Cérémonie d’ouverture : La face cachée d’un grand spectacle

Cérémonie d’ouverture : La face cachée d’un grand spectacle

Personne ne niera que les tableaux concoctés par le metteur en scène Zhang Yimou, vendredi pour saluer les premières Olympiades chinoises, étaient parmi les plus spectaculaires du genre, entre féerie et démesure. Mais voilà, certains petits secrets ont fait long feu. Et pourraient bien ternir un peu plus l’image d’une Chine déjà championne de la contrefaçon.
Le directeur musical de la soirée a reconnu que la fillette chinoise qui a entonné l’«Ode à la Patrie» a chanté en play-back, la véritable chanteuse n’étant pas assez jolie pour représenter son pays.
«Nous voulions projeter l’image parfaite, nous avons pensé à ce qui serait le meilleur pour la nation», a déclaré Chen Qigang dans une interview à la télévision chinoise reprise mardi par le portail Sina.com, avant que ses propos gênants ne disparaissent de la Toile.
Mardi matin, plusieurs médias chinois dressaient un portrait flatteur de Lin Miaoke, neuf ans, «star montante». Pas un mot sur sa cadette de deux ans, Yang Peiyi, rondouillarde aux dents mal alignées, mais véritable voix. «C’était une question d’intérêt national. L’enfant devait bien passer devant la caméra, être expressive», a justifié Chen, célèbre compositeur chinois contemporain et citoyen français. «Lin Miaoke est excellente pour tout cela. Mais question voix, Yang Peiyi est parfaite, toute l’équipe était d’accord là-dessus», selon le directeur musical. Chen a également précisé que la décision finale de faire chanter Lin en play-back avait été prise après une répétition à laquelle assistait un haut dirigeant du Parti communiste chinois (PCC). «Il nous a dit qu’il y avait un problème et qu’il fallait le résoudre, on l’a résolu», a déclaré le musicien, sans donner de détails sur l’ordre et celui qui l’a donné. Miaoke est donc apparue vendredi soir devant 91.000 personnes dans le stade olympique et des milliards de téléspectateurs dans le monde.
La supercherie n’a guère intéressé la presse chinoise mais le sujet a fait parler les internautes, beaucoup critiquant la manoeuvre.
«C’est insulter la véritable chanteuse et les gens qui ont écouté», a écrit l’un d’eux sur le portail Netease. Certains journaux chinois se sont en revanche emparé d’une autre controverse entourant la cérémonie dont les répétitions avaient aussi été émaillées de problèmes passés sous silence par les médias locaux. Les organisateurs ont dû concéder que le programme télévisé de la cérémonie comportait des images truquées et prémontrées de feux d’artifice.
La cérémonie débutait par une scène spectaculaire dans laquelle des empreintes géantes de pieds s’inscrivaient dans le ciel. Les empreintes tracées par les fusées étaient censées être filmées en direct depuis un hélicoptère.
Elles n’étaient en fait pas visibles en raison de la brume, même si les feux d’artifice ont bien été tirés. «Il se peut que des images de pieds précédemment tournées aient été utilisées en raison de la mauvaise visibilité», a admis Wang Wei, vice-président du comité d’organisation. Selon le journal Beijing Times, les images ont aussi été montées de façon artificielle grâce à un coûteux travail d’une société informatique spécialisée qui aurait simulé les mouvements de l’hélicoptère et créé un faux flou censé émaner du brouillard. «Ces histoires illustrent un aspect important des JO (…) tout est fait pour l’image de la Chine, sans le moindre respect pour le public», estime Xiao Qiang, dissident installé aux Etats-Unis.


• Par Philippe Massonnet (AFP)

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