Kaidi ou la mémoire du football national

Hadj El Halioui Mohamed, connu à Mohammdia par le surnom de Kaidi, est un phénomène dans l’archivage du football national. Non seulement il a une mémoire si aiguë qu’il n’oublie pas un nom de footballeur de toutes les générations, mais il garde chez lui une énorme collection de journaux et photos. Ancien joueur de football de Fédala sport, des juniors du Chabab, de l’USM et de l’ODEP, il est capable de vous raconter au détail près les péripéties d’un match des années soixante. Ce boute, entrain qui lance des boutades identiques à celles de feu Lokhmiri cache une intelligence aiguë derrière son air naïf.
Le football , c’est son fort où il est difficile de le battre mais il vous étonne souvent par son raisonnement cartésien et sa philosophie sur tous les événements de la vie. Il a à peine appris à lire et à écrire et comme il le dit si ironiquement : je n’ai fait que trois chambres». traduisez trois classes dans le primaire. Mais à soixante ans cet homme qui s’entraîne régulièrement et tape toujours un ballon de football écrit et parle correctement le français. Il a toujours sur lui un crayon et un bout de papier pour vous rafraîchir la mémoire quand l’usure du temps favorise l’oubli. Toute l’histoire du stade Philip est dans sa tête avec tous les grands noms qui ont foulé ce terrain légendaire depuis les années quarante.
D’autant plus qu’il a longtemps joué dans ce stade mythique quand il jouait avec l’ODEP dans le championnat travailliste. Dans les années soixante, ce championnat était si prisé qu’ils attiraient les grands joueurs de la première division qui avaient la possibilité d’y participer. Le système du double licence favorisait cette escapade salutaire pour les non titulaires. À tel point, raconte Kaidi, que les grands entraîneurs de l’époque ont du stade Philip leur lieu de rencontre pour dénicher les oiseaux rares. Le championnat travailliste était suivi régulièrement par les Ben Barek, Khamiri, Daniel Pilard, Masson , Kadmiri, Pére Jego et bien d’autres. Kaidi garde tout dans sa tête même les joueurs qu’il a connus lorsqu’il évoluait en tant que junior avec le Chabab.
Il avait comme adversaires Aliouat, Aziz Kabbaj, Ouazzani(Raja) Sahraoui, Bouzambou(WAC) et Gauchi et Zaz (TAS) parmi tant d’autres. Il garde aussi dans sa tête cette anecdote d’un gardien de but qui a fui les bois quand il a essuyé le tir foudroyant de feu lokhmiri. C’était en 1962 au cours d’un match qui a opposé le chabab au RAC quand le gardien du RAC, Dalpaos, a vu le ballon percuter trois la transversale avant d’atterrir dans les filets.
La force de frappe de lokhmiri était légendaire et Kaidi de raconter, non pas sans pointe d’humour, que l’arbitre a peiné pour convaincre le pauvre gardien de revenir à sa place. Kaidi est tellement méticuleux pour retenir encore les noms des deux Français qui ont marqué les buts du WAC et du MCO lors de la finale de la coupe du trône de la saison 1956/ 1957 : Braizet et Maillet. Il précise que les deux équipes ont fait match nul( 1-1) mais que c’est le MCO qui a été déclaré victorieux grâce au premier but marqué. Kaidi a commencé à jouer au football à la maison des jeunes «le foyer» et tous ceux qui ont joué avec lui disent qu’il était un grand et puissant joueur.
Mais ce fils unique d’une mère qui l’a enfanté tardivement à l’age de 50 ans a préféré assurer sa carrière professionnelle en jouant avec l’ODEP. Il n’a aucunement tort quand on sait ce qui est advenu des grands joueurs du Chabab et de l’USM qui vieillissent dans la misère.

• Samir Hilmi

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