Dernier avis avant saisie

Il avait l’air hagard et la tête ailleurs même s’il faisait mine de rigoler avec le groupe d’anciens joueurs qui se réunit dans le café « Rex » à Mohammedia. Depuis qu’il était joueur et jusqu’à ce jour, Ahmed Faras est connu par sa timidité et ne s’affiche que rarement dans les lieux publics. Mais ces derniers jours, il a commencé à fréquenter quotidiennement ce café qui se trouve en face de la préfecture. Ce n’est pas un hasard parce le premier ballon d’or africain accomplit un va-et-vient quotidien à la préfecture pour régler une affaire que seuls ses proches connaissaient. Sa vie au quotidien est limitée dans cet espace réduit qui mène de sa maison à la préfecture et de la mosquée au café.
Il venait dans ce dernier lieu pour oublier ses soucis en s’attablant avec ce boute-entrain qu’est Hadj Kaidi, qui faisait rigoler toute la présence par ses boutades. Mais même quand il riait, Ahmed Faras n’arrivait pas à dissimuler les traces de ses ennuis sur un visage blême et rendu sombre par une barbe de quelques jours. Mais un jour, un membre de sa famille a levé le voile sur le problème qui tracasse Si Ahmed. Ce dernier, comme à l’accoutumée, a essayé de se cantonner dans sa discrétion timide en demandant à son proche de renoncer à étaler son problème dans la presse en disant : «Qu’est-ce qu’il pourrait m’arriver encore ? Au pire des cas, j’irais en prison. Eh bien, si Dieu en a décidé ainsi, je me plierai sa volonté puisque tel est mon destin. Mes cinq enfants survivront à cette épreuve ». Il n’aura pas fallu longtemps pour que Faras se confie à notre journal pour nous raconter ses déboires avec le fisc et sa malvie avec des enfants en chômage. Celui qui a fait vibrer le coeur des Marocains pendant près de quinze ans, subvient aux besoins de sa nombreuse famille grâce à un salaire de fonctionnaire au CIH et à la rente de la location d’un agrément de transport. Un agrément qui est aujourd’hui à l’origine de ses malheurs puisque le fisc l’a taxé lourdement sur l’exploitation de cet agrément qu’il n ‘exploite pas. Ahmed Faras, qui ne touche que 6.000 dirhams par mois comme location, a été sommée par l’administration des impôts de payer plus de 37 millions de centimes.
Pis encore, le 11 courant, il a reçu une sommation du fisc dans lequel ce dernier lui demande de lui fournir son numéro de compte bancaire, l’immatriculation de sa voiture et les références de ses biens immobiliers. Et pour boucler la boucle, le fisc lui a donné un délai de quinze jours pour fournir ses informations, sinon il sera taxé de 500 dirhams par jour comme pénalité de retard. La machine infernale des impôts s’est ébranlée, comme elle le fait si bien avec certains contribuables et oublie de le faire avec beaucoup d’autres privilégiés. Le moral de Faras descendra à moins de zéro quand il recevra le fameux «dernier avis avant saisie». Un avis qui déstabilise les contribuables les plus introduits dans le système et encore plus un homme timide et discret comme Faras. Pourtant l’usage des agréments de transports au Maroc fait que le paiement des impôts est effectué par celui qui exploite l’agrément et non pas son propriétaire. Et ce, même si la taxation se fait au nom de la personne duquelle l’agrément a été établi. C’est d’ailleurs ce qu’à toujours fait Mohamed Khouli, l’exploitant à qui Faras loue son agrément. Ce dernier, qui a cessé de s’acquitter de ses impôts depuis 1995, ne renie aucunement les clauses du contrat signé entre lui et Faras. Notamment celle qui oblige le locataire à s’engager à payer tous les impôts afférents à l’exploitation de cet agrément. Mohamed Khouli est allé encore plus loin quand il a signé récemment un document dûment légalisé dans lequel il s’engage à payer la somme de 37 millions de centimes au fisc.
Khouli exonère totalement Faras de la totalité de cette somme et propose à l’administration des impôts de payer 10.000 dirhams par mois jusqu’à épuisement de la dette. Mais le fisc n’a rien voulu savoir et continue à harceler Ahmed Faras en arguant qu’il est le seul concerné par cette imposition. Comme si tous les contrats de tous les agréments loués au Maroc n’avaient aucune force juridique bienque signés et notifiés par un notaire. Si au moins cet excès de zèle s’appliquait à tout le monde, on aurait compris. Mais dans le cas de Faras, personne ne comprend rien.

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