Aziz Daouda : «On n’improvise pas des sportifs de haut niveau par des décisions administratives»

Aziz Daouda  : «On n’improvise pas des  sportifs de haut niveau par des  décisions administratives»

ALM : Quel bilan faites-vous des JO de Londres-2012?
Aziz Daouda : En fait, il n’y a pas d’autre bilan que celui qui est fait aujourd’hui par tous les Marocains sans exception. Cependant j’attends aussi, comme tout le monde, le bilan officiel qui doit être dressé discipline par discipline y compris celles n’ayant pas réussi à se qualifier aux Jeux Olympiques. Celles-la aussi, il ne faut pas les oublier. Je me pose aussi des questions sur les véritables critères de qualification pour certains sports. En général nous nous qualifions facilement dans des éliminatoires africaines, force est de constater que bon nombre de pays africains ont fait beaucoup mieux que nous. Nous ne pointons qu’à la 10ème place en Afrique.

On assiste depuis 2006 aux scandales de dopage des athlètes marocains. Comment expliquez-vous cette pratique?
Je n’ai pas d’autres explications que celle théorique ou supposée l’être, issue des différentes recherches et publications dans le domaine de la lutte antidopage à savoir : Un sportif qui se dope est généralement quelqu’un qui n’a pas ou a perdu confiance en ses propres moyens ou dans le système de préparation. Il est aussi généralement en fin de carrière ou bien il en est proche. Maintenant pour verser dans le dopage, il y a des circonstances favorisantes qui vont faire qu’un sportif peut être tenté de franchir le pas. Il y a l’environnement immédiat et la disponibilité des produits. Or les produits ne sont en fait que des médicaments détournés de leur usage thérapeutique normal. Ils peuvent être facilement acquis en pharmacie ou achetés dans des circuits parallèles quand justement ils ne sont pas disponibles sur le marché. Au Maroc, il y a une législation draconienne en la matière ce qui me laisse penser que l’approvisionnement se fait de l’étranger et là les choses devrait dépasser le cap sportif. Maintenant ne focalisons pas uniquement sur cette question sans doute importante mais tout de même marginale.

Comment la fédération devrait-elle réagir à la débâcle des athlètes nationaux?
Sincèrement je ne sais pas. J’ai été de ceux convaincus que les choses allaient s’améliorer et atteindre des sommets jamais encore atteints, avec le contrat de mise à niveau de l’athlétisme auquel j’ai, plus que largement, contribué du temps du gouvernement de Si Jettou qui avait amélioré le financement notamment de l’athlétisme et du football. Il y avait une vision et une stratégie derrière, avec des objectifs précis à atteindre. Le Maroc devait figurer parmi les 3 premières nations au monde à l’issue des cinq années que devait durer le programme. Maintenant mon inquiétude va au-delà des jeux de Londres. Depuis quelques années on ne fait que puiser dans la tirelire de la famille. Iguider n’est-il pas la dernière pièce, celle du fond de cette tirelire ? Je pense que la réaction doit être énergique. On doit, au plus vite, retrouver d’abord les fondamentaux et ensuite repenser toute la philosophie derrière la gestion actuelle s’il y en avait. Vous savez ceux qui devraient être médaillés à Rio en 2016 devaient déjà être connus il y a deux ans. En connaissez-vous quelqu’un?

Malgré le programme du sport de haut niveau, le sport national a du mal à s’imposer dans les grands rendez-vous tels que les JO?
Pour être médaillé olympique il faut, pour tout sport, se rapprocher des standards et des profils des vainqueurs potentiels, c’est-à-dire des meilleurs du monde. On n’improvise pas des sportifs de haut niveau par des décisions administratives. Cela ne se décrète pas. Il faut à la base se demander et décider loin de toute pression politique ou de complaisance : quels sont les sports pour lesquels nous avons des disponibilités, ensuite il faut aller chercher les jeunes ayant les profils requis qu’il faut soumettre à de vrais programmes de préparation est de compétition dans un environnement de responsabilité, de rigueur et de professionnalisme.

Avions-nous procédé ainsi ?
Je me rappelle qu’au début de ce fameux programme, un responsable du CNOM m’avait approché dans une discussion autour du sujet qui avait duré quelques trois ou quatre semaines. Il me semblait convaincu de la démarche, mais je pense que sa voix n’a pas porté haut. Il y a aussi qu’on ne s’improvise pas spécialiste de préparation sportive juste comme cela parce qu’on dispose de budgets conséquents. La préparation ne se mesure pas aux milliers de centimes dépensés, au nombre de nuitées dans de grands palaces ou au nombre de miles parcouru à bord des avions. Il y a des règles et des fondamentaux qui s’imposent à tous et qui devraient être respectés.

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