La France découvre le Céci-Foot

En se tenant par l’épaule, derrière un gardien de but « voyant », le capitaine Odil Gerfaut, kinésithérapeute à Paris, et ses trois équipiers sont entrés sur le terrain en gazon synthétique et aux dimensions d’un terrain de handball, avec un épais bandeau blanc en éponge sur les yeux, posé sur deux patches oculaires. Ce luxe de précautions répond à un souci d’équité entre les joueurs aveugles et les mal-voyants qui peuvent percevoir, même faiblement, les formes et la lumière.
Après la Marseillaise, c’est parti pour deux mi-temps de 25 minutes, alors que le speaker demande au public de rester silencieux. « Voy », « voy »: c’est en espagnol (« j’y vais ») que les joueurs indiquent leur placement au porteur du ballon. « Avec les bruitages du ballon (ndlr: une sorte de roulement à billes), on donne déjà une information sonore », détaille le Marseillais Bouchaïb El Boukhari, sorti sur une civière (entorse au genou) après avoir tiré dans le vide. « On ne lâche rien »: derrière une barrière de 1,20 m, qui court des deux côtés sur toute la longueur du terrain (pour éviter les sorties en touches), l’entraîneur Toussaint Akpweh conseille ses joueurs.
« Le coach donne des consignes pour le milieu du terrain, le gardien, à sa défense, et le coach-adjoint, placé derrière les buts adverses, aux attaquants », explique le Directeur technique fédéral, Julien Zelela. Le tout pour éviter la cacophonie: « On avait constaté au début de la discipline que ça braillait dans tous les sens, comme on dit chez nous, et que cela gênait énormément les joueurs », ajoute-t-il. En essor, le Céci-Foot est dominé par l’Argentine, le Brésil et l’Espagne: « Les Brésiliens sont techniques et rapides, comme les voyants. Et les Argentins ont beaucoup de caractère », estime José Urbano, le coach-adjoint des Espagnols.
En France, 200 licenciés jouent dans cinq ou six clubs, dans des centres spécialisés (l’Institut national des jeux aveugles à Paris), des structures handisports (l’UNADEV de Bordeaux), voire des clubs valides (Toulouse Saint-Simon). Entraîneur diplômé en foot à onze valides, Toussaint Akpweh est venu par hasard au Céci-Foot: « Dans mon boulot de co-entraîneur à Mérignac en CFA, je n’avais pas l’impression d’exploiter tout ce que j’avais appris », raconte-t-il. « Maintenant, chaque jour est une remise en question permanente. On ne fait pas du copié-collé pour chaque personne ».

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