Rugby : Cannabis : Un produit vedette aux effets contestés

Rugby : Cannabis : Un produit vedette aux effets contestés

Plus d’un tiers des contrôles positifs dans le rugby sont le fait du cannabis, substance qui divise les experts, à l’image des Professeurs Michel Rieu, tenant de la ligne dure, et Bernard Roque, sceptique quant à ses effets dopants. Le cannabis est proscrit uniquement en compétition par l’Agence mondiale antidopage (AMA). Mais sa durée de détection dans les urines (jusqu’à trois semaines) empêche souvent de discriminer l’époque de sa consommation.
Les tetrahydrocannabinoïdes (THC), selon leur nom scientifique, sont considérés comme des «substances spécifiques» par l’AMA parce que «moins susceptibles d’être utilisées avec succès comme dopants». Un régime d’exception qui débouche sur des sanctions allégées.
Professeur Michel Rieu, conseiller scientifique de l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) pense qu’«Il n’y a pas de produits anodins». D’après lui, le cannabis peut avoir deux vertus en matière de performance, en favorisant la capacité d’attention et la relaxation. Il est clair que le cannabis consommé seul ne paraît pas le dopant le plus efficace mais il est très utilisé et ce n’est pas par hasard. Il est déstressant et peut détendre avant une compétition importante. Dans les sports à risque, il donne une assurance qui n’est pas justifiée par la réalité.
Le fait qu’un produit, même anodin, soit utilisé dans le but d’influer sur la performance est une conduite dopante. Ce n’est que le satellite de produits beaucoup plus lourds. Il n’y a pas de produits anodins. Le cannabis figure sur la liste des produits interdits de l’AMA en vertu de son adhésion à au moins deux des trois critères de cette liste (améliorer la performance, être contraire à l’esprit sportif et être potentiellement dangereux pour la santé). On ne peut pas dire que fumer du cannabis corresponde à l’esprit sportif et, sur le plan de la santé, de récentes études montrent sa dangerosité. Le bon joint des années 70 n’a rien à voir avec ce qui se produit actuellement. Les résines comportent beaucoup plus de substances actives. Il y a un consensus en France, qui gagne les Anglo-saxons, pour considérer que le cannabis est une substance dangereuse alors qu’il y a dix ans c’était comme un bon cigare.  Bernard Roques, Professeur en sciences pharmaceutiques et biologiques, spécialiste de la dangerosité des drogues déclare que c’est «Incompréhensible d’interdire le cannabis et pas l’alcool ou les tranquillisants». Pour lui, le cannabis a peu d’effet -et ils sont plutôt défavorables en termes sportifs- sur la respiration, le rythme cardiaque ou la prise de poids. Plus encore, du fait d’un affaiblissement du système immunitaire, le cannabis n’est pas favorable à la répétition des efforts. Enfin, il a tendance à faire diminuer les taux d’hormone lutéinisante et de testostérone. C’est donc vers ses effets psychotropes qu’il faut se tourner pour expliquer son inscription sur la liste des produits interdits -même si les antidépresseurs n’y sont pas!  Le principe actif du cannabis (THC) a un effet analgésique, mais largement inférieur à celui des opiacées que l’on retrouve dans le fameux +pot belge+. Il possède des effets euphorisants, c’est un désinhibiteur qui peut aider au relâchement mental. Néanmoins, cet effet est minimisé par une tendance à la somnolence et à la baisse de la concentration. Si les effets bénéfiques du cannabis sont possibles, que dire des tranquillisants ou de l’alcool qui n’est interdit que dans quelques sports (notamment auto-moto, karaté, tir, nautisme)? Or l’alcool est le plus puissant désinhibiteur des psychotropes. La faiblesse des interdits en matière d’alcool est incompréhensible au regard du statut du cannabis, premier dopant en matière de fréquence des cas positifs.

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