Iran : jeux au féminin

Iran : jeux au féminin

Pendant 7 jours, Shokooleh la nageuse iranienne, Rimla la footballeuse anglaise, Salma la judoka qatarienne ont ressenti un "immense bonheur et une grande liberté"… Pour elles comme pour des centaines de sportives, les Jeux islamiques féminins qui se sont achevées jeudi à Téhéran sont une nécessité.
"Il ne faut pas croire que les filles sont là sous la contrainte", explique Rimla Akhtar. "La plupart sont à l’aise sous leur foulard et ne participeraient pour rien au monde à des compétitions devant des hommes. C’est pour elles le seul rendez-vous sportif international possible."
Pourtant, même la Fédération islamique du sport féminin (IFWS) a compris le besoin de s’ouvrir au monde. Pour la première fois de leur histoire, les Jeux ont accueilli une poignée de non-musulmanes, des finalistes olympiques et une sportive américaine qui furent de petites mais précieuses fenêtres sur l’ailleurs.
Près de 1500 concurrentes de 50 nations ont participé aux 18 épreuves et pu confronter des visions très diverses de l’islam, à défaut de réussir de grandes performances. En 2001, pour une 3e édition tenue certes un mois après les attentats du 11 septembre, elles n’étaient que 750.
Au delà des statistiques, l’IFWS a enchaîné, durant les Jeux, conférences sur symposiums pour résoudre le casse-tête de l’isolement sportif des musulmanes, sans renoncer à son principe fondateur: le respect en toutes circonstances du code vestimentaire islamique.
Avec l’Association internationale des journalistes sportifs (AIPS), l’IFWS a évoqué l’impossible médiatisation d’épreuves interdites aux hommes et aux caméras. Avec des designers de grandes marques, elle a envisagé des vêtements "religieusement corrects": hijabs en stretch, combinaisons intégrales pour la natation, caleçons longs pour l’athlétisme.
Tout, sauf une révolution. L’indispensable bond en avant du sport féminin à la mode islamique achoppe toujours sur une incompréhension de fond: sans parler des ligues des droits de l’homme et des opposants politiques, les fédérations internationales, représentées à Téhéran par des observateurs, jugent souvent les Jeux ségrégationnistes et poussent à l’ouverture.
Créatrice des Jeux, Faezeh Hachemi considère que "le quart des femmes de la planète est discriminé" par des autorités sportives qui ont fait du modèle occidental le seul référent en matière de compétitions internationales, de jeux Olympiques en particulier.
Entre deux visions incompatibles, se dessine une troisième voie qui incite à la patience. "Il ne faut jamais oublier que lors des jeux Olympiques antiques, les femmes étaient au gynécée en train de faire la soupe", note Yamina Thiam, patronne de la très décontractée délégation sénégalaise. "Sous Coubertin, elles étaient à l’extrême limite tolérées dans les tribunes."
La politique des petits pas serait donc la seule tolérable. De nombreux observateurs présents lors de l’édition 2001 des Jeux notent des progrès dans les mentalités. "Il me semble concevable maintenant en Iran qu’une fille prenne sa raquette pour aller jouer à l’étranger", juge une arbitre de tennis. "Le problème c’est que faute d’émulation, aucune joueuse n’a le niveau."
En Iran comme dans d’autres pays conservateurs, l’émancipation passe aujourd’hui par la tangente: pour devenir performantes, les femmes choisissent des disciplines compatibles avec le code vestimentaire: le tir, le golf, le sport automobile, le parapente… C’est là, sans doute, qu’est l’avenir à moyen terme des musulmanes les plus réalistes et non dans des salles vides transformées en bunkers aux vitres fumées.

Françoise Chaptal (AFP)

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