Marcello Lippi, le joueur de poker

Marcello Lippi, le joueur de poker

Le football est souvent une partie de poker et on imagine facilement Marcello Lippi, le sélectionneur italien aux airs de Paul Newman, assis à une table de casino, impassible avec un sourire en coin et son cigarillo aux lèvres, en train de plumer ses adversaires allemands, français ou portugais au Mondial 2006.
Mardi face à l’Allemagne lors de la prolongation, Lippi a abattu ses cartes maîtresses en alignant quatre joueurs portés vers l’attaque (Gilardino, Iaquinta, Del Piero, Totti) en même temps sur le terrain. Un véritable coup de poker quand on connaît la frilosité italienne et au terme d’un match qui avait vu l’Italie contrôler avec calme la rencontre sans se lancer dans de folles offensives. «Je voyais qu’on pouvait marquer, que le ballon allait d’un but à l’autre, alors je voulais avoir des attaquants devant», a expliqué Lippi, après la rencontre, à une presse médusée par sa maîtrise tactique, tout en ajoutant: «On aurait survécu aux penalties».
Le coup de maître de Lippi, dont les attaquants ont marqué deux buts aux 119e et 121e minutes, est aussi un bon coup de poker menteur. En regardant bien, Lippi préparait aussi et peut-être surtout les tirs au but. Gilardino était entré en lieu et place de Toni à la 75e minute et poste pour poste.
Totti jouait au milieu tandis que Del Piero et Iaquinta ne sont entrés qu’en toute fin de match, alors que tout le monde pensait à la séance fatidique… Et Iaquinta et Del Piero sont justement les tireurs attitrés de penalties à l’Udinese et à la Juventus. Alors, beaucoup de bluff? Peu importe! Lippi a utilisé ses cartes à bon escient. Comme il a su bien gérer les premiers plis du Mondial: «Avant le match contre la République tchèque, j’ai regardé le tableau (Australie en 8e, puis le vainqueur de Suisse-Ukraine), j’ai dit aux joueurs: C’est une opportunité à ne pas laisser passer».
L’Italie est passée sans briller en demi-finales mais sans non plus avoir à forcer. Elle a gardé tous ses atouts: elle n’a pas de blessés (à l’exception de la blessure chronique de Nesta) et n’a aucun suspendu pour la finale. «La France et le Portugal abordent les demi-finales avec respectivement 6 et 5 avertis» et donc des possibilités d’être privé de titulaires en finale, souligne le sélectionneur italien. Personne ne lui conteste d’ailleurs une certaine ressemblance avec Paul Newman qui a souvent incarné des joueurs, de "Luke la main froide" en passant par "La couleur de l’argent".
Et comme dans "L’Arnaque", s’il faut un petit plongeon dans la surface pour obtenir un penalty pour forcer le destin comme contre l’Australie…
A l’image des joueurs de poker impassibles, Lippi montre peu ou pas ses sentiments devant le cours des événements. Comme Newman dans ses films, il a aussi un sang-froid extraordinaire et connaît l’importance du mental dans les moments capitaux. «On a montré une force morale qui a fait la différence à ce niveau», rappelle-t-il, ajoutant aussitôt: «avec évidemment un niveau technique élevé». En bon joueur, Lippi sait que, pour gagner, il faut à la fois avoir un bon jeu et bien se servir de ses cartes.

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