Ahansal : Une leçon de courage

Âgé de 31 ans, Lahcen Ahansal est natif de la ville de Zagora dans le Sud d’un Maroc que l’on appelle profond. Profond aussi bien par son climat chaud, sa nature désertique, le manque en tout, la grande difficulté de n’y vivre que par l’authenticité, la bravoure et la générosité de ses gens, pourtant démunis. Son amour pour la course l’emporte sur tout le reste depuis sa tendre enfance. Issu d’une famille de cinq frères et une soeur, l’enfance de Lahcen est loin, très loin, d’être un pur bonheur. Son père meurt alors qu’il est très jeune. Un fait devant lequel la mère n’a d’autre choix que de trouver le moyen de faire vivre ses enfants. Lahcen essaye tant bien que mal de survivre dans un environnement qui ne favorise ni éducation, ni bonnes conditions de vie, encore moins une pratique du sport.
Son premier contact avec le marathon des sables remonte à 1995 à Zagora où le départ du marathon doit alors être lancé. Le coup de foudre s’en suit immédiatement. Mais de là à y prendre part, un long et tortueux chemin est à parcourir. Suite à une annonce de l’Ecole nationale d’athlétisme, Lahcen Ahansal passe un test à Ouarzazate, destiné à choisir des athlètes en herbe et qui seraient capables d’aller plus loin. « J’étais arrivé en retard. Incapable d’avaler ma déception, j’ai insisté auprès des responsables qui ont enfin daigné m’accorder la chance de passer le test. Et j’ai réussi ». Lahcen intègre alors le monde de l’athlétisme et s’entraîne une à deux fois par semaine. Étant loin de chez lui et trouvant les conditions d’entraînement déplorables, il rentre au bercail. Une déception suivie d’une autre. Il passe un stage d’entraînement de deux mois à Rabat destiné à choisir les coureurs à même de participer au championnat national à Safi. Une initiative qui se solde par un échec. Fier de nature, il se sent humilié et décide de rebrousser le chemin vers sa ville natale. Passé quelque temps, il redécouvre le Marathon des sables qui en est alors à sa 6e édition. Envahi par l’envie d’y prendre part, il n’hésite pas à le faire. Tout simplement.
« J’étais là à regarder les participants sur la ligne de départ. Je n’ai pas pu me contrôler. J’ai retiré ma gandoura et je me suis lancé dans la course. Je suis arrivé le premier dans la première étape. Mais je n’avais pas le droit de participer n’étant pas inscrit ». Il en sort encore une fois déçu, à la différence près que cette fois, il a la promesse de Patrick Bauer, organisateur du MSD, de pouvoir faire partie de l’édition suivante. À condition de trouver un sponsor. Le rêve devient réalité. Lors de sa première participation, Lahcen termine troisième. Il aurait même pu remporter la deuxième place, n’était-ce une pénalité de 30 mn due à son manque d’expérience. Une joie d’être parmi les premiers qui sera vite brisée par son incapacité à courir pour la 8e édition, faute de sponsors. Il aura donc fallu attendre jusqu’à la 11e édition pour que la chance daigne lui sourire…enfin. Il est classé 4e.
Derrière lui, son frère et ami Mohamed, son aîné de deux ans. Dès lors et l’expérience acquise, il est le maître incontesté de la course sur sables. Il remporte les éditions de 1997, 1999, 2000 et 2001. Son frère s’adjuge celle de 1998. Une consécration, on ne peut plus méritée, d’un parcours digne des plus grands romans. Un parcours qui reste limité au MDS puisque les participations internationales de Ahansal se comptent sur le bout des doigts : le marathon de New York, celui de France…Le dernier en date a eu lieu au mois de mars dernier. Organisé en Libye et dans des conditions similaires à celle du Marathon des Sables, il est donc logique que ce soit lui qui l’emporte. Ayant réussi à se faire une vie décente mais modeste, le prix de la course ne dépassant guère les 40.000 Dh, Lahcen Ahansal est actuellement promoteur touristique dans sa ville. Ses chameaux, qu’il utilise pour organiser des promenades dans le désert, sont sa seule fortune. Infatigable, le coureur de Zagora sera au départ pour tenter de décrocher son cinquième titre. Son frère, Mohamed, sera cette année encore son concurrent le plus sérieux.

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