Tarik Kabbage : «Je suis très confiant»

Tarik Kabbage : «Je suis très confiant»

ALM : Quelles sont les priorités que le conseil municipal a définies pour Agadir?
Tarik Kabbage : Aujourd’hui, la ville d’Agadir regroupe quatre anciennes communes avec des niveaux différents de développement et d’infrastructure.
Avec une superficie d’environ 125 km2 pour 400000 ha, Agadir est un véritable patchwork de quartiers juxtaposés ou distants de plusieurs Km. Plus de 12000 ménages vivent dans des bidonvilles dans des conditions de précarité extrême.
Avec 16% de taux de chômage, Agadir reste en dessous du taux national. Notre ville qui ne connaissait pas de problème d’emploi est victime de son succès.
Les entreprises locales dans l’agriculture, la pêche et le tourisme n’ont pu absorber le flux migratoire qui s’est amplifié ces dernières années. Certains quartiers manquent de dispensaires, d’écoles, d’espaces collectifs de tout ce qui fait le fondement d’une cité.
Les transports urbains ne répondent pas à l’éclatement de la ville et de nombreux travailleurs sont pénalisés financièrement et par la perte de temps occasionnée. L’habitat insalubre est notre priorité.
Est-ce les seules priorités du Conseil ?
Des quartiers présentent des dangers pour la sécurité des citoyens à cause des risques sismiques et en particulier les villages des piémonts et que nous avons hérités de la commune rurale de Drarga.
Dans la ville unifiée d’aujourd’hui il nous faut développer et équilibrer les infrastructures de base et développer un nouveau concept intégré dans les quartiers: espaces culturels, sociaux et sportifs entourés d’espaces verts. Cette politique de proximité conduite avec les associations dans le cadre d’agenda 21permettra dans les différentes phases du projet de créer une dynamique participative pour une appropriation des projets par les habitants. C’est un défi que nous espérons relever avec tous les Gadiris. Nos objectifs pour l’emploi consistent à offrir au secteur privé les conditions propices pour l’investissement. Le secteur touristique devra être l’une de nos priorités car la ville regroupe la majorité des hôtels.
Avez-vous rencontré des difficultés relatives à la gestion et au manque d’infrastructures et comment comptez-vous y remédier ?
Nous avons trouvé une administration démobilisée, démotivée avec la marginalisation des cadres, des employés et en général de toutes compétences. Notre premier effort a consisté en une restructuration pour l’amélioration des services aux citoyens. Des compétences existent parmi les cadres et les employés municipaux. Ces hommes et ces femmes que nous avons mobilisées font des efforts remarquables. Déjà nous constatons des améliorations nettes dans l’éclairage public, la propreté et la gestion des déchets solides. Beaucoup d’améliorations restent à faire.
Les difficultés viennent surtout des lourdeurs administratives. Investir dans les équipements est un véritable parcours du combattant. Il faut des mois entre l’adoption d’un budget, son acceptation, la passation des marchés, la réception des équipements et les règlements des entreprises. À ce sujet, les entreprises sérieuses évitent de soumissionner car les délais de paiements sont inacceptables et traduisent les lourdeurs des procédures.
Le budget de la ville est-il suffisant ?
Cette question est liée à l’ambition que l’on a pour la ville. Le tourisme est l’un des moteurs de l’économie de la ville et donc l’un des moyens pour combattre le chômage. Le tourisme balnéaire est très concurrencé et nous devons offrir un produit de haute qualité. Nous devons aménager le secteur touristique, le rendre plus attrayant et mettre en valeur la baie d’Agadir l’une des plus belle du monde.
L’aménagement urbain dans son ensemble doit être revu car il faut atténuer les déséquilibres entre quartiers dans la ville.
Il faut investir et même les excédants budgétaires que nous espérons en augmentation pour le prochain exercice (grâce aux efforts de recouvrement) ne pourront pas nous permettre de réaliser la mise à niveau indispensable. La ville passe par une phase d’expansion particulière qui nécessite une forte mobilisation de moyens.
Vous avez déclaré que la région d’Agadir avait besoin de la solidarité nationale. Pouvez-vous expliquer ce que vous entendez par là ?
Comme je l’ai dit précédemment la ville d’Agadir se caractérise par un dynamisme particulier avec des secteurs exportateurs performants : l’agriculture, la pêche, le tourisme et bien sûr toutes les activités accompagnatrices.
L’emploi ainsi crée a fait d’Agadir la deuxième aire de migration après Casablanca.
La ville de 16000 habitants en 63 après le séisme mais aussi l’agglomération de grand Agadir ont connu un développement démographique parfois à deux chiffres sans que les infrastructures suivent. Aussi il faut un effort particulier de l’état, par exemple que la taxe sur les ciments perçue au niveau local soit réinvestie en totalité dans la région pour l’habitat. Le désenclavement de la région grâce à l’autoroute Marrakech Agadir annoncé par sa Majesté a une importance stratégique pour la ville et la région.
Où en est l’audit des comptes du conseil municipal, commandé au ministère de l’intérieur ?
Il y a eu deux audits le premier et le second que nous avons reçu dernièrement.
L’audit a porté sur les grands projets d’équipements de la ville unifiée et sur les règles d’urbanisme. Aucun audit n’a porté sur le compte de gestion ni les ressources financières de la ville.
Le deuxième rapport va dans la continuité du premier. Ils mettent en avant « de nombreuses insuffisances et irrégularités liés notamment à la préparation et l’exécution des marchés relatifs aux grands projets aux conditions d’octroi des autorisations de construire et des permis d’habiter ».
Ce rapport met en évidence la faiblesse du contrôle dans l’urbanisme en particulier dans sa partie poursuite juridique : « la procédure s’arrête souvent au niveau de la première étape (PV) ou à la rigueur la deuxième étape (dépôt d’une plainte) …Des infractions relatives aux surévaluations non autorisées en matière de construction portent la mention « à classer » signée par … et par … ».
De façon général les grands projets sont réalisés sans « études de faisabilité … avec sous-estimation du coût…inadéquation de la conception architecturale ».
Dans quel esprit travaillez-vous avec les membres de l’opposition ?
Lors des deux dernières sessions du conseil et en particulier celle relative au vote du budget d’équipement, l’ensemble des conseillers a voté pour le budget que nous avons proposé. Nous avions d’ailleurs apprécié cette attitude positive.
Les chantiers arrêtés par nos prédécesseurs pour différentes raisons ont été épinglé par l’audit et sont en cours de relance après réaménagement grâce aux concours de compétences de la société civile dans différents domaines.
Par contre il existe des lenteurs liées aux lourdeurs administratives et j’espère que cet élu national présentera à la prochaine cession parlementaire un projet de loi permettant l’amélioration des procédures.
J’apprécie l’opposition constructive, elle fait avancer la démocratie, quant aux critiques systématiques et au refus du résultat des urnes elles ne font que nous rappeler que certains sont prêts à tout.
Quels sont les projets d’avenir qui vous tiennent le plus à coeur?
J’ai évoqué plusieurs projets qui touchent au cadre et à la qualité de vie, à l’emploi à la bonne gouvernance locale.
Pour garantir une pérennité il faut construire une administration moderne capable d’accompagner le changement et relever les défis de notre époque.
J’ai été élu sur un programme, j’ai fait des promesses. Ces promesses viennent de réelles convictions et je mettrai tous mes efforts et mon expérience pour les réaliser. Je suis très confiant et tous les projets me tiennent à coeur.

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