Le feuilleton continue

Si la nouvelle a fait plaisir à tous les supporters de Brahim Boulami et tout d’abord à l’athlète lui-même, elle ne fait que relancer le feuilleton FRMA/IAAF dans lequel Boulami campe le rôle principal. C’est pourquoi la FRMA a décidé d’innocenter Boulami car il lui était «impossible de conclure à sa culpabilité».
Le détenteur du record du monde du 3.000 steeple a, en effet, été blanchi par la commission de discipline de la Fédération royale marocaine d’athlétisme des accusations de dopage qui avaient défrayé la chronique l’été dernier. Après examen de «l’ensemble des pièces du dossier du point de vue scientifique et juridique, la commission a constaté un manque de preuves et a relevé le caractère non scientifique de la méthode».
Ce qui signifie que c’est à la fédération internationale d’athlétisme (IAAF) de prendre une décision concernant l’athlète. En observant ce curieux manège, on a l’impression que durant tout ce temps, les deux fédérations (la FRMA et l’IAAF) ont essayé de se refiler la patate chaude et qu’aucune d’entre elles n’a voulu prendre le risque d’endosser la responsabilité d’une éventuelle sanction. L’IAAF aurait été trop contente que la FRMA sanctionne elle-même son athlète, ce qui aurait relevé d’une cuisine interne maroco-marocaine.
Et donc, elle n’aurait plus eu qu’à entériner la décision de l’instance fédérale marocaine. Justifiant sa décision par l’intermédiaire de Mohamed Nouri, membre de la commission de discipline, la FRMA affirme que «la méthode utilisée pour le dépistage de l’érythropoïétine (EPO) n’était pas scientifique». Cité par la MAP, M. Nouri, précise que le laboratoire de Lausanne (Suisse) -qui avait effectué le dépistage – reconnaît lui même «ne pas disposer de la certification ISO pour le dépistage de l’EPO», condition exigée par le Comité international olympique (CIO). L’athlète marocain, qui avait été contrôlé positif à l’EPO, le 15 août 2002 à la veille de la réunion où il avait battu son propre record du monde(7 min 53 sec 17/100), n’a jamais cessé de clamer son innocence, soulignant qu’il était déterminé à se battre jusqu’au bout pour établir la preuve de son innocence. Une innocence qu’il a affirmé vouloir défendre jusqu’à l’épuisement de toutes les procédures conférées par les règlements. Et si besoin, il aurait recours au Tribunal Arbitral du Sport (TAS, relevant du CIO). En innocentant Boulami, la commission de discipline se défend bien d’avoir cédé à «toute appréciation subjective ou sentimentale». Elle affirme, au contraire, s’appuyer sur un ensemble d’arguments» présentés par les experts marocain, Abdelhamid Stambouli et russe Nicolaï Dourmanov (directeur du laboratoire anti-dopage de Moscou). Cette méthode n’a toujours pas été validée par les instances scientifiques mondiales. C’est la conclusion des deux spécialistes ainsi que celle d’un cabinet d’experts à Barcelone, contacté par l’athlète lui-même. Et M. Nouri d’ajouter, par ailleurs, que seuls cinq laboratoires sur les vingt-quatre accrédités par l’IAAF ont reconnu «la fiabilité de cette méthode». Il jette encore plus de suspicion en soulignant que l’IAAF n’a adressé à la Fédération marocaine que des photocopies des rapports d’analyses et non les originaux. La commission de discipline fait également référence à d’autres «irrégularités», dont l’exclusion du Dr Stambouli du laboratoire de Lausanne lors de la contre-expertise (analyse de l’échantillon B). Ce dernier avait été empêché d’assister à l’ensemble du déroulement du processus. Soulignant qu’elle n’avait «pas en main tous les éléments pour pouvoir statuer sur ce cas», la commission de discipline de la FRMA avait décidé d’adresser le dossier de Boulami à la commission spécialisée de l’IAAF. Cette dernière le lui avait renvoyé, une nouvelle fois. La suite, on la connaît. Il semble que les choses soient claires à présent : c’est à l’IAAF de prendre ses responsabilités dans l’affaire Boulami.

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