Pékin 2008, un pari difficile

L’Agence spatiale européenne (ESA) a révélé cette semaine que le plus gros nuage de pollution au dioxyde d’azote (NO2) au monde apparaissait clairement au-dessus de Pékin et du nord-est de la Chine, sur une carte réalisée grâce au satellite Envisat.  Selon cette étude, menée conjointement par des chercheurs européens et chinois dans le cadre du programme "Dragon" qui surveille la qualité de l’air en Chine, cette pollution provient essentiellement des centrales électriques, de l’industrie lourde et des automobiles. Quelle sera la situation le 8 août 2008 quand Pékin donnera le coup d’envoi des 29èmes Olympiades avec son slogan "Un seul monde, un seul rêve" et ses trois concepts "jeux verts", "jeux high-tech" et "jeux populaires" ?  S’appuyant sur les statistiques officielles qui soulignent une très légère amélioration de la qualité de l’air cette année par rapport à 2004 – huit jours de mieux jusqu’à présent -, son Comité d’organisation (Bocog) se veut optimiste. Pour le Bureau municipal en charge des questions d’environnement, qui n’a pas voulu, pas plus que le Bocog, réagir immédiatement aux travaux des chercheurs de "Dragon", seuls huit jours en août ont été qualifiés de pollués, dans la deuxième moitié du mois. Les treize millions de Pékinois peuvent être sceptiques, eux qui ont constaté que le soleil n’avait guère brillé le mois dernier, si ce n’est derrière d’épaisses et inquiétantes couches de nuages gris, et ont eu du mal à respirer. Si les autorités ont promis de déplacer un maximum d’usines d’ici trois ans et de multiplier les espaces verts – le mouvement est déjà entamé dans les deux cas -, la lutte contre la pollution automobile s’annonce plus difficile.
 Selon les projections officielles, le nombre de voitures immatriculées dans la capitale devrait atteindre 3,5 millions en 2008, contre un peu plus de deux millions actuellement. La municipalité affirme vouloir investir 170 milliards de yuans (20 milliards de dollars, 16 milliards d’euros) au total d’ici les jeux Olympiques pour améliorer la circulation, notamment en construisant de nouvelles lignes de métro.
 Mais pas question de limiter le nombre de voitures, comme le soulignait récemment Liu Xiaoming, directeur adjoint du Bureau municipal des Transports : "Nous n’envisageons pas d’imposer des restrictions sur la propriété privée dans ce domaine". Sage résolution lorsque l’on connaît l’appétit vorace de la nouvelle classe moyenne chinoise pour l’automobile, pollution ou pas, embouteillages ou pas.
"Bien sûr que la lutte contre la pollution est une tâche difficile mais le gouvernement prend de plus en plus de mesures contraignantes pour améliorer la situation. Si ces mesures sont strictement appliquées à Pékin, l’objectif des jeux verts sera atteint", estime le professeur Duan Lei, du département des sciences de l’environnement de l’université Qinghua.
Une maigre consolation pour les organisateurs des jeux de 2008 : la pollution au dioxyde d’azote est plus importante en hiver qu’en été.
 Cela ne doit pas pour autant réconforter les Pékinois : "une exposition excessive à ce gaz entraîne pour l’homme des lésions pulmonaires et des problèmes respiratoires", souligne l’étude de l’ESA.

Philippe Massonnet (AFP)

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