Santé : Polémique autour d’un médicament pour Noirs

L’étude présentée lors du Congrès de l’Association américaine du coeur à La Nouvelle-Orléans doit être publiée jeudi dans le « New England Journal of Medicine ». Baptisée BiDil, la pilule améliore de manière significative la survie des malades et raccourcit le délai d’hospitalisation des insuffisants cardiaques, une pathologie qui touche cinq millions d’Américains, et souvent deux fois et demi plus les Noirs que les Blancs. Son fabricant, NitroMed, envisage de demander, d’ici la fin de l’année, à la Food and Drug Administration (FDA) son autorisation de mise sur le marché. « C’est un plaisir de trouver un médicament qui mette en lumière un bénéfice dans un groupe ethnique particulier », a déclaré le Dr Augustus Grant, ancien président de l’Association des cardiologues noirs, qui soutient cette étude. Pour quelques spécialistes, cette pilule, qui peut aussi aider les Blanc aurait dû être testée aussi chez eux, mais ne l’a pas été pour des raisons commerciales.
L’insuffisance cardiaque survient lorsque le coeur est affaibli ou endommagé et qu’il ne peut plus pomper efficacement. Soumis à la forte résistance opposée par les artères, il est contraint à une surcharge de travail qui le fatigue prématurément; l’hypertrophie (augmente sa taille) et provoque sa défaillance. En moyenne, les patients ne survivent que cinq ans après le diagnostic.
Selon des recherches antérieures, les médicaments standards de l’insuffisance cardiaque, les inhibiteurs de l’enzyme de conversion ne seraient pas aussi efficaces chez les Noirs que chez les Blancs, les premiers possédant moins d’oxyde nitrique. Deux substances chimiques, l’isosorbide dinitrate et l’hydralazine stimulent la sécrétion d’oxyde nitrique.
Mais trouver la bonne dose à administrer est compliqué quand ils sont prescrits séparément. La firme de biotechnologies NitroMed, basée dans le Massachusetts, a mis au point une pilule qui contourne le problème, mais la FDA s’est jusque-là refusée à tout accord de licence, des études précédentes menées chez des Blancs n’ayant montré aucun bénéfice. Il existait cependant des signes prometteurs montrant l’action du médicament chez les Noirs. NitroMed a ainsi réussi à obtenir un brevet pour cette minorité, avant de financer une étude sur 1.050 Noirs. La moitié d’entre eux a reçu le traitement standard de l’insuffisance cardiaque et un placebo. L’autre groupe a reçu ce traitement standard associé à BiDil. Après un suivi de deux ans, 6,2% des patients traités par BiDil étaient morts, contre 10,2% dans le groupe qui n’en prenait pas. Soit une réduction de 43%, selon le Dr Anne Taylor, de l’université du Minnesota, un des auteurs de l’étude. BiDil présente toutefois des effets secondaires: 47,5% des malades avaient mal à la tête, contre seulement 19,2% des malades du groupe qui n’en prenait pas. Des vertiges ont été observés chez 29,3% des malades sous BiDil, contre 12,3% seulement dans l’autre groupe. Ces résultats, dans l’ensemble satisfaisants, « garantissent l’approbation de BiDil par la FDA », a estimé le Dr Gregg Bloche, avocat de l’Université Georgetown et médecin à Johns Hopkins.
Pour le Dr Shamir Mehta, expert du coeur à l’université McMaster de Hamilton (Canada), les différences génétiques entre ethnies sont si infimes que BiDil ne peut qu’être bénéfique pour les Blancs aussi.

• Sources : agences et Internet

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