«L’athlétisme se veut exemplaire», selon l’IAAF

Lors des Mondiaux d’Osaka, pendant neuf jours, médecins et analystes vont effectuer plus de mille contrôles, la plupart ciblés, soit l’un des programmes antidopage les plus ambitieux élaboré par une fédération internationale.
Ce n’est pas un hasard si le sport concerné partage avec le cyclisme la pire réputation en la matière.
Ces derniers mois ont, à ce titre, été dévastateurs. Particulièrement de l’autre côté de l’Atlantique où le séisme Balco , du nom du laboratoire de fabrication de dopants démantelé en 2003, ne finit pas de connaître des répliques. Déjà empêtré dans cet imbroglio juridico-sportif, l’athlétisme américain n’avait pas besoin des affaires Marion Jones et Justin Gatlin pour perdre de son aura.
En France, la crise du demi-fond semble relever du même degré d’organisation des dopés et dopeurs en réseau. En moins d’un an, quatre athlètes, de haut niveau, y ont été contrôlés positif et d’autres, selon de récentes dénonciations, seraient jusque -là passés entre les mailles. Plus à l’Est, l’instruction plus que complaisante de cas positifs par certaines fédérations d’anciens pays communistes (en Bulgarie-Veneva, Stambolova- ou en Russie -Lyssenko-) permet d’imaginer, en interne, toute sorte d’arrangements avec les textes. Sans parler de la préparation des athlètes chinois, sur laquelle la proximité des Jeux de Pékin n’a pas permis de lever les doutes.
Mais les récentes affaires ne doivent pas occulter que ce sport fut le premier pollué par les scandales. Ou le premier qui eut le courage de les instruire au grand jour. Au point qu’aujourd’hui, les tenants de l’abolition des records du monde établis à une époque de relative impunité provoquent une certaine sympathie.
A ce titre, le 100 m, épreuve reine de la discipline, pourrait illustrer à lui seul les cahots de l’athlétisme, du contrôle positif de Ben Johnson, il y a près de 20 ans, à celui de Gatlin, l’an dernier, en passant par les soupçons qui entoureront éternellement le record du monde de Florence Griffith Joyner ou les performances de Marion Jones.
Bref, la tâche est immense pour une instance internationale qui se targue d’être la plus zélée en matière de prévention et de répression du dopage: l’athlétisme est, si l’on excepte les 25.000 contrôles du football, le sport le plus surveillé au monde avec quelque 20.000 tests, pour un budget qui a cru de 60% depuis l’affaire Balco et atteint aujourd’hui 2,6 millions de dollars.
La découverte d’un nouveau produit, la THG (tétrahydrogestrinone, stéroïde anabolisant de synthèse), produite à des fins exclusives de dopage par le laboratoire américain marque ainsi un virage dans la politique de l’IAAF comme le confirmait récemment son président Lamine Diack : «En 2003, Balco et l’adoption du code mondial antidopage m’ont convaincu que l’IAAF devait faire plus en la matière». Pourtant, l’IAAF avait, paradoxalement, été contrainte d’en faire plutôt moins dans la foulée de l’adoption du Code mondial, entré en vigueur en janvier 2004 et dont la version révisée doit être validée à Madrid, en novembre prochain.
C’est ainsi que la règle des quatre ans de suspension, infligés, depuis 1991, à tout athlète convaincu de dopage pour la première fois, a dû être sacrifiée au nom de la sacro-sainte harmonisation, raison d’être de l’Agence mondiale antidopage (AMA) et de son Code. Depuis 2004, l’IAAF inflige à contre-cœur deux ans de suspension, comme les autres fédérations, mais devrait enregistrer une petite victoire à Madrid avec la probable adoption d’une flexibilité qui lui permettra de moduler les punitions… jusqu’à quatre ans pour une première infraction.

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