Raïss, le berger de Tombouctou

Raïss, le berger de Tombouctou

Aujourd’hui, je souhaite vous parler des lieux où nous étions séquestrés. Mais avant, sachez que les prisonniers marocains sont utilisés dans tous les travaux. C’est pourquoi, nous étions éparpillés sur pratiquement toute la région de Tindouf où le polisario est présent. En fait, il y a deux principaux centres où les prisonniers marocains étaient entassés comme des bêtes et même pire. Le premier s’appelle le camp « Hamdi Ba Cheikh ». C’est là où j’étais moi-même détenu. On l’appelait également le camp rouge en raison de la couleur ocre de ses murs. Quant au deuxième camp, il s’appelle « Mohamed Lassied ». Les polisariens l’ont également baptisé le camp du 9 juin. En août dernier, ces deux camps regroupaient plus de 300 détenus marocains, civils et militaires. Parallèlement à ces deux grands camps, Tindouf compte également plusieurs autres centres de détention et de torture. Certains d’entre eux dépendent directement du ministère de la Défense du polisario. Il y en a onze au total. D’une part, le camp Ghazouani, le camp Hanafi et le camp Mohamed Fadel. Et d’autre part, huit autres centres situés dans chacune des huit régions militaires. Le ministère de l’Intérieur a aussi ses propres camps de concentration. Ils sont au nombre de trois situés dans les camps des réfugiés qui portent les noms de trois villes du Sahara marocain: le camp S’mara, le camp Laâyoune et le camp Aousserd. En outre, à 170 km ou 200 km de la ville algérienne de Tindouf, il y a un petit village appelé Aouinet Bellegraâ. Aujourd’hui, on ne la trouve plus sur la carte d’Algérie. Mais si vous prenez une carte datant de l’époque coloniale, vous trouverez certainement un point correspondant à ce village. C’est là où se trouve le camp Dakhla où un centre de détention est érigé. Ce camp a une particularité: tous les officiers marocains y sont détenus. A côté de tout cela, il y a le centre Arrachid. Les prisonniers marocains y sont détenus avec les criminels sahraouis et autres soldats déserteurs. La prison d’Arrachid est sans aucun doute la plus dangereuse de toutes. C’est là où meurent le plus de Marocains. C’est dans cette prison où les tortures sont les plus dures et les plus fatales. Je suis convaincu qu’aucune prison au monde et pas seulement à Tindouf ne peut égaler celle d’Arrachid en barbarie et en souffrances. Le nombre de prisonniers dans chacun de ces camps n’était pas toujours stable. Tout dépendait des nécessités du polisario et des chantiers qu’il lançait. L’essentiel, c’est que les corvées ne finissaient jamais. La plupart des prisonniers marocains ont fait le tour de tous ces camps pour y construire des hôpitaux, des administrations ou même pour planter des jardins. Si un parmi vous à l’occasion de visiter Tindouf, qu’il sache que depuis la ville de Tindouf, jusqu’à la frontière mauritanienne à Zouirate, chaque mur et chaque verdure a été construit par les prisonniers marocains. Sachez que des dizaines y ont pays un prix fort: leur vie. Les polisariens, eux, n’ont absolument rien fait. Des villages comme Bir Lahlou et Tifariti ont été entièrement construits par les prisonniers marocains. Le malheur c’est que le monde entier ne connaît pas ces vérités. Une fois les constructions finies et les travaux d’agriculture achevés, les responsables du polisario nous évacuaient systématiquement car une vaste mise en scène allait commencer. A notre place, ils plaçaient leurs hommes et leurs femmes. Avec des caméras, ils filmaient tout ce beau monde en train de travailler. C’est ainsi que plusieurs observateurs internationaux ont été trompés par ces criminels. Parfois, quand un observateur venait sur place visiter un chantier, les polisariens nous donnaient des treillis militaires pour nous faire passer pour les leurs. Les prisonniers marocains sont même allés en Mauritanie pour y creuser des puits. En fait, les mercenaires du polisario pénètrent jusqu’à Nouakchott. Ce fut le cas quand le régime en place était pro-polisario. Mais c’est toujours le cas, car les Mauritaniens ont peur du polisario et le laissent faire. Cela peut paraître invraisemblable, mais certains détenus marocains ont atteint Tombouctou au Mali. Celui qui pourra témoigner de cela, c’est un ancien détenu appelé Raïss Ahmed. Il est originaire de la région d’Ouerzazate et a été libéré en 2001. Raïss Ahmed était un prisonnier marocain utilisé comme berger pour un troupeau de chameaux appartenant au propre Ayoub Lahbib. Ce dernier est aujourd’hui rentré au Maroc. Après avoir occupé le poste de commandant de la 3ème région militaire, il a été remplacé par Houmma Salama, puis marginalisé. Il n’avait plus les faveurs des militaires algériens. Quelques mois plus tard, il a rejoint le Maroc. Les travaux forcés ont également conduit les prisonniers marocains au plein coeur de l’Algérie, vers un village appelé Lakhel. Dans cette région il y a un arbre que nous arrachions et coupions pour en faire du charbon de bois. Dans le domaine de l’agriculture, les Marocains ont énormément travaillé. L’humiliation était toujours de mise. Tout au long des années 1980 le polisario nous utilisait comme des vaches ou des ânes. Les prisonniers étaient attachés à des charrues pour labourer les sols. Une situation très humiliante. Les plus grandes victimes de ce traitement furent les prisonniers membres du quatrième régiment arrêtés en octobre 1981. J’aurais souhaité que tous les citoyens marocains puissent voir ces scènes où leurs frères étaient traités moins que des bêtes sauvages. J’aurais souhaité que vous voyiez ce que le polisario a fait de dizaines de membres de nos Forces Armées Royales. Ces scènes peuvent être facilement oubliées, mais uniquement par ceux qui n’ont pas du sang marocain qui circule dans les veines. Tant de travail forcé et tant d’humiliation. Jusqu’à mon retour il y a quelques semaines, plusieurs ONG italiennes payaient au polisario la main-d’oeuvre qui servait à construire les locaux administratifs, les hôpitaux, les jardins… En guise d’aide et d’encouragement, ces associations italiennes envoyaient mensuellement des salaires pour les soi-disant travailleurs polisariens. Si un bâtiment est construit par 10 prisonniers, le polisario envoyait le nom de 500 travailleurs installés confortablement dans les camps. Ce sont les gardiens avec lesquels nous nous sommes liés d’amitié qui nous racontent ces secrets. Ces houras en ont ras-le-bol de cette vie de mercenaire. A la première occasion, ils sont prêts à fuir le polisario pour rejoindre le Maroc.

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