Le football libéré à Kaboul

À peine libérés de l’intolérance du régime des Taliban, les jeunes de Kaboul ont recommencé à taper dans un ballon sans contraintes. Après la barbe, la musique et autres Borqua, le maillot à manches courtes et surtout le short ont refait surface. Dès que la capitale afghane est tombée entre les mains de l’Alliance du Nord, le foot-religion a cédé la place au foot-spectacle. Il est vrai qu’au temps des Taliban, le sport le plus populaire de la planète n’était pas interdit mais soumis aux exigences stupides de la milice. Un corps redoutable relevant du ministre de la prohibition et de la lutte contre le vice !!! Les matchs de football étaient autorisés mais à des heures bien précises et avec des tenues de rigueur spirituelle. Les joueurs devaient porter de longues tuniques et des pantalons pour cacher la moindre parcelle de leur peau devant des spectateurs uniquement masculins. Le public était lui aussi assujetti à des règles strictes comme le fait de ne pas applaudir mais d’exprimer son enthousiasme en criant «Allah Akbar». Les matchs qui se jouaient dans le stade principal de la ville étaient souvent interrompus par la milice. Ce terrain servait, en effet, comme lieu d’exécutions sommaires de tous les «infidèles» coupables de péchés. Les spectateurs qui assistaient aux matchs de football sont alors «invités» à regarder le spectacle insoutenable de la mort d’un homme ou d’une femme. Outre cette barbarie, la milice ne faisait pas dans les détails quand les joueurs du football osaient déroger à la règle. Les joueurs pakistanais de Chaman l’ont déjà appris à leurs dépens quand ils se sont présentés sur le stade de Kandahar avec des maillots à manches courtes et des shorts. La nouvelle est rapidement arrivée aux oreilles de la milice qui a envahi le terrain pour malmener les joueurs pakistanais «frères». La rencontre a tourné au vinaigre, ce qui a obligé cinq joueurs pakistanais à se réfugier dans le consulat de leur pays à Kandahar. Les autres ont subi le supplice d’avoir les crânes rasés par les intraitables membres de la milice. On se demande ce qu’aurait été la punition si les joueurs afghans avaient osé jouer avec les maillots classiques ? Aujourd’hui les joueurs afghans ont enfilé leurs maillots et shorts sans appréhensions. Mais il est évident qu’ils n’oublieront pas de sitôt les hommes et les femmes qui ont été fusillés sur ce stade. D’autant plus qu’ils continuent à soulever les douilles des balles à chaque fois qu’ils bottent le ballon. La liberté du football a aussi un prix.

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