Aziz Daouda : «Penser que seul l’argent motive est une grosse erreur»

Aziz Daouda : «Penser que seul l’argent motive est une grosse erreur»



ALM :Le Maroc vient de perdre le record d’Afrique des 3000m steeple. Quelle lecture faites-vous de cela?
Aziz Daouda : Vous savez les records sont là pour être améliorés. On est heureux quand c’est un compatriote qui réalise un record et moins à l’aise quand on en perd un, à l’international notamment. Effectivement, nous venons le 22 juillet dernier de perdre le record d’Afrique des 3000m steeple que détenait notre compatriote Brahim Boulami. Un kenyan Birmin Kiprop Kipruto vient d’en prendre possession. Un record n’est pas un bien acquis mais quelque chose que l’on défend en formant des athlètes dans la même discipline pour en garder la paternité en l’améliorant par des nationaux.

Est-ce qu’il n’y a que Brahim Boulami ?
Dans cette discipline comme dans d’autres, nous avions de très grands noms comme Ali Ezzine, multiple médaillé aux championnats du monde et aux Jeux olympiques. Nous avons eu Elarbi Khatabi, finaliste mondial et olympique, nous avons eu Sahere Abdelaziz qui a ouvert la voie dans cette discipline aux Marocains par un titre africain. Il y a eu un tas d’autres jeunes qui ont d’excellents résultats sur cette discipline très complexe et difficile à travailler. On peut citer Abdelghani Ait Bahmad médaillé aux Championnats du monde cadets à Marrakech en 2005. C’est dire que nous avons été une grande école dans cette discipline. C’est ce qui fait dire qu’il était tout à fait normal de détenir le record du monde et du continent dans cette discipline, puisque Brahim Boulami détenait aussi pendant un bout de temps le record du monde. Bien sûr j’aurais aimé que ce record continue à être marocain d’autant plus que nous ne comptions pas plus de six records d’Afrique.

À votre avis, pourquoi le niveau a baissé et surtout dans les disciplines où nous étions très forts telles les 3000m steeple?
Je pense que c’est une question de stratégie et d’ambiance. Aujourd’hui, il y a encore plus de moyens qu’avant et les jeunes sont toujours demandeurs d’exploits. Pour pérenniser la domination sur une discipline, il faut d’abord le vouloir. Je ne pense pas que le problème se situe au niveau des athlètes, quoi que ça et là on entend dire que les athlètes ne veulent plus travailler durement. Effectivement, les 3000 m steeple demandent des efforts invraisemblables, mais je ne pense pas que ce ne soit qu’une question de volonté. Je pense qu’il faut faire découvrir la discipline à des jeunes doués pour cela et les épauler jusqu’à la leur faire aimer.
Après le reste n’est qu’une question de temps et de travail assidu intelligemment mené bien sûr. Globalement si on excepte les 1500m hommes et dames, épreuves sur lesquelles nous sommes encore présents, nous avons quasiment disparu des autres épreuves du demi-fond et notamment des 5000m et des 10.000m. Cela pourrait s’expliquer par un manque d’intérêt pour ces disciplines qui sont censées constituer le noyau dur de notre athlétisme.

Comment se comporte les clubs actifs vis-à-vis de cette discipline et bien d’autres?
En général, il y a un désintéressement des clubs pour la formation. Penser que seul l’argent motive est une grosse erreur. On a remarqué l’émergence de clubs sans base qui s’accaparent de beaucoup de choses par l’entremise de règlements biaisés échafaudés sur mesure, mais sans donner de contre partie notamment en terme d’athlètes d’élite. Vous avez dû remarquer qu’il y a des clubs qui gagnent énormément de primes pour remporter telle ou telle compétition ou titre et qui n’ont presque pas d’athlètes dans les équipes nationales et à l’Institut national d’athlétisme. D’autres par contre ont les meilleurs athlètes du moment, mais ne sont pas motivés en conséquence puisque ne gagnent pas telle ou telle manifestation…
Cet état des choses démotive les entraîneurs et les dirigeants des clubs les plus prolifiques et qui ont le savoir-faire en terme de détection et de formation. Cela bien sûr rejaillit sur l’ensemble avec des conséquences difficiles à dépasser.

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