Maroc contre Maroc

Maroc contre Maroc

Le sport constitue un domaine particulièrement intéressant pour s’interroger sur cette complexité du système d’action des différents intervenants officiels censés mettre leurs compétences au service du sport national toutes disciplines confondues. A fortiori, lorsque la nation s’apprête à occuper une place représentative au sein des instances continentales et internationales.
Juste avant le début de la CAN 2004, le candidat marocain qui briguait un siège de membre du Comité exécutif de la Fédération internationale de football (FIFA) était parti très favori 48 heures seulement avant le vote. Et puis tout a soudainement basculé du côté des ses rivaux fortement épaulés par leurs ministères des Sports et leurs confédérations respectives. C’est le Tunisien Slim Chiboub qui a finalement été élu membre du Comité exécutif de la FIFA représentant du continent africain, à l’issue des élections qui se sont déroulées jeudi 22 janvier 2004 à Tunis au cours de l’Assemblée générale de la Confédération africaine de football (CAF).
M. Chiboub a obtenu 31 voix sur 52, devançant son adversaire égyptien Hani Abou Ridha (13 voix) et le Marocain Saïd Belkhayat (7 voix). Ce dernier a sauté, injustement d’ailleurs. Il se battait à titre individuel alors que ses rivaux disposaient de tous les soutiens nécessaires. Supposons que la conjoncture fut favorable au candidat tunisien à l’occasion de l’organisation de la CAN par son pays, et par conséquent, il bénéficiait du soutien de tout un Etat.
Mais en ce qui concerne le candidat égyptien qui est arrivé à Tunis en compagnie d’un staff de plus de 25 personnes qui se sont éparpillées partout où il y a des membres de la CAF pour les aborder et les rapprocher du choix de Hani Abou Rida, en usant de tous les moyens de persuasion. En l’absence d’un ministère des Sports au Maroc, c’est la Fédération royale marocaine de football qui assurait un timide relais. Réticence ? Non-conviction ? Désintérêt d’une présence marocaine au sein de la FIFA? Personne ne sait au juste. Toujours est-il que le candidat marocain affrontait seul et dénudé même d’un soutien moral de la part des siens.
Un membre fédéral, et membre de la CAF, en l’occurrence Karim El-Alem fut gentiment écarté du voyage en Tunisie. Et pour cause. Il était coupable d’avoir révélé certaines vérités comme il le fait depuis toujours. En revanche, le secrétaire général de la FRMF, Mohamed Moufid, qui était présent lors des élections s’est retiré juste avant que le vote ait lieu… Le problème c’est que ce n’est pas la première fois que des Marocains candidats à des postes dans les instances internationales sont lâchés par les leurs à cause de susceptibilités futiles. Il y a quelques années, Mme Nezha Mouaddab, présidente du Club royal d’escrime a vécu une expérience très similaire. Lors d’un vote de la Fédération internationale d’escrime (FIE), l’organisation qui régit mondialement le sport de l’escrime, domiciliée à Lausanne, et qui compte 114 fédérations membres, la délégation marocaine avait voté contre Mme Mouaddab alors que nombre d’autres pays, dont Israël, avaient voté pour !!! « C’est lamentable, se souvient Mme Mouaddab, d’autant plus que la FIE me charge de le représenter lors d’un Congrès international qui aura lieu à Marrakech.
Vous vous-rendez compte que je sois membre de la Confédération africaine d’escrime et première et unique femme arabe Secrétaire générale de la confédération arabe d’escrime, membre de la Fédération internationale de boxe, et que je sois boudée voire attaquée par les miens ? », se demande-t-elle. Et de poursuivre : «Je me souviens dans ce contexte du blocage de la championne olympique Nawal Moutawakel il y a des années par l’ancien président de la Fédération royale marocaine d’athlétisme pour qu’elle n’accède pas au Comité International Olympique. Elle qui a réalisé ce qu’aucune autre athlète arabe n’a pu réussir jusqu’à nos jours».
Jamais dans les annales des réunions internationales, une telle attitude qui ne peut être assimilée qu’à une traîtrise, n’a été enregistrée. En principe, les animosités et les susceptibilités personnelles, qui existent somme toute partout dans le monde, sont automatiquement enterrées lorsque l’intérêt de la nation est en jeu. Ce qui nous pousse davantage à essayer de comprendre la mise en place d’une politique nationale du sport, d’analyser les changements intervenus ces dernières années en la matière tant au niveau des discours, des «référentiels », tant au niveau compétitif qu’au niveau institutionnel et décisionnel.
Il s’agirait de concilier une analyse cognitive avec une analyse sociologique et institutionnelle, avec une analyse des acteurs et des institutions, ce qui supposerait en particulier d’ouvrir «la boîte noire» du secteur afin d’étudier les relations de pouvoir en son sein ainsi que les responsabilités et les objectifs qui en découlent.

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