Naïma la battante

Naïma la battante

Elle était championne du Maroc, du monde arabe et d’Afrique de gymnastique. Elle avait hissé haut le drapeau national et occupé quelques-uns des meilleurs podiums de cette discipline à un moment où cette discipline n’était qu’à peine connue au pays et dans bien d’autres. Prédestinée à un avenir des plus glorieux, Naïma El Ghouati était la sportive fétiche de tout le pays. Un tragique accident de voiture est venu tout changer. Né en 1975 à Youssoufia, Naïma a fait sa première roulade à l’âge de 5ans. A 8 ans déjà, elle entame sa carrière professionnelle en gymnastiques. C’était en 1983 aux Jeux pan-arabes. Une première expérience à l’international dont elle était sortie avec deux médailles d’argent et une autre de bronze. Et ce n’était que le début. Blasée, Naïma ne se rappelle que les titres qu’elle avait remportés, mais pas des dates : championne arabe à deux reprises, championne d’Afrique, également deux fois ainsi qu’une participation aux championnat du monde et aux Jeux Olympiques. El Ghouati est la première championne arabe et africaine à avoir participé aux championnats du monde d’Indianapolis aux Etats-Unis en 1991, Bercy (France) en 1992, Birmingham (Grande-Bretagne) en 1992 et aux Jeux olympiques d’Atlanta en 1996. C’est ce dernier titre dont elle se souvient avec le plus de fierté. «La qualification était pour moi un rêve devenu réalité. Etre non seulement la première gymnaste marocaine, mais arabe et africaine à représenter son pays dans une compétition aussi prestigieuse m’avait procurée une joie, un orgueil indescriptibles», déclare-t-elle. Une joie à laquelle d’autres allaient s’ajouter, n’était le destin qui s’était interféré, chamboulant une jeunesse encore pleine d’espoir. En 2001, la championne a été victime d’un grave accident de voiture sur la route reliant Marrakech et Youssoufia. Avec elle, et dans la même voiture, il y avait son père, sa mère, sa soeur Saida, monitrice et juge fédéral au centre OCP de Benguerir, et son petit neveu. Tous les quatre ont péri dans cet accident, la jeune Naïma a été grièvement blessée et a dû être opérée et hospitalisée pendant plus d’un an. Un véritable drame familial et personnel. Quand la question lui a été posée sur le souvenir gardé suite à ce tragique accident, Naïma répond à peine. Elle observe un long moment de silence avant de dire : «quatre personnes d’un bloc, c’est au-delà de ce qu’une personne, aussi forte soit-elle, peut supporter. Ma vie n’a plus jamais été la même depuis». Même après s’être sortie de l’hôpital, Naïma a été condamnée pendant longtemps à la chaise roulante. Atteinte dans la colonne vertébrale et aux jambes, elle avait perdu l’usage de ses jambes. Le soutien de sa nombreuse famille (elle est le sixième enfant d’un total de sept, quatre garçons et trois filles) et de plusieurs proches et amis a quelque peu atténué sa douleur. Parmi ces derniers, elle cite Adil Belgaïd, sextuple champion d’Afrique de judo, et Badr Fakhir, secrétaire permanent de la Fédération royale marocaine des sports équestres, ainsi que bien d’autres. Décidée à reprendre son droit à la vie, Naïma El Ghouati a une expérience professionnelle de 10 ans au sein de l’OCP. Elle a également repris l’usage de ces jambes. «Je suis loin de pouvoir sauter et retomber sur mes pieds, mais je peux marcher normalement», précise-t-elle, non sans humour. De l’humour, Naïma en a à revendre, elle qui ponctue chacune de ses phrases par des rires aussi innocents que spontanés. Pleine de vitalité, elle s’entraîne… en attendant qu’une formation prévue en Italie se concrétise. Cette fois, ce sera en chorégraphie. Du concret en sa faveur, Naïma en a bien besoin.

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