Quelles preuves de culpabilité ?

Quelques jours seulement après avoir été désigné deuxième meilleur buteur du championnat tunisien de football, avec 10 réalisations, l’attaquant marocain, Abdeljalil Hadda, dit Camacho, vient d’en encaisser un. Selon la presse tunisienne, parue vendredi dernier, l’international marocain a été condamné à six mois de prison pour abus sexuel sur mineure par le tribunal de première instance de Tunis.
Cette condamnation intervient suite à une plainte déposée par le père d’une adolescente âgée de 17 ans qui accusait le sociétaire du club africain d’avoir abusé sexuellement de sa fille «à maintes reprises». Ce qui est un peu étrange dans cette affaire c’est qu’un seul témoignage a été pris en considération par les enquêteurs tunisiens et il provient de la victime qui avait donné «une description détaillée du domicile du joueur ainsi que de son corps ».
Est-ce suffisant pour subir une telle condamnation ? Certes, le verdict a été rendu, mais l’attaquant marocain ne compte pas rester les bras croisés. Son avocat envisage d’interjeter appel dans les quelques jours qui viennent.
En attendant, plusieurs questions méritent d’être posées pour mettre un peu de lumière sur cette affaire. D’abord, sur quelle procédure s’est basé le tribunal de première instance de Tunis pour trancher, aussi vite, dans l’affaire ? S’il s’agit d’une procédure en référé, c’est une autre paire de manche. Car cette dernière est, souvent, utilisée pour des motifs se rapportant à la sûreté d’Etat. L’autre option : le poids des ONG qui défendent les causes féminines en Tunisie. Si c’est le cas, la preuve avancée tient-elle la route ? Autrement dit, est-ce que dans le code pénal tunisien, la description du corps et du domicile de l’accusé justifie, à elle seule, le motif d’inculpation pour abus sexuels ?. En tout cas, le motif de l’accusation n’a porté que sur la déposition du père de la victime (pas de viol, pas de violence physique…).
Ensuite, si l’on reprend les propos de la plaignante, qui se dit victime d’abus sexuels à plusieurs reprises, force est de constater qu’il y a eu une relation. Dans ce cas précis, comment peut-on parler d’abus, alors que l’acte de fréquence suppose un consentement tacite.
Enfin, et selon le même journal, Hadda « aurait quitté la Tunisie mardi dernier pour le Maroc, préférant ainsi, selon certains, ne pas assister à son procès ».
Là aussi, il y a de l’ambiguïté. En Tunisie, laisser une personne, attaquée en justice pour « abus sexuels » ou pour autre motif, quitter le territoire sans que la police ne fasse son travail et justice ne soit rendue relève de l’imaginable. D’autant plus que le verdict est intervenu dans la nuit de mercredi à jeudi, soit le lendemain de son départ. À rappeler, qu’il y a quelques mois, l’international marocain a été victime d’une agression de la part des supporters d’un club tunisien de première division, juste après son transfert au club africain. Hier victime, aujourd’hui inculpé, Camatcho semble pris par la malédiction depuis qu’il est en Tunisie. Lui qui, à notre connaissance et celle de tous les Marocains, n’a jamais été au centre d’un scandale ou d’une polémique. Correct et régulier, il a toujours fait preuve de discipline.

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