L’athlétisme entre gloire et déboire

L’athlétisme entre gloire et déboire

Le 14 août 1983 à Helsinki, le légendaire Saïd Aouita inscrit, pour la première fois, son nom sur le palmarès des grands athlètes, en décrochant la médaille de bronze de l’épreuve du 1.500 m, derrière le Britannique Steve Cram et l’Américain Steve Scott. Depuis cette date, l’athlétisme national ne cesse de se confirmer et d’assurer sa présence sur le podium des championnats du monde, à l’exception de l’édition de Stuttgart en 1993. Le Maroc a ainsi raflé 27 médailles, dont 10 en or, 11 en argent et 6 en bronze. Le champion olympique et du monde Hicham El Guerrouj vient en tête des athlètes marocains les plus médaillés avec 4 en or au 1500 m et 2 en argent également raflés dans les épreuves du 1500 et 5000 m. Quatre ans après Helsinki-1983 (les Mondiaux étaient alors une compétition quadriennale), Aouita, «l’athlète qui défiait toute logique», a décroché l’or du 5000 m à Rome, en 13 :26.44, devant le Portugais Castro Domingos et le Britannique Jack Buckner. A Tokyo (1991), Brahim Boutayeb et Khalid Skah ont remporté le bronze, respectivement dans les 5000m et 10.000m. La 4ème édition à Stuttgart (1993) était sombre pour l’athlétisme marocain, qui, en plus de sortir bredouille de cette compétition, a été entaché par «le scandale Taki», qui a fait couler beaucoup d’encre à l’époque.
L’édition suivante de Goetberg (1995) a connu l’émergence d’une nouvelle génération d’athlètes, conduite par El Guerrouj qui a réussi d’atteindre le sommet de l’athlétisme mondial, en décrochant des titres en plein air et en salle et en signant de multiples records. Avec ces titres, il devient le maître incontestable du demi-fond mondial et a été choisi comme meilleur athlète de tous les temps. En Suède, El Guerrouj, déjà habitué des médailles puisqu’il a remporté le bronze du 5000 m aux Mondiaux juniors (Séoul-1992), a décroché l’argent du 1500 m, une médaille qui valait son pesant d’or puisque le vainqueur de cette course n’a été autre que l’Algérien Noureddine Morceli, qui dominait de bout en bout cette discipline après le retrait du phénomène Aouita. La récolte marocaine avait été enrichie par l’argent de Khalid Skah sur 10.000 m, de Khalid Boulami sur 5000 m, et le bronze de Zahra Ouaziz sur 5000 m. Dix ans plus tard à Athènes , l’athlétisme marocain a retrouvé son aura après la consécration d’El Guerrouj (1500m) et Nezha Bidouane (400m haies) champions du monde.
El Guerrouj avait, au passage, stoppé les Espagnoles Cacho Fermin, qui avait détrôné Morceli aux JO de Barcelone, et Estévez Reyes. L’or de Bidouane était autant plus précieux puisque la «Gazelle des haies» a pris le dessus, au terme d’une course âprement disputée, sur la Jamaïcaine Hemmings Deon, championne olympique à Atlanta et l’Américaine Kim Batten, alors championne en titre et détentrice du record du monde.
Les médailles d’argent de Khalid Boulami sur 5000 m et de bronze de Salah Hissou sur l’épreuve du 10.000m, sont venues étoffer les gains du Maroc lors de cette édition. Depuis 1997, l’athlétisme marocain s’est absenté du podium du 10.000 m, sachant que Skah, dénommé le «Renard des pistes», avait décroché le bronze en 1991 et l’argent en 1995. La 7ème édition, tenue à Séville en 1999, a été la plus prolifique pour les Marocains qui ont totalisé deux médailles d’or, autant d’argent et une de bronze. El Guerrouj était encore une fois au rendez-vous avec le sacre mondial sur 1500 m. Au terme d’une course finale mémorable menée d’une manière «suicidaire» par Adil El Kaouch, El Guerrouj a dominé ses rivaux, notamment les «armadas» espagnole et kenyane, signant un record de la compétition qui résiste jusqu’à présent (03:27.65). Il avait ainsi surclassé le Kenyan Ngeny Noah (3:28.73) et l’Espagnol Estévez Reyes (3:30.57).
De son côté, Salah Hissou a décroché le métal précieux du 5000 m, 12 ans après l’or de Aouita. Il a signé, au passage, un nouveau record de la compétition après avoir dominé la course en 12:58.13, devant le Kenyan Benjamin Limo et le Marocain, alors, naturalisé belge Mohammed Mourhit. Dans l’épreuve des 400m haies, Bidouane, déclarée vainqueur dans un premier temps avant d’être reléguée à la deuxième place en faveur de la Cubaine Pernia Daimi après le recours à la photo-finish, a dû se contenter de la médaille d’argent, tout comme Zahra Ouaaziz, qui a terminé deuxième en finale du 5000m, derrière sa «bête noire», la Roumaine Gabriela Szabo.
Cette édition a été également marquée par le sacre de Ali Ezzine, qui a monté à la troisième marche du podium du 3000m steeple, trois années après avoir remporté le bronze de la même discipline lors des Mondiaux juniors à Sydney.
A Edmonton (2001), El Guerrouj a décroché son troisième sacre mondial consécutif sur 1500 m, tandis que Bidouane a reconquis son titre des 400 m haies, et Ali Ezzine a monté d’une marche au podium, en décrochant l’argent du 3000m steeples. L’édition 2003 à Paris a été marquée par un quatrième titre d’El Guerrouj sur 1500m, un exploit inédit du roi du demi-fond, qui a également pris l’argent du 5000m.
Jaouad Gharib, lui, a volé la vedette au marathon, en signant au passage un nouveau record de la compétition (02h 08:31). A Helsinki, qui a vu l’absence des gros calibres marocains, tels que El Guerrouj, Bidouane, Ouaaziz, Hissou et Ezzine, Gharib a confirmé sa performance parisienne au terme d’un marathon où il était l’homme à battre. De son côté, Hasna Benhassi a pris l’argent du 800 m ravivant les espoirs pour une meilleure récolte marocaine, surtout que Boulami avait raté, au moins, une médaille de bronze du 3000 m steeples qui semblait accessible.
Pour sa part, Adil Kaouch a été sacré vice-champion du monde au 1500 m, derrière le Marocain naturalisé Bahreïni, Rachid Ramzi.
A Osaka (Japon), la récolte de l’athlétisme marocain fut maigre: une seule médaille d’argent, œuvre de Benhassi au 800m, qui a valu au Maroc la 28è place au classement final.Lors de la 12è édition, prévue du 15 au 23 août à Berlin, l’athlétisme marocain, faute de pouvoir égaler les performances signées à Paris et Helsinki, tâchera de faire mieux que les Mondiaux nippons.
Selon L’entraîneur national Abdelkader Kada, coordonnateur de la commission technique de la Fédération royale marocaine d’athlétisme (FRMA), les athlètes convoqués sont «les meilleurs et sont prêts physiquement pour défendre les couleurs nationales». Ils ont signé de bons chronos aux différentes manifestations et méritent ainsi d’endosser le maillot national lors de ce rendez-vous planétaire, a-t-il ajouté. Pour Brahim Boulami, entraîneur national du 3000 m steeples, certains athlètes nationaux, compte tenu de leurs positions avancées au classement mondial dans leurs spécialités respectives, devraient, du moins sur le papier, décrocher des médailles ou atteindre les finales.
D’autres athlètes en herbe ne devront pas être tenus de réaliser des résultats qui dépassent leurs capacités, a-t-il estimé.


Mohamed Benchrif (MAP)

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