Champion du désert

Champion du désert

Depuis plusieurs années, une seule question taraude l’esprit des journalistes et autres fans de l’aventure, qui suivent de près le Marathon des sables: qui va détrôner Ahansal ? Tous pensent à Lahsen Ahansal, l’aîné d’une famille qui a enfanté un autre renard du désert, Mohamed. Les deux frères se relayent en effet sur les deux premières marches du podium de cette compétition sportive qui se joue dans le Sud marocain en autosuffisance, avec un avantage pour Lahsen qui l’a remportée à sept reprises, en 1997, 1999, 2000, 2001, 2002, 2003 et 2004. Son cadet de trois années n’a réussi à briser cette hégémonie de son frère qu’une seule fois, en 1998.
L’histoire de l’aîné des Ahansal avec le Marathon des sables a commencé au début des années 90. Le départ de la 6ème édition a été donné à Zagora, ville où sont né et ont grandi les deux frères. Lahsen, âgé à l’époque de 21 ans, s’est trouvé sur la ligne de départ. «Je n’étais même pas inscrit sur la liste des marathoniens.
J’ai pris le départ comme tout le monde en ayant pour habit une gandoura typique des populations des provinces du Sud», se rappelle-t-il avec nostalgie. Sans avoir fait la moindre préparation, il a réussi à entrer à la 6ème position de cette étape, mais n’a pu continuer l’aventure jusqu’au bout puisqu’il n’a pas été inscrit sur la liste des participants. Les organisateurs, Patrick Bauer en tête, qui ont remarqué le talent du jeune Lahsen lui ont proposé de revenir l’année d’après, pour la 7ème édition.
Après avoir trouvé tout le mal du monde à réunir les 30.000 Dh, frais de participation, il a fait sensation en occupant la 3ème place du podium. Un exploit qui ne s’est répété que plusieurs années plus tard. Faute de moyens, il a raté la 8ème édition, à laquelle il n’a pas pris part, et les trois autres suivantes, durant lesquelles il a dû abandonner en cours de route, pour « manque de préparation ». Ce n’est donc qu’à partir de la 12ème édition (1997) que sa série d’invincibilité a commencé, avec une seconde place au classement général de la 13ème étape (1998). «C’est mon petit frère qui a remporté ce marathon. Le titre est resté en famille, et c’est le plus important», précise-t-il. Mais la vie du roi de la dynastie des Ahansal n’a rien à voir avec celle d’un champion dont les images et les exploits font le tour du monde à l’occasion de chaque Marathon des sables. A part les dix jours que dure cette compétition, Lahsen est un simple propriétaire de dromadaires qui organise des randonnées en plein désert. «C’est un travail qui me permet de rester dans mon élément entre dunes de sables, tout en me permettant de gagner dignement ma vie», explique-t-il avant d’ajouter : «De temps à autre, je prends part à des marathons en Europe et aux Etats Unis. Mes participations aux compétitions internationales sont ainsi limitées parce que le Marathon des sables est une compétition très fatigante. Les préparatifs ainsi que la période de récupération durent longtemps, ce qui ne me laisse ni le temps ni l’énergie pour courir ailleurs». Celui qui parcourt chaque année plus de 230 km en plein désert sous des températures qui avoisinent le 50 ° n’intéresse pas la Fédération royale marocaine d’athlétisme. «Au début des années 90, j’ai été sélectionné par une commission technique venue à Ouarzazate à l’affût des jeunes talents. Après un passage de deux mois à l’institut d’athlétisme de Rabat et un championnat du Maroc de cross country où je n’ai pu m’imposer, on m’a fait savoir que je n’avais pas l’étoffe d’un champion». La FRMA n’a toujours pas changé son avis. Pourquoi ? «Peut-être parce que ce type de courses de l’extrême ne fait pas partie des priorité de la fédération», conclut celui qui rêve de remporter le titre de champion du monde du 100km, épreuve reconnue par l’IAAF mais qui ne l’est pas par la FRMA.

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