Stratégie : Un plan de relance en vert

La nouvelle stratégie de l’agriculture marocaine veut faire basculer les indicateurs du secteur au vert. Tout en levant le voile sur les freins au développement, elle met en avant un énorme potentiel latent. Le Plan Maroc Vert arrive à point nommé pour relancer un secteur à la croisée des chemins. Au Maroc, l’agriculture souffre d’une faible capacité d’investissement privé et du financement du système bancaire, d’une insuffisance dans les volets management, formation et innovation ainsi que d’un tissu d’acteurs très hétérogène marqué par de fortes disparités socio-économiques. À cela, il faut ajouter des «points de blocage» comme le souligne cette stratégie dont les grandes lignes ont été présentées à SM le Roi Mohammed VI par Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime, mardi 22 avril 2008, à Meknès, lors des premières Assises de l’agriculture.  Il y a trois points de blocage. Le premier concerne la «lourde problématique» du foncier liée à la faiblesse du tissu d’acteurs et du morcellement  excessif de la surface agricole utile. En effet, 70 % des exploitations marocaines ont une surface inférieure à 2 hectares. Le deuxième blocage est relatif à la «problématique chronique» de raréfaction de l’eau. Et enfin, le troisième point met avant la non-réadaptation des structures d’encadrement avec la réalité du terrain. Tout en pointant du doigt les raisons de la faiblesse de ce secteur, les rédacteurs de cette stratégie mettent, en parallèle, l’accent sur un potentiel énorme, mais latent. Quatre atouts sont en avant. De prime abord, il y a le coût de la main-d’œuvre marocaine qui reste très compétitif par rapport aux concurrents. Il y a également la proximité géographique immédiate avec le marché européen en plus d’une logistique marocaine en nette amélioration. Le troisième atout concerne les avantages comparatifs avérés dans les fruits et légumes frais et transformés. Enfin, il y a le développement d’une place de transformation de produits agroalimentaires potentiellement très compétitive.  «Nous avons déjà au Maroc toutes les recettes du succès», selon les termes de M. Akhannouch. Cette nouvelle stratégie veut donc relancer un secteur qui représente 15 à 20 % du PIB national. En fait, l’agriculture est une source d’emploi majeure avec 3 à 4 millions de ruraux travaillant dans le secteur agricole et 60 à 100.000 emplois dans l’agroalimentaire. La faible productivité de ce secteur reste liée à la prédominance des filières à très faible valeur ajoutée. C’est dans ce sens que ce nouveau programme pose les jalons d’une nouvelle agriculture au Maroc. Ainsi, le Plan Maroc Vert s’articule autour de deux piliers essentiels permettant de toucher un maximum d’exploitants, tant les acteurs modernes que la petite agriculture. L’objectif du pilier I est de développer une agriculture performante, adaptée aux règles du marché, grâce à une nouvelle vague d’investissements privés, organisés autour du modèle de l’agrégation (Voir encadré). Dans cette stratégie, le pilier II est de développer une approche orientée vers la lutte contre la pauvreté, en augmentant significativement le revenu agricole des exploitants les plus fragiles, notamment dans les zones périphériques, par exemple en bour défavorable.
Dans les 10 à 15 années à venir, le Plan Maroc Vert table sur la création d’un million d’entreprises agricoles à travers l’exécution du pilier I et II. L’impact sur le PIB est évalué à un PIB agricole supplémentaire de 70 à 100 milliards de dirhams, soit le double du programme Emergence.
Ce plan vise également à déclencher une nouvelle vague d’investissement  au niveau national avec un objectif de 10 milliards de dirhams annuellement, autour de 1.000 à 1.500 projets sur l’ensemble du territoire.


Le modèle de l’agrégation


À l’instar des succes stories à l’international, le Plan Maroc Vert prône le modèle de l’agrégation qui offre une double opportunité :
1) Pour  l’agriculteur, il a le libre choix  de travailler avec l’un ou l’autre des agrégateurs présents sur un périmètre donné, ou même de ne pas choisir l’agrégation. Chose qui permet une multiplication des opportunités de développement.
2) Pour l’agrégateur, l’agrégation permet de dépasser le problème du foncier, le périmètre d’agrégation étant constitué d’une ferme qu’il exploite en propre et d’un périmètre exploité par leurs propriétaires, dont il agrège la production.

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