Métiers : Quand le bois s’exprime de mille et une manières

Métiers : Quand le bois s’exprime de mille et une manières

Qui ne s’est jamais émerveillé devant un chef-d’oeuvre en bois sculpté par les mains habiles d’un ”Naqqach” ? Sur les plafonds, les murs ou tout simplement sur un meuble, un ”seddari” ou une table, des millénaires de savoir-faire, d’adresse et d’habileté sont tracés.
Sculpture, gravure et taraudage, tournage, découpage, peinture et enluminure, marqueterie et incrustations, revêtements de cuir et cloutage… tant d’exemples et de preuves sur l’ingéniosité de ces maîtres artisans qui ont voué leurs vies, au fil des siècles à cette matière noble qu’est le bois. Il faut revenir à l’époque idrisside à Fès pour trouver quelques-uns de leurs premiers chefs-d’oeuvre. Le travail du bois s’est développé par la suite sous les dynasties mérinides. De grands bâtisseurs ont doté alors la ville d’édifices religieux et civils. Pour sa part, l’art du bois dans le mobilier est connu dès le Xème siècle avec la fameuse chaire à prêcher ou minbar de la mosquée des Andalous à Fès qui contient les prototypes des motifs et procédés décoratifs de l’art ultérieur. En architecture comme dans le mobilier, le cèdre des forêts du Moyen-Atlas, imputrescible et odoriférant, devenu rare actuellement, était le bois le plus employé, notamment à Fès. Le thuya ou «Aarâr», également parfumé, était utilisé de même, en particulier dans le Sud. Mais l’une des oeuvres qui fait le plus rêver est incontestablement le moucharabieh. Cette savante menuiserie consiste en grilles de bois ouvragées, isolant, jadis utilisées dans les medersas, les galeries inférieures du patio, ou pour protéger, dans les demeures, les galeries supérieures du vide de la cour. Elle consiste également en balustrades de fenêtres à hauteur d’appui. Les grilles les plus belles, en bois découpé ou mettant en oeuvre des balustres assemblés ou peints, taillés en cubes et tournés en bobines, disposés à l’intérieur de panneaux d’ordonnance variée, remontent au XIVème siècle. Le cèdre est l’essence de bois la plus fréquemment utilisée, mais l’ébène, le citronnier, le thuya ou le noyer peuvent également être employés. La dextérité et la rapidité de l’artisan, l’habileté de son pied à tenir l’outil, laissent le profane muet d’étonnement et d’admiration.
Cette menuiserie a été par la suite supplantée par des grilles en fer forgé, moins coûteuses, d’exécution plus hâtive, et moins fragiles. L’évolution de cet art s’est faite ainsi, au détriment de la beauté et de la tradition, dans le sens d’une quête de commodité. Cependant, les objets de mobilier en cèdre, réalisés actuellement par des mains habiles avec les mêmes instruments qu’autrefois, sont très prisés ; ils mettent en valeur les mêmes techniques et le même savoir-faire ingénieux qu’antan.
Aux côtés du ”Naqqach” (sculpteur) du bois, un autre maître artisan dévoile les secrets de son savoir-faire, pour le plus grand plaisir des yeux. Ayant toujours le bois comme matière première, le ”Zwak”, ou dessinateur, le redéfinit avec des couleurs chatoyantes. En effet, le ”zwaq”, ou peinture sur bois, reste un des caractères les plus affirmés de l’artisanat architectural au Maroc. A Fès, Meknéès et Marrakech, il est fréquent d’entendre affirmer qu’une oeuvre en bois n’est achevée que lorsqu’elle est peinte. En outre, les plafonds des demeures traditionnelles bourgeoises étaient peints à l’image du tapis qui en ornait le sol. De cette manière, une personne allongée sur le tapis pouvait, en regardant le plafond, retrouver les motifs du tapis sur lequel elle est allongée.
C’est dire que le travail des ”zwaks” qui ont pu acquérir une dextérité étonnante dans l’exécution des thèmes géométriques ou floraux, est mis en valeur.
Il faut les voir manier les couleurs de leur arc-en-ciel pour comprendre que l’on est en présence des descendants d’une race d’artistes qui vénère la nature, ses éléments et son immense palette de couleurs. Les motifs s’en inspirent également.
Le «tachjir» est un ornement en forme de plante. La présence de ce motif est si répandue qu’on est enclin à y voir l’élément principal du ”zwak”. Le «tawriq» est un motif en forme de feuille. Le «Arq» représente des racines alors que le «Qronfel» fait allusion, comme son nom l’indique, aux oeillets et le «Sousan» au basilic. Certains ”zwak” ont une composition seulement géométrique. Les zwakas mettent des semaines, sinon des mois, pour réaliser chaque oeuvre importante. Ils travaillent selon leur inspiration du matin au soir en bons artisans qu’ils sont, chacun dans une position différente : il y a ceux qui travaillent debout, d’autres, plus nombreux, dessinent assis et ceux étendus ou accoudées. Comme les artisans du gebs, les Zwaka ont leurs chants corporatifs conservés et transmis de génération en génération.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *