Les parieurs rêvent du jackpot

«Nous sommes une cinquantaine, Maliens, Ivoiriens, Sénégalais », explique Mahmoudou Sidiki, homme d’affaires à Médine, quartier populaire de la capitale malienne. Répartis en deux groupes, ces parieurs misent, chaque veille de match, chaque groupe sur la victoire d’une équipe. S’il y a match nul, chaque groupe rempoche sa mise. Cameroun-Côte d’Ivoire, le 25 janvier. Les parieurs sont assis autour de trois téléviseurs. Visages crispés. Tirs mal cadrés suivis de belles actions. La joie passe d’un groupe à l’autre. Le match semble interminable, puis arrive le but camerounais à la 85e minute. Le groupe A jubile, le groupe B prend une mine renfrognée. Le groupe A empoche la mise. Le montant ? Sidiki est discret. Son pote Amadou est un peu plus bavard. Il explique que chaque membre de son groupe a eu le double de ce qu’il a misé. Normal. Mais combien exactement ? « De solides centaines de milliers de francs CFA (des centaines d’euros) », dit-il. En fait, des sommes très respectables sont mises en jeu. Au total, des millions de francs CFA. « Nous sommes discrets là-dessus, comprenez-nous », implore un membre du groupe, qui précise néanmoins que, sur une dizaine de matches, « Au moins 15 millions de francs CFA (environ 22.600 euros) ont été misés ». Ce qui est sûr, c’est que la mise augmentera au fur et à mesure que la finale approchera. « Ce sera le jackpot pour les chanceux », reconnaît Sidiki. Bizarrerie de ces paris, ils sont basés sur un tirage au sort. Chaque responsable de groupe se présente devant une table et pioche un des deux bouts de papier sur lesquels sont inscrits les noms des équipes. Le groupe qui tire le nom d’une équipe mise sur elle. Gros sous et problèmes faisant généralement bon ménage, quelques tensions ont déjà eu lieu. Dès la deuxième journée, un pugilat a été évité de justesse, lorsqu’un membre d’un groupe, ivoirien, a payé sa « cotisation » avec un chèque en bois. L’indélicat parieur a passé un sale quart d’heure. Son passeport a été gagé. Décision collective : son expulsion du groupe, qui l’a aussitôt remplacé. Autre source d’ennuis potentiels, des paris « individuels » sont parfois organisés à l’intérieur des groupes, histoire d’augmenter les gains.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *