Maroc-Sénégal : Nous nous sommes tant aimés…

Maroc-Sénégal : Nous nous sommes tant aimés…

«Les investisseurs marocains devraient s’engager plus massivement au Sénégal, même dans des partenariats où ils ne seraient pas majoritaires. Il y a, aujourd’hui, ici, des moyens et des possibilités pour monter des projets très sérieux». Le banquier qui avance cette analyse sous forme d’expertise est un homme de terrain. Il connaît le pays, ses rouages. Sa réputation de banquier d’affaires crédible est faite. C’est un professionnel. Installé à Dakar depuis peu, il a réussi à générer un flux d’affaires assez consistant et à mettre à la disposition de ses clients, y compris institutionnels, des techniques assez pointues dans le domaine de l’ingénierie financière. Le fait qu’il soit Marocain et représentant d’une banque marocaine ne gâche rien, en terre sénégalaise, à cette véritable réussite. Bien au contraire. Mais il faut reconnaître que le tableau n’est pas toujours idyllique concernant les interventions des hommes d’affaires marocains dans ce pays. Deux catégories d’investisseurs ont laissé des traces négatives durables. La première est celle des escrocs. Ils se présentent comme des opérateurs continentaux, spécialisés notamment dans le BTP, avec des références solides et finissent, avec quelques complicités, par produire industriellement des faux et monter des escroqueries sauvages. L’effet est  calamiteux. La seconde catégorie est plus «prestigieuse». Elle traite directement avec l’Etat en profitant des porosités qui peuvent exister. Les projets sont grandioses. Les perspectives formidables. Mais rien ne voit le jour. L’objectif étant de spéculer et de  prendre des positions «lourdes» susceptibles d’être monnayées plus tard. L’effet est aussi calamiteux. Au final, et au-delà des petits Marocains engagés massivement et traditionnellement dans le commerce ou les services, la réalité économique marocaine au Sénégal est en dessous des relations culturelles et politiques qui existent entre les deux pays. C’est rien de le dire, mais sur le terrain ce déphasage est remarquable. Autant les Marocains peuvent avoir un discours construit sur le Sénégal autant, dans les faits, ce discours correspond à une réalité qui est assez peu reluisante. Le bricolage généralisé, la faiblesse des moyens, l’absence d’outils modernes de travail, la tentation de la facilité relayée parfois par l’incompétence et le sentiment – de plus en plus non justifié – de gérer une rente de situation politico-culturuelle font que les positions marocaines s’effritent. Au fur et à mesure que l’économie sénégalaise s’ouvre selon des standards et un mode de gouvernance de plus en plus imposés de l’extérieur et que sa société devient complexe en s’ouvrant, elle aussi, nous avons du mal à nous projeter dans un pays qui change, finalement, aussi vite que nous. «On peut célébrer l’amitié tout le temps et en permanence, mais, pour le travail, il faut changer de démarche. Les Sénégalais n’en veulent plus des experts, des stratèges, de donneurs de conseils ou des planificateurs qu’ils viennent de France ou du Maroc, nous voulons des gens capables, sans s’adosser à des secteurs corrompus, de monter un vrai projet utile économiquement et socialement et de l’exécuter dans les limites du budget établi et dans les délais prévus. C’est cela qu’il nous faut. Pour le reste, on sait faire tout seul…». Le discours de cet entrepreneur est certes marqué par la surchauffe de la campagne présidentielle – elle a quand même mis, malgré la démagogie généralisée, les questions de gouvernance au centre des débats – mais il reflète un sentiment assez partagé. Dans le domaine de l’agriculture notamment biologique, le tourisme, la formation, le transport, les services, les Marocains peuvent apporter au Sénégal une offre ajustée et un savoir-faire adapté, le tout appuyé par une politique de proximité qui peut devenir, assez vite, un trait distinctif. Mais pour cela, il y a nécessairement de nouveaux dispositifs à mettre en place. Les institutions marocaines «décentralisées» à Dakar ne sont pas toujours, à la hauteur ni du passé glorieux des relations bilatérales ni du niveau requis par les exigences et les enjeux de l’avenir. Trop petit, trop étroit, trop étriqué. Là où nous devons avoir une posture de puissance intermédiaire, ou émergeante, ayant son mot à dire dans cette région du continent, on se comporte comme si notre intérêt pour ce pays était illégitime ou notre modèle – car il en existe un, désormais – était non valorisable ailleurs. «Après les voyages du Roi en Afrique qui laissent de formidables traces et qui ouvrent des portes fantastiques, personne ne suit. Le travail est fait par Mohammed VI, mais personne ne capitalise dessus. C’est vraiment dommage». Le haut cadre marocain responsable dans une institution financière continentale qui avance ce diagnostic semble sincèrement frustré par cette réalité. Il occupe, à l’évidence, un poste qui fait de lui un observateur perspicace de nos ratés comme de nos réussites. La récente visite de Driss Jettou à Dakar peut bien susciter des espoirs et ils sont fondés – à ce niveau de représentation, ça peut être décisif – mais, si cette action d’excellence n’est pas suivie par des dizaines de projets sérieux et de centaines de petites actions multiformes et denses, le flux d’affaires restera à un étiage peu satisfaisant. Nous avons souvent reproché à nos amis et voisins espagnols de ne pas avoir une politique créative et imaginative à notre égard. À Dakar, l’honnêteté intellectuelle exige de nous que l’on accepte le même reproche de nos amis sénégalais. Il ne faut pas que notre pays perde une énergie folle à vouloir convertir ou attirer les bonnes grâces de ses adversaires en Afrique au détriment de ses amis et de ses alliés naturels.
L’amitié, comme l’adversité, est un long combat qui ne mérite souvent aucun relâchement. Nous nous sommes certes tant aimés, mais nous avons encore tellement de choses à offrir, à partager et à construire ensemble.

