Le Maroc aux aguets

«J’entends la terre des Pharaons appeler la coupe du monde», a déclaré dernièrement au journal égyptien Al Ahram, l’Argentin Julio Grandona, vice-président et l’un des 24 membres du comité exécutif de la plus grande instance footballistique de la planète (FIFA), à quelques jours du match Maroc-Argentine. Dans la course pour l’attribution de la Coupe du monde 2010, l’Egypte veut jouer les troubles fêtes et veut le faire savoir.
À en croire son ministre de la Jeunesse, Alieddine Hilal, le pays des Pharaons n’a pas encore dit son dernier mot. «Je suis très optimiste. Nous sommes les seuls à avoir publié notre dossier sur le Net», avait-il déclaré au journal Al Ahram. Et d’ajouter. «À la différence de certains, nous n’avons pas voulu déposer des millions de dollars dans un compte en Suisse pour démontrer notre sérieux». Les Egyptiens, contrairement aux Sud-africains qui étaient très fair-play, sont même allés plus loin en véhiculant une image du Maroc exportateur du terrorisme, pays qui n’a même pas su gérer la crise qui a suivi le séisme d’Al Hoceima.
Moins de trois semaines nous séparent du jour du verdict, le 15 mai, jour de désignation du pays organisateur de la Coupe du monde 2010 à Zurich, et la guerre psychologique bat son plein. Face à son grand rival, l’Afrique du Sud, le Maroc est en train de jouer ses dernières cartes. Car chacun a les yeux fixés sur l’autre. Histoire de déceler ses failles. Même après trois candidatures vouées à l’échec, le Maroc continue de croire, dur comme fer, en ses chances. «C’est vraiment notre dernière chance», a déclaré l’Américain Alan Rothenberg, chef de mission de Maroc 2010, avant d’ajouter «les Marocains auront le coeur brisé s’ils ne gagnent pas». Certes, le dossier marocain, version 2010, est très solide. L’équipe de Sâad Kettani a rattrapé le retard perdu, surtout durant les derniers mois. Et le résultat est aujourd’hui là : la candidature marocaine dérange les Bafana Bafana. Mais il reste encore du travail à faire au niveau communication. L’Afrique du Sud, en accueillant le président de la FIFA, Joseph Blatter, une visite qui coïncide avec le 10ème anniversaire de la fin de l’ère de l’apartheid, avait un message à faire passer. Une Afrique du Sud unie autour de son leader charismatique, Nelson Mandela, pour conquérir le coeur des puissants de la FIFA. Selon Rothenberg, ancien chef de la commission d’inspection de la FIFA, cette carte ne tient pas la route. « Nelson Mandela est une figure héroïque mais qu’a-t-il à voir avec l’organisation d’une Coupe du monde ? Les membres de la FIFA ne sont pas dupes». Les choses sérieuses commencent à se préciser. L’espoir est permis. Mais la prudence demeure. Certes, le Maroc a le soutien du champion du monde et champion d’Europe, la France, et son président, Jacques Chirac, soutien vu d’un mauvais oeil par les Sud-africains, et récemment celui de José Luis Rodriguez Zapatero, nouveau chef du gouvernement espagnol. Mais, aussi, celui de certaines monarchies pétrolières: EAU, Arabie Saoudite, Bahreïn et Qatar, pays de l’homme fort du football en Asie, Benhamame. Néanmoins, le soutien verbal n’est pas une garantie. Tout peut basculer au dernier moment. Et l’expérience de 2006 est là pour en témoigner.
Ceux qui vont faire la différence le 15 mai, autrement dit ceux qui siègent au sein du Conseil exécutif de la FIFA, sont au nombre de 24. De tous les votants d’Europe, au nombre de neuf, le Maroc pourra compter au moins sur la France et l’Espagne. Et c’est peu. Au niveau africain, il n’y a que le Mali qui est pro-marocain. Quant au Cameroun, pays du président de la CAF, M. Issa Hayatou, ce n’est pas sûr. Le Bostwana, lui, votera «Afrique Sud». Le Japon aussi. Quant à la Thaïlande, le Premier ministre, Jettou, s’y est rendu en personne pour convaincre les responsables thaïlandais de voter pour le Maroc. Donc, dans les trois continents, Europe, Afrique et Asie, les dés semblent jeter. Là où la chasse aux voix est encore ouverte, c’est en Amérique. Mais ce ne sera pas une mince affaire pour l’équipe Kettani.

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