Leçon de billard

Leçon de billard

Sourire charmant, chignon à la japonaise et regard félin, Rokia Abou Naïm a l’apparence de quelqu’un qui croque la vie à pleines dents. Enjouée et animée par une vivacité exceptionnelle, la jeune femme semble un brin timide. Sans doute, le contact avec les médias est chose nouvelle pour elle. Pourtant, elle devra bien s’y faire. Ce n’est que le commencement d’une belle carrière sportive qui se profile à l’horizon.
Pour son vingtième printemps, Rokia a reçu le plus beau des présents. En effet, dans quelques jours, elle soufflera sa vingtième bougie et son cadeau, elle l’a arraché, de ses propres mains, deux semaines de cela. Un titre de championne du Maroc de billard américain, le second dans l’Histoire du Maroc.
Pouvait-elle envisager qu’elle entrerait de la sorte dans les annales du sport marocain ? On en doute. Tout comme c’est le cas pour elle. L’idée ne lui a guère effleuré l’esprit, ce jour de l’année 1997. Ce jour-là, elle s’en souvient parfaitement. Elle allait faire une rencontre particulière et entrevoir ce qui sera désormais son éternelle passion. « Ce sont mes cousins qui m’ont fait découvrir ce que c’était qu’un club de billard. J’avais 13 ans, il était 19h…», se souvient-elle avec une précision remarquable. Sa première partie disputée sur une table de billard anglais (8 pool) était une véritable initiation aux plaisirs de ce sport que l’on pratique en smoking.
Certes, ça ne devait pas être une partie où le grand jeu était de rigueur. Mais ça n’allait pas tarder à venir. Pourtant, ce jour-là, elle ne succomba pas aux charmes de son futur prétendant. Elle ne prendra réellement compte qu’elle est tombée amoureuse, du pool, que deux années plus tard. À quinze ans, elle commença, de façon régulière, à jouer au billard anglais, en compagnie de quelques copines touchées par le même virus. Un club situé à proximité du domicile parental allait lui faciliter la tâche. De quelques parties de temps à autre, les choses ont pris une tournure plutôt effrénée, pour se stabiliser actuellement à entraînement quotidien de près de quatre heures par jour. La création d’une fédération de tutelle, ainsi que l’introduction de nouvelles règles régissant les sports de billard et snooker, allaient inciter la jeune femme à se mobiliser davantage pour son sport favori. Elle intégra le club « Havana », rompit avec le billard anglais et embrassa le billard américain. « Je préfère de loin le billard américain, car le facteur « chance » n’y a pas droit de cité. Vous ne pouvez aucunement compter sur le hasard et pour gagner une partie, il faut vraiment l’avoir mérité ! », tranche Rokia, le regard toujours aussi pétillant, pour justifier sa transhumance chez le pool de l’Oncle Sam.
La même année, elle prend part au premier Championnat national et décroche la quatrième place au podium. Idem lors de la Coupe du Trône, quelques mois plus tard. Elle fera ensuite partie de la sélection qui a défendu les couleurs nationales à Damas, en Syrie, lors du Championnat arabe. Elle se battra vaillamment, jusqu’aux quarts de finale. D’ailleurs, l’Algérienne qui remporta ce meeting arabe avait fait les frais de la canne de notre Rokia nationale, lors du premier tour.
« J’aimerais bien pousser au loin ma carrière et représenter dignement la femme marocaine dans les quatre coins du globe. Mais ce n’est malheureusement pas chose facile, notamment à cause de la réticence des sponsors, ces mêmes sponsors qui revêtent un caractère vital pour le champion », souligne-t-elle.
Parallèlement à sa passion, les études n’ont pas été en reste. En effet, une fois son BAC scientifique en poche, Rokia s’engagea dans un diplôme de technicien en informatique. Mission qu’elle mena à bon port. Insatiable, elle s’attaqua à un diplôme de comptabilité, qu’elle achève actuellement.
On l’aura aisément compris, Rokia Abou Naïm est une battante, toujours prête à retrousser ses manches et atteindre ses objectifs. Une fois sa cible verrouillée, elle ne passe jamais à côté. Chapeau bas !

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