DNES à Dakar
Khalil Hachimi Idrissi



 Sénégal, premier partenaire UEMOA du Maroc


En quinze ans, le volume des échanges entre Rabat et Dakar a été multiplié par six. D’environ 6 millions de dollars (60 millions de dirhams environ), au début de la décennie 90, la facture des transactions entre les deux pays dépasse 35 millions de dollars en 2004. Une certaine accélération est notée depuis lors puisque en seulement deux ans, à la fin 2006, ce volume atteint 55 millions de dollars, faisant du Sénégal, le premier partenaire commercial du Maroc au sein des pays de
l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA). Ces échanges sont caractérisés par un déséquilibre structurel de la balance bilatérale. En effet, la part marocaine représente 84% dans le total des échanges. Le Royaume exporte vers ce pays des câbles électriques (11%) mais aussi des produits alimentaires (12%), des médicaments (11%), des vêtements confectionnés (7%), des chaussures (3%), des agrumes (2%) et des conserves (2%). Sur l’axe Dakar-Rabat, les exportations du coton (68%)  sont prépondérantes, loin devant les produits alimentaires (31%). Mais, aussi importants soient-ils, ces échanges sont jugés en deça des potentialités et des nombreux accords signés entre les deux pays. Le Maroc et le Sénégal sont liés par par un accord sur l’encouragement et la protection réciproque des investissements.  Fort de ces différents accords, les échanges économiques entre les deux pays peuvent bénéficier d’un véritable effet de levier avec la signature attendue d’un accord commercial avec l’UEMOA. A ce jour, les investissements marocains au Sénégal sont portés par des entreprises marocaines publiques comme la Royal Air Maroc, la Comanav, l’ONE, et privées comme la BMCE et Attijariwafa bank . Ces investissements constituent aujourd’hui une plate-forme pouvant aider les PME-PMI à s’implanter au Sénégal. La convention d’établissement liant le Maroc au Sénégal et qui date de 1964 garantit le traitement national aux entreprises marocaines installées au Sénégal et vice-versa. La charte d’investissement du Sénégal octroie également divers avantages aux investisseurs étrangers, constituant de ce fait un encouragement pour les entreprises désirant s’installer au Sénégal et dans la zone UEMOA.

Adame WADE

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