Fanatique de vitesse

Fanatique de vitesse

Mariée, mère de deux enfants, directeur commercial dans le secteur de l’export, Saïda Ibrahimi n’est pas le genre à se laisser étouffer par ses multiples taches quotidiennes. Non. Madame s’arrange comme elle peut pour vaquer à une passion particulière, née dès sa tendre enfance. Une passion qui, comme on le croyait, était l’apanage du seul sexe dit fort.
C’est ainsi et il ne sera pas autrement. La flamme de la vitesse anime sa ferveur et, le temps d’un week-end, Saïda n’hésite point à mettre son tailleur de cadre dans le placard et enfiler sa combinaison de course, son casque, ses gants, puis partir sur un terrain qui, jusque-là, était la chasse gardée de son congénère masculin.
Ainsi, Saïda a démontré qu’il n’était pas vraiment indispensable d’avoir de gros bras, tout velus, pour disputer un championnat de course automobile. Ses petites mains fines faisaient très bien l’affaire. Bien qu’il soit physique, le sport automobile est plutôt cérébral et requiert beaucoup de sang-froid. Lorsque vous vous retrouvez, à plus de 160 km/h, nez-à-nez avec à une chicane à 90°, vous êtes tenus d’appréhender la situation et l’analyser, réfléchir et prendre une décision, le tout en quelques centièmes de seconde. Et ce n’est pas là que les gros bras poilus pourraient être d’une quelconque utilité !
La tête bien froide, Saida Ibrahimi arrive même à donner, avec une dextérité remarquable, du fil à retordre à ces messieurs. D’ailleurs, elle termina deuxième la saison 2003 en formule M4, à bord de sa Renault GT Turbo. Native d’Azrou en 1966, Saïda allait être mise dans le bain dès son plus jeune âge. Fille unique, son frère aîné allait devenir son fidèle compagnon. Et lorsque votre frère aîné est féru de moto, vous n’aurez d’autre choix que de vous abreuver de sa passion. Et des mauvaises habitudes masculines également! «J’ai effectivement été élevée comme un garçon, je suis peut-être un garçon manqué ! (rires)». Le ton était donc donné. Du haut de ses douze ans, Saida trouvait un malin plaisir à chevaucher les mécaniques de son frère. Même une cylindrée de 125 cm3 ne lui donnait pas froid au dos, même pas le moindre frisson. À quatorze ans, elle trouvait toujours un prétexte pour prendre le volant. «Laver la voiture» devait être une excuse ingénieuse. Évidemment, pour la laver, il fallait la sortir du garage. Et c’est parti ! Elle ne le dit pas, mais, on imagine que Saida ne devait pas consacrer plus de 5mn au lavage. C’était suffisant. 5mn pour le lavage, 45mn pour faire des tours dans le quartier ! Et voilà, ça fait l’affaire et c’est comme ça que l’on attrape le syndrome de la vitesse. Ça n’allait cependant pas continuer sur le même son de cloche, notre future pilote se consacrant à ses études, qu’elle mena avec brio, elle pensait en avoir fini avec les mécaniques. Chassez le naturelle et il revient au galop, dit-on. Quand on a la fièvre de l’accélérateur, le champignon vous poursuit toute la vie.
1994, le virus qui, jusque-là, sommeillait tranquillement, refit surface. L’occasion en était l’organisation par la fédération de tutelle d’un rallye féminin (Casablanca-Settat-Khouribga). Épreuve internationale de régularité, le rallye en question allait aguicher notre championne. Elle s’aligna sur la ligne de départ avec sa Peugeot 309 1.9 litres et fut la première de ces dames à passer sous le drapeau à damier. «Vous avez des bras de fer au volant», s’exclama le président de la fédération de l’époque à l’intention de notre Saïda nationale. Il lui proposa de facto de prendre part au championnat national, croyant qu’elle faisait partie d’une écurie. La passion commençant à regagner du terrain, notre amie décida d’assister à une course à Casablanca. «Au début, cela m’a fait peur de voir des bolides filer à toute allure et négocier des virages à des vitesses vertigineuses», reconnaît-elle. Elle fit l’acquisition d’une Renault Alpine mais, comme le véhicule était trop puissant, elle fut obligé d’évoluer en catégorie M3, la plus puissante qui soit, c’était en 1995. Elle fit ses premiers pas aux côtés de pilotes chevronnés et en profita pour apprendre les secrets du «métier». «Au bout d’un certain temps, j’ai décidé de me comparer au comparable et j’ai changé ma voiture contre une GT Turbo ». Dans ce groupe où évoluaient également des Peugeot 205 et autres, Saïda allait prendre l’initiative et constituer un plateau composé uniquement de GT Turbo, communément appelé Formule M4 aujourd’hui. «Ma carrière de pilote se forgeait petit à petit jusqu’au jour de mon accident (…) Un pilote a délibérément percuté mon véhicule, je qualifie cela de tentative d’homicide volontaire. Ça m’a valu trois jours de coma et trois semaines d’hospitalisation», raconte Saïda. Après cet événement tragique, elle quitta les circuits, se maria et eut deux enfants, Ghizlane et Hamza.
En 2002, la fièvre mécanique reprit le dessus et Saida retrouva la compétition, avec la bénédiction de Bennaceur, son mari. Dès la reprise, elle rafla la troisième place au classement général en M4. En 2003, elle atteignit le meilleur classement de sa jeune carrière, toujours en M4 où elle clôtura la saison en seconde place. Sa petite famille ne ratant aucune de ses courses, l’on suppose que notre pilote gagnera la première place cette saison… au grand dam de ces messieurs !

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