Total : une image éclaboussée

La compagnie pétrolière française Total a annoncé, mardi 29 novembre, l’indemnisation de huit travailleurs birmans. Les plaignants, qui sont à l’origine d’une enquête judiciaire pour "séquestration" ouverte en octobre 2002 par le parquet de Nanterre (Hauts-de-Seine), accusent Total de travail forcé pour la construction d’un gazoduc dans leur pays dans les années 90. Les travailleurs Birmans disent être contraints et forcés par l’armée birmane de travailler pour le compte du groupe Total, entre 1995 et 1998, période de construction du gazoduc Yadana reliant la birmanie et la Thaïlande. Ils ajoutent qu’ils travaillaient sous la menace permanente des militaires sans rémunération. La compagnie pétrolière a décidé alors de résoudre le problème à l’amiable. Elle a effectivement signé récemment une transaction amiable avec les huit accusateurs. Le groupe français s’engage ainsi à verser pour chacun une somme de 10 000 euros. Les plaignants doivent en contrepartie retirer leur plainte et renoncer à leur procédure judiciaire. Par ailleurs, le contrat conclu entre les deux parties prévoit la mise en place d’un fonds de solidarité de 5,2 millions d’euros, incluant les indemnités versées aux Birmans, dont le but est de financer des projets humanitaires en Birmanie. Les avocats des plaignants seraient satisfaits de cet accord. Selon un communiqué du géant pétrolier, William Bourdon, l’un des avocats des travailleurs birmans, a qualifié cet accord de "solution novatrice, pragmatique et généreuse".
Toutefois, malgré cette convention, la justice entend continuer son instruction. Selon une source judiciaire, le désistement de la plainte n’arrête pas l’action publique contre Total. L’enquête judiciaire du parquet de Nanterre se poursuivra.
"Cet accord n’a aucune incidence sur l’instruction qui suit son cours: il appartient au magistrat instructeur et au parquet de décider s’il y a lieu de maintenir les poursuites", a précisé la même source.
Un porte-parole de Total a d’ailleurs souligné auprès de l’AFP que "l’action des plaignants s’éteint, mais nous ne saurions préjuger de ce que décidera la justice".
Depuis octobre 2002, date d’ouverture d’une enquête judiciaire concernant l’affaire birmane, aucune mise en examen n’a été prononcée dans le cadre de cette instruction. En mai 2004, le parquet de Nanterre avait requis un non-lieu dans cette enquête, une réquisition néanmoins a été rejetée en janvier 2005 par la chambre d’instruction de la cour d’appel de Versailles. Dans une action en justice en Belgique, la Cour de cassation avait enterré en juin 2005 une enquête sur l’éventuelle complicité de Total dans des pratiques de travail forcé en Birmanie. La Cour avait estimé non recevable une plainte de quatre Birmans pour "complicité de crimes contre l’Humanité". Total continue toujours de nier les charges retenues contre lui. Mardi 29 novembre, le groupe pétrolier a une nouvelle fois "démenti catégoriquement" ces accusations de "travail obligatoire". Des organisations internationales et des ONGs tirent la sonnette d’alarme. Elles épinglaient depuis toujours l’armée Birmane. Elles l’accusaient régulièrement de recourir au travail forcé. 
Rappelons que la junte militaire birmane au pouvoir depuis 1962 avait été condamnée à la fin des années 1990 par l’Organisation internationale du travail (OIT) pour un usage "systématique" du travail forcé, notamment pour la construction de routes, de camps ou le transport de lourdes charges. La birmanie avait toujours nié ces accusations. Cependant, en 2002, le pays a éradiqué le travail forcé et accepté la présence sur son sol d’un officier de liaison de l’OIT.

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