La violence gangrène le foot italien

La violence gangrène le foot italien

Ceux-ci craignent que le football « ne finisse dans les mains des ultras », comme l’écrit lundi l’éditorialiste de la «Repubblica». Le film des événements ayant conduit à l’interruption du match, puis à des violences autour du stade avec la construction de barricades et l’utilisation de gaz lacrymogènes par les policiers, est pratiquement reconstitué. A 21h20 (20h20 GMT), une rumeur se répand dans les tribunes: un garçonnet a été tué, renversé par une voiture de police à quelques centaines de mètres de l’enceinte.
Peu après, débute la seconde période. Un démenti de la mort de l’enfant, émanant de la préfecture de police, est diffusé par haut-parleur. Mais il est déjà trop tard. Les tifosi se font menaçants. Du virage sud, où sont regroupés les partisans de la Roma, trois tifosi s’avancent sur le terrain pour parler avec le capitaine Francesco Totti qui retourne vers les officiels et leur dit: « Si on joue, ils nous massacrent ». Après un entretien téléphonique avec Adriano Galliani, président de la Ligue de football, et de longs conciliabules avec les responsables, l’arbitre renvoie les équipes aux vestiaires à la 47e minute. Galliani explique avoir pris la décision « en conscience », en choisissant « le moindre mal ». « J’ai parlé avec Fabio Capello (l’entraîneur de la Roma, ndlr), un homme très raisonnable, expérimenté et compétent. Il m’a dit que le climat était terrible, qu’il y avait eu des menaces et que si le match continuait, il y aurait des risques pour l’intégrité physique des joueurs, des techniciens, et du public tout entier », a affirmé M. Galliani. « Pratiquement, des tifosi, appelons-les ainsi, menaçaient d’envahir le terrain, de tout casser et de tout brûler », a-t-il ajouté, rappelant qu’il avait dû prendre une décision identique quand un tifoso était mort à Avellino lors du derby contre Naples, à l’automne. Après l’arrêt du match, le public a commencé à évacuer le stade au milieu d’une fumée noire très dense provoquée par de gros pétards lancés par les tifosi du virage sud réservé à la Roma, visiblement très agités. De violents affrontements ont alors opposé la police à des groupes de jeunes portant des cagoules et armés de barres de fer. La police a chargé et répliqué à coup de grenades lacrymogènes. Des bagarres avaient déjà eu lieu, avant le coup d’envoi, entre la police et plusieurs groupes de tifosi « ultras » qui se trouvaient à l’extérieur du complexe sportif du Foro italico. Toutes ces violences ont fait 153 blessés parmi les policiers et 14 parmi les tifosi. Quinze personnes ont par ailleurs été arrêtées et 23 autres doivent être déférées devant un juge. Toutes sont accusées de résistance et outrage aux représentants de la force publique.
Le préfet de police de Rome, Achille Serra, estime pour sa part que le match aurait dû reprendre et que sa suspension « pouvait entraîner de graves conséquences ». A posteriori, les autorités jugent que l’évacuation d’un stade contenant 65.000 spectateurs s’est faite dans l’ordre. Une enquête a été ouverte. L’une des hypothèses avancées lundi est que les « ultras » de la Lazio et de la Roma s’étaient concertés et avaient tout organisé pour attirer l’attention sur leurs clubs surendettés. A l’appui de cette thèse, les spécialistes soulignent que les tifosi ont simultanément retiré toutes leurs banderoles des virages en début de seconde période. Une sorte de coup d’envoi pour les incidents. Tel est l’avis du ministre du Travail, Roberto Maroni. « C’est une opération pour faire pression sur le gouvernement qui ne peut pas céder au chantage », a-t-il déclaré. Le football italien se débat en effet dans des problèmes financiers énormes. Le chef du gouvernements Silvio Berlusconi-envisage cependant de l’aider, en étalant notamment ses dettes envers le fisc.

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