La dérive des clubs houses

La légendaire équipe de Stade marocain (SM), section football, qui a retrouvé le groupe d’élite après trois décennies de galère, menace de déclarer forfait. Il a fallu que cette équipe joue, à peine, sept matchs en GNFI pour que son comité pense déposer les armes faute de moyens financiers. Son président, Abdallah Benhsein, avait anticipé sa démission avant le début du championnat pour une histoire étroitement liée au financement du club. Le célèbre notaire voulait concrétiser un projet d’entreprise qui engloberait toutes les sections de SM, y compris celles du sport boules et du tennis. Trop excité par une ambition quelque peu démesurée, M. Benhsein a présenté au comité directeur du club une maquette d’un complexe omnisports. Un projet qui restera lettre morte, d’abord parce qu’il exige un budget substantiel qui ne peut être financé que par l’Etat. Encore faut-il que les pouvoirs publics en aient les moyens, ce qui n’est pas évident dans les conditions actuelles. Ensuite, les dirigeants des autres sections se sont fortement opposés à cette opération destinée à renflouer les caisses du football par les recettes du tennis et des boules. Ces sections, comme bien d’autres au Maroc tiennent à leur autonomie financière et morale et ne veulent aucunement être englouties dans la structure d’un club omnisports. Et pour cause, leurs dirigeants refusent catégoriquement de partager avec le football les recettes des restaurants-bars qu’ils gèrent dans leurs «clos». Des clubs houses devenus tellement rentables que leurs assemblées générales sont devenues une véritable arène où les adhérents se disputent la présidence ou un poste dans le comité avec des moyens extra-sportifs. Ces luttes d’intérêts personnels ou claniques débouchent parfois sur des bagarres acharnées jusqu’à provoquer la fermeture définitive du club comme ce fut le cas pour le club Boule de Casablanca. Il faut convenir que certains «clubs» se sont transformés en bars ouverts au public et non pas aux seuls adhérents. Et comme la plupart d’entre eux pratiquent des prix concurrentiels, ils sont devenus le lieu de prédilection de tous ceux qui veulent se rafraîchir…à moindre coût. Avec le temps et le manque d’un contrôle strict de la part des autorités compétentes, certains «clos» sont devenus de véritables bars mal famés. D’autres, dont les dirigeants se sont reconvertis en commerçants avisés, ont commencé à chercher la rentabilité aux dépens de la pratique sportive. Ils ont réalisé des extensions pour les restaurants et les bars au détriment des terrains de sport qui se retrouvent de plus en plus réduits à la portion congrue. La pratique sportive cède, ainsi, la place à la bouteille avec toutes les conséquences que cela pourrait comporter pour les enfants et les jeunes pratiquants. Sans vouloir dramatiser cette proximité des sportifs avec un environnement où l’alcool coule à flots, il faut appréhender le risque d’influer négativement sur le comportement et la carrière des jeunes sportifs. Le sport est par définition une éducation physique et mentale qu’il faut préserver par une réglementation plus rigoureuse de ces clos. Ceci étant, il ne faut pas mettre tous les clubs dans le même panier de désoeuvrement morbide car il existe d’autres qui respectent leur caractère sportif comme l’USM tennis, le COC et quelques autres clubs.

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