Les confessions d’une légende vivante

Aujourd’hui le Maroc : On a trop extrapolé sur votre immigration aux Etats-Unis, quelle est la part de vérité dans tout ce qui a été dit ?
Said Aouita : C’est vrai qu’on a trop interprété mon départ du Maroc, mais je peux vous assurer que ce choix était tout à fait volontaire et sans aucune contrainte. Je suis parti en 1994 aux Etats-Unis pour le seul objectif de terminer mes études et, grâce à Dieu, ce but est aujourd’hui atteint. J’ai décroché mon diplôme de Masters Business Administration, l’équivalent d’un doctorat de gestion et de management au Maroc. Maintenant je suis rentré définitivement au Maroc où je compte jouer pleinement mon rôle de citoyen qui veut contribuer au développement de ce pays qui connaît des mutations prometteuses.
On imagine que vous voulez vous impliquer totalement dans l’athlétisme qui vous a permis d’avoir un nom légendaire ?
L’athlétisme est ma raison de vivre, d’autant plus que le ciel brumeux qui le couvrait s’est aujourd’hui dégagé. Depuis mon arrivée, j’ai senti que toutes les composantes de cette discipline sont animées d’un esprit de bonne volonté pour réaliser un nouveau départ. Aussi bien au sein du comité provisoire, des dirigeants de clubs que chez les athlètes, il est question de tourner la page et de regarder l’avenir.
Mais Quelle est la position des dirigeants de clubs ?
On entretient des contacts réguliers même quand j’étais aux Etats-Unis et je peux affirmer que 90% des dirigeants parlent le même langage. Ils veulent tout simplement développer l’athlétisme de base, c’est-à-dire à partir des clubs qui sont les véritables pépinières d’où émergent les athlètes d’élite. C’est peut-être la seule chose qu’on pourrait reprocher au comité provisoire qui a oublié quelque peu l’athlétisme de masse. Ceci étant, Mohamed Aouzal serait un bon président de la fédération s’il pouvait se libérer totalement pour cette seule tâche. Et si jamais il se porterait candidat, je déclare, dès à présent, que je ne me présenterais pas à ce poste.
Dans le cas contraire et si vous êtes président, quelles actions meneriez-vous pour développer l’athlétisme national ?
Si j’ai l’opportunité de diriger la fédération, il faudrait réviser les structures de la fédération que ce soit dans son aspect administratif que technique. Mais il faut signaler, de prime abord, que ce travail de longue haleine nécessite une direction collégiale car je ne prétendrais jamais pouvoir engager des réformes tout seul. Il faut un travail d’équipe pour restructurer les clubs qui sont la seule base de développement de notre athlétisme. L’erreur qu’on a commise auparavant, c’est de concentrer tout sur l’école nationale d’athlétisme de Rabat qui n’est accessible qu’à une poignée d’athlètes. C’est pour cela que je compte créer des écoles régionales à travers tout le Royaume qui sortiront certainement de nombreux talents de l’anonymat. D’autant plus que je connais des sponsors qui sont disposés à financer ces écoles dès qu’elles seront opérationnelles.
Et sur le plan technique, que comptez-vous faire ?
Je commencerais par supprimer le poste très contesté du directeur technique national qu’on ne trouve dans aucun pays développé en athlétisme. La direction générale de la fédération aura alors à désigner des entraîneurs (hommes et femmes) qui s’occuperont, chacun dans sa spécialité, soit de demi-fond, soit des courses techniques, du marathon ou autres.
Reste à savoir si la fédération aura les moyens humains et financiers pour atteindre ces objectifs ?
Sur le plan humain, notre pays dispose des meilleurs techniciens du monde qui sont malheureusement marginalisés pour des considérations puériles. On n’a pas conscience de qu’on a comme potentialités dans ce domaine, il suffit pour autant qu’on accepte les nouvelles idées car le temps est toujours en marche et n’attend jamais les retardataires. Quant aux moyens financiers, personne n’ignore que la FRMA est plus riche que celle de football. Ce qui gêne aux entournures, c’est que l’argent n’était pas distribué équitablement et curieusement à ceux qui n’en ont pas profité sont les clubs. C’est à cause de la négligence de la base que notre athlétisme connaît ces dysfonctionnements, mais il n’est jamais trop tard pour bien faire.

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