique.
Une délégation d’hommes d’affaires du Souss-Massa-Drâa encadrée par le Conseil régional a effectué au cours du mois de juin une visite aux Iles Canaries. Quel est le bilan de cette visite ?
La délégation marocaine a eu l’occasion de présenter aux décideurs canariens des projets de partenariat notamment ceux relatifs à la mise en oeuvre de la stratégie de développement socio-économique de la région du Souss-Massa-Drâa et je citerai notamment un projet qui concerne la création d’un fonds d’investissement régional. Nous sommes très heureux des résultats de cette visite, puisqu’ils ont été rapidement concrets.
Ainsi, un protocole d’accord a été signé entre les deux parties et a porté création d’un comité mixte Entrepreneurial entre les Iles Canaries et la Région du Souss-Massa-Drâa. Ce comité permettra de développer les flux d’échanges entre les deux parties et d’encourager les investissements directs canariens. D’autre part, de nombreuses initiatives émanant d’opérateurs privés ont été annoncées durant cette visite: En premier lieu, la COMANAV a annoncé l’ouverture de deux lignes maritimes reliant le Maroc et les Iles Canaries, dont une très prochainement.
D’autre part, un accord a été signé avec l’autorité portuaire de Gran Canaria permettant d’assurer le fret de containers entre les Iles Canaries et les provinces sahariennes marocaines. Enfin, la Regional Airlines et la compagnie aérienne Binter ont signé un accord de collaboration en matière de code-sharing sur la ligne Agadir-Las Palmas.
Quels sont les projets en commun que la Région du Souss-Massa-Drâa peut éventuellement développer avec cette communauté autonome espagnole ?
Les projets pouvant faire l’objet de partenariats sont très nombreux. Tout d’abord, les Iles Canaries de par leur caractère insulaire souffrent de la rareté de l’eau ; les moyens novateurs qu’il ont développés à cet égard et notamment le dessalement de l’eau de mer peuvent nous être très utiles.
En outre, les Iles Canaries drainent annuellement douze millions de touristes ce qui prouve leur expertise dans ce secteur et je pense que des partenariats entre opérateurs touristiques du Souss-Massa-Drâa et Canariens peuvent être mutuellement bénéfiques.

